S’il était une affiche qui paraissait déséquilibrée sur le papier, c’était bien cet Uruguay – Pérou venant clore les quarts de finale. Mais le football n’aime pas les certitudes.

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La rédemption de Gallese

Par Romain Lambert

Après la claque reçue contre le Brésil lors du dernier match de poule, on annonçait le pire au Pérou contre une sélection uruguayenne favorite de la compétition. L'Uruguay ne le voyait pas forcement de cet œil et se méfiait d'un Pérou blessé. Elle a finalement eu raison. Ricardo Gareca choisissait la même tactique que contre le Brésil, aller chercher le jeu, mais avec cette fois-ci un onze titulaire plus cohérent et qui avait fait le bonheur du Pérou lors de la qualification au mondial russe. Avec le forfait de Jefferson Farfán, Christian Cueva retrouvait sa position de milieu axial pendant qu'Andre Carillo et Edison Flores retrouvaient le onze titulaire et les ailes péruviennes. C'est donc une Blanquirroja une fois de plus très offensive qui se présentait pour ce quart de finale. L'objectif des camarades de Paolo Guerrero était clairement de regarder dans les yeux leur adversaire du jour et d'aller chercher cette place en demi-finale.

Le Pérou et l'Uruguay allaient vite se disputer le ballon et les débats étaient équilibrés. Peu à peu les Péruviens arrivaient à s'appliquer, chassant ainsi les fantômes brésiliens. Chaque joueur était concentré et se battait sur chaque ballon empêchant ainsi l'Uruguay de contrôler le jeu. Car les Celestes restaient très dangereux notamment en contre mais Pedro Gallese se montrait impeccable dans ses cages repoussant plusieurs tirs. La défense tenait bien face aux assauts de Cavani, Suárez et De Arrascaeta et les sorties de balle étaient appliquées. Malheureusement, l'animation offensive restait trop brouillonne et Guerrero, Flores ou encore Carillo ne parvenaient pas à cadrer la moindre frappe. Passé la 75e minute, le Pérou s’essoufflait devant l'Uruguay qui entrait dans son meilleur moment et faisait le siège devant la surface de réparation péruvienne. La stratégie des Incas allait alors changer et la défense se regroupait pour tenter de tenir le match nul et s'offrir une séance de tirs au but. Après sept minutes de temps additionnel, la stratégie péruvienne payait et la qualification pour la demi-finale allait se jouer aux tirs au but.

Pedro Gallese stoppait le tir de Luis Suárez offrant  la qualification à son pays. Le gardien péruvien tenait enfin sa revanche et surtout sa rédemption après son match catastrophique face au Brésil. C'est également la première fois que la Blanquirroja remporte une séance de tirs au but de son histoire dans une compétition officielle. On se souvient notamment des éliminations  de 1999 face au Mexique et de 2016 face à la Colombie en quart de finale. Le Pérou retrouvera le Chili en demi-finale pour un Clásico del Pacifico qui s’annonce bouillant.

« Au football, mériter n'est pas gagner » Diego Godín

Par Jérôme Lecigne

L'Uruguay n'a pas réussi à marquer de but valide au Pérou pendant les quatre-vingt-dix minutes du match. Cela amène, avant même de rentrer dans le détail du match, plusieurs remarques, si on reprend la phrase en sens inverse :

  • Pendant Quatre-vingt-dix minutes, c'est peu, 33% de moins que ce dont on a l'habitude dans les compétitions normales. Quelques finales de Coupe du Monde auraient pu avoir des vainqueurs différents si l'on était allé aux tirs aux buts dès la quatre-vingt-dixième minute. La suppression de la prolongation à ce niveau est foncièrement une mauvaise décision, sur laquelle la CONMEBOL va sans doute revenir très prochainement (ça aurait été le cas dès la suivante si le Brésil avait perdu contre le Paraguay, là, il faudra peut-être attendre un peu, l'Uruguay n'ayant pas un poids prépondérant au sein de la fédération).
  • Au Pérou. Paolo Guerrero est un magnifique joueur. Seul, absolument seul au monde, il a réussi sur quelques courses sur des ballons en profondeur à mettre en danger la défense Giménez -Godín, malgré l'absence de frappe cadrée péruvienne sur tout le match (et presque de frappe tout court, les seuls ballons dans la direction de Muslera étant passé très loin du cadre). Pour le reste, on a pu assister à un magnifique toque proche du but de Gallese.
  • Un but valide. Les assistants avaient de toute façon levés leur drapeau à chaque fois, alors bon... On notera surtout que l'arbitrage vidéo a haché le match, les assistants assumant peu leur décision, coupant les périodes d'attaques, empêchant d'enflammer le jeu. Problématique, sur un match qui se joue sur un laps de temps aussi cours. Les sept minutes de temps additionnel à la fin ont été anecdotiques comparativement à la perte de l'élan dont souffre une équipe qui joue pour marquer.
  • L'Uruguay n'a pas réussi à marquer. Après avoir voulu tout mettre sur le dos de la CONMEBOL, de l'arbitrage brésilien et de l'adversaire, il faut bien quand même dire que l'organisation n'a pas permis de générer suffisamment de jeu pour marquer un but. Mais quel joueur blâmer ? Ovación donne à tous les joueurs de champ uruguayens une note supérieur à six sur dix, allant jusqu'à un huit pour Rodrigo Bentancur, encore une fois auteur d'un match complet au milieu. On a beaucoup vu les latéraux, González a laissé une empreinte forte pour ses premiers matchs avec la Celeste. Reste que Cavani a beaucoup couru dans le vide, comprenant sans doute avant ses collègues que le match ne serait que de quatre-vingt-dix minutes, et que Fernando Muslera n'a pas réussi un seul arrêt du match, n'ayant rien eu à faire pendant une heure trente, il est sans doute arrivé trop froid à la séance des tirs aux buts.

C'est le football, ainsi va la vie, l'Uruguay l'a suffisamment souvent emporté en étant moins fort mais plus intelligent que son adversaire pour ne pas crier au scandale aujourd'hui. Les éliminatoires pour la Coupe du Monde commencent bientôt, et la Celeste semble, elle, parfaitement armée pour jouer ce type de championnat.