Rivaux historiques depuis plus d’un siècle, le Brésil et l'Argentine sont deux géants du continent. La demi-finale de Copa América de ce soir sera un nouveau chapitre de cette immense rivalité. Retour sur dix affrontements mythiques.

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  1. Argentine 2-1 Brésil, 7 juillet 1957 : la première sélection du roi

Tournoi amical entre les deux, la Copa Roca fait son apparition en 1914 juste avant la mort de celui donnera son nom à ce trophée, l'ancien président argentin Julio Argentino Roca. Parmi les vingt-trois rencontres, ce match de juillet 1957 a une saveur particulière. Pour la première fois le jeune Edson Arantes do Nascimento porte le maillot de la Seleção et pour la première fois il trouve le chemin des filets. Pour sa première, Pelé a le droit en plus au Maracanã. Pelé permet au Brésil d'égaliser et même si l'Argentine finit par s'imposer à Rio, Pelé est à nouveau buteur trois jours plus tard au Pacaembu de São Paulo, permettant au Brésil de décrocher la Copa Roca.

  1. Brésil 2-1 Argentine, 30 juin 1974 : la première en Coupe du Monde

Se croiser sans jamais s'affronter. Avant 1974 jamais ces deux pays ne s'étaient affrontés dans la plus prestigieuse compétition. Chose faite ce 30 juin 1974 à Hanovre. Le Brésil est déjà triple champion du monde alors que son rival ne compte qu’une finale, celle de 1930. À l'époque pas de huitièmes ni de quarts de finale mais une deuxième phase de groupes, avec deux groupes de quatre. Le Brésil et l'Argentine se retrouve dans la même poule avec les Pays-Bas et la RDA. Lors de la deuxième journée, les deux équipes se retrouvent. À la conclusion d'une magnifique action collective, Rivelino, champion du monde 1970, ouvre le score. Dans la foulée Miguel Ángel Brindisi permet à l'Albiceleste de revenir grâce à un coup franc barre rentrante. Juste après le retour des vestiaires, et bien aidé par sa coiffure, Jairzinho donne la victoire à son équipe. Ce match, le premier en Coupe du Monde, se reproduira lors deux des mondiaux suivants puis en 1990.

  1. Argentine 4-3 Brésil, 9 juin 2012 : Messi, Messi, Messi

Marquer trois buts dans ce match reste inscrit dans les mémoires. Même si le match est amical sur le papier, il n'y a jamais rien d'amical sur le terrain. Ce match de fin de saison dans le New Jersey aux États-Unis n'a rien pour figurer en bonne place dans ce classement mais Lionel Messi va décider que ce sera le sien. Un triplé dans un stade totalement rempli. Le premier sur un face à face parfaitement négocié face au gardien à la demi-heure de jeu. Le deuxième dans la foulée sur une action similaire où il dribble le portier auriverde avant de marquer dans le but vide. Et que dire du dernier. Une accélération de trente mètres, terminée par une frappe dans la lucarne à un peu moins de dix minutes de la fin. Une merveille. Dans ce match l'Argentine sera d'abord menée avant de s'imposer 4-3 avec donc un triplé de son génie. Les supporters argentins espèrent un scénario aussi fou.

  1. Brésil 5-2 Argentine, 16 avril 1963 : Pelé, Pelé, Pelé

La Copa Roca encore elle. Si six ans plus tôt Pelé a vécu sa première sélection au Maracanã, il va s'offrir un triplé dans ce même stade. Le tout en moins d'une heure. Ces trois buts vont permettre au Roi d'être le meilleur buteur dans tout l'histoire de ces duels, avec un total de huit buts en dix matchs. En dominant largement son adversaire, le Brésil remporte son sixième trophée dans la compétition. Mais il a forcément une saveur particulière.

  1. Brésil 4-1 Argentine, 29 juin 2005 : la masterclass

Finale de la Coupe des Confédération. Kaká, Robinho, Ronaldinho et Adriano sont chargés de mener l'attaque brésilienne. Ce match va tourner à la démonstration. Adriano et Kaká nettoient les lucarnes de Lux en un quart d'heure. Au retour des vestiaires, Ronaldinho et Adriano alourdissent un peu plus la note suite à des actions bien plus collectives. Si Aimar réduira un peu l'écart, ce match a été une démonstration de force des auriverdes. Quasiment jamais inquiété, collectivement ce jour-là le Brésil était largement au-dessus. Jamais l'Argentine n'a pu exister dans ce match. Avec ce titre, le deuxième dans cette compétition, le quintuple champion du monde rejoint la France au palmarès. À un an du Mondial en Allemagne, ce Brésil avait séduit et s'était clairement posé comme le favori de la compétition. L'équipe de France de Zidane lui barrera la route en quarts de finale. Comme l'Argentine, qui s'inclinera face au pays hôte.

  1. Brésil 3-0 Argentine, 15 juillet 2007 : la masterclass épisode 2

Autre finale, cette fois ci continentale avec la dernière marche de la Copa América 2007 au Venezuela. Dunga a pris place sur le banc et si Robinho est toujours là, c'est Júlio Baptista et Wagner Love qui sont chargés de mener l'attaque brésilienne. Comme il y a deux ans, en tout début de match il va y avoir un nettoyage de lucarne avec, dans le rôle du bourreau, Júlio Baptista. Moins sonnée, l'Argentine essaiera de revenir immédiatement mais la frappe de Riquelme s'écrase sur le poteau. La domination brésilienne va s'accentuer et si Maicon sollicite Abbondazieri, c'est bien Roberto Ayala qui va tromper son propre gardien pour donner deux buts d'avance juste avant la pause. À vingt minutes de la fin en contre Dani Alvès ira sceller le sort de cette finale. Malgré Messi, Riquelme, Tévez ou Verón, le Brésil remporte sa huitième Copa América, la dernière jusqu'à ce jour. Dunga connait ses premières (et presque dernières) heures de gloire à la tête de la Seleção

  1. Argentine 0-0 Brésil 18 juin 1978 : la bataille de Rosario

Une guerre de tranchées. C'est le spectacle offert lors de cet Argentine-Brésil pour la Coupe du monde 1978. Encore une fois ces deux équipes se retrouvent à la lutte pour accrocher une place en finale dans un groupe avec la Pologne et le Pérou. Là encore c'est le deuxième match du groupe. Mais pour le beau jeu, on repassera. À Rosario les deux équipes ne vont tout simplement pas jouer au football. Des fautes, des fautes et encore des fautes. Cinquante-neuf coups de sifflet, un record. Très peu d'occasions. Rodrigues Neto doit sortir, blessé, après une demi-heure. Menotti déclarera bien plus tard avoir détesté ce match : « j’étais en colère contre les joueurs parce qu’on est entré dans leur jeu. Le Brésil de Coutinho était une équipe de combattants, ce n’était pas le Brésil classique et j’avais demandé aux joueurs de ne pas entrer dans leur jeu. Ce fut une bataille ».  L'Argentine réussit son coup et ira gagner le droit de jouer sa deuxième finale mondiale lors d'un dernier match suspect contre le Pérou avant d'être sacrée contre les Pays-Bas quelques jours plus tard.

  1. Argentine 2-0 Brésil, 10 février 1946 : la bataille de Núñez

L'un des Brésil – Argentine les plus violents de l'histoire. Le contexte est explosif, puisque quelques mois plus tôt, lors d'un autre Brésil – Argentine, le défenseur argentin José Battagliero se brise la jambe. Ce dernier est présenté ce 10 février 1946 à une foule en délire. Le match commence avec de nombreuses fautes, puis bascule à la 28e minute. Le Brésilien Jair Rosa Pinto brise la jambe de Salomón. Une bagarre générale s'ensuit, avec envahissement de terrain des supporters et intervention musclée de la police. Les joueurs brésiliens se réfugient aux vestiaires et ne reviennent que sur ordre de la police. Le match reprend difficilement, Norberto Tucho Méndez plante deux buts. L'Argentine, qui avait besoin d'un match nul pour être sacrée, peut célébrer, les deux équipes ne s'affronteront plus jusqu'en 1956.

  1. Argentine 1-0 Brésil, 24 juin 1990 : la bouteille frelatée

Le dernier affrontement entre les deux équipes en Coupe du Monde. Turin, Stadio delle Alpi. Huitièmes de finale. Champion en titre, son deuxième titre après celui de 1978, l'Albiceleste rêve de faire le doublé et de rejoindre le Brésil avec trois titres. Quitte à franchir la ligne jaune. Le Brésilien Branco est drogué via une bouteille d'eau donnée par un membre du staff de l'Argentine et qui contient des somnifères. Le latéral gauche brésilien voit trouble et fort heureusement il est la seule victime. À dix minutes de la fin sur une accélération de Maradona libère l'espace pour Caniggia qui dribble Taffarel pour inscrire le seul but du match. Le but qui donnera naissance à un chant célèbre (lire « Brasil decime que se siente…. »). L'Argentine filera vers la finale où elle tombera contre l'Allemagne, après avoir sorti l'Italie en demies à Naples pour le retour du fils prodige. Le Brésil gagnera lui sa quatrième étoile quatre ans plus tard. Le karma.

  1. Argentine 2-2 (2-4 tab) Brésil, 25 juillet 2004 : et Adriano surgit

La plus cruelle. Finale de la Copa América 2004 au Pérou. En quête d'un titre depuis 1993, l'Argentine dirigée par Bielsa rêve de mettre fin à une disette de onze ans et prend l'avantage sur pénalty après vingt minutes grâce à Kily González. Juste avant la pause Luisão vient égaliser de la tête. À trois minutes de la fin, Chelito Delgado profite d'un ballon mal renvoyé pour donner l'avantage à l'Albiceleste. Un avantage que l'on pense décisif. Mais un homme a décidé que cette Copa América 2004 serait la sienne. Cet homme est Adriano. Alors que le banc argentin est debout demande à l'arbitre paraguayen César Amarilla de siffler son enchainement dans la surface permet au Brésil d'égaliser après trois minutes de temps additionnel. Son septième but d'une compétition sur laquelle il aura marché. Il faudra l'intervention de la police péruvienne pour calmer les ardeurs et séparer tout le monde. D'Alessandro verra sa frappe repoussée par Julio César et Heinze enverra son tir au-dessus. Le Brésil remporte sa septième Copa América.