Une lutte pour les premières places déjà disputée, la surprise Mito, les satisfactions Yokohama et Okayama, ou encore le flop du JEF United, voici le bilan des journées deux à cinq de J.League 2026/27.

Depuis une décennie, les luttes pour le titre sont souvent histoires de duos. Kawasaki contre Yokohama FM entre 2017 et 2022, Kobe et Hiroshima en 2024, ou Kashima et Kashiwa en 2025. Mais cette saison, la lutte pourrait bien être serrée jusqu’au bout. Car le championnat de transition puis le mercato hivernal ont lissé les forces devant, créant un véritable top cinq de clubs puissants financièrement, collectivement et avec une profondeur nécessaire pour tenir trente-huit journées. Et ce top cinq occupe les cinq premières places de J1. On pourrait rajouter un sixième club, le FC Tokyo, qui débute moins bien son exercice mais qui devrait à terme jouer les premiers rôles.

Machida est leader et invaincu. Le mercato a eu un effet immédiat. Mitchell Duke et Koki Ogawa ont été décisifs pour leur première apparition devant et offrent des profils qui conviennent mieux à Go Oiwa que Oh Se-hun et Na Sang-ho. Surtout que l’australien est plus affuté que jamais Hiroshima est aussi invaincu, mais a signé deux matchs nuls décevants contre Kawasaki et le Gamba Osaka. Le club du Chugoku sombre encore un peu dans ses démons récurrents comme le manque d’efficacité offensive. Néanmoins, la montée en puissance de Sebastien Haller devrait apporter plus de régularité. Et derrière, les gros problèmes défensifs, notamment d’alignement, ont été plutôt bien solutionnés. Mais le joueur le plus marquant du début de saison du Sanfre est sûrement Issei Ouchi. Arrivé de J3 League à l’hiver dernier, il a profité du transfert avorté de Keisuke Osako pour prendre sa place, signant de bien meilleures performances. Kashiwa rassure également. Après un tournoi de transition totalement raté. Reysol a été actif sur le marché des transferts en allant notamment chercher Keita Endo, qui fait un très gros début de saison dans le couloir. Le secret de la réussite des hommes de Ricardo Rodriguez vient aussi du retour de blessure de Koki Kumasaka, dont le volume au milieu permet à Nobuteru Nakagawa de monter apporter le danger par la passe dans les trente derniers mètres. La plus grosse inquiétude chez les favoris vient finalement de Kashima. Giflé quatre à deux récemment par Mito, les Antlers souffrent du départ de Kimito Nono, et d’un entêtement de Toru Oniki à aligner systématiquement Ikuma Sekigawa, en grande difficulté, à la place d’un Kim Tae-hyeon pourtant irréprochable depuis un an. Heureusement pour le champion 2025, son trio offensif avec Yuma Suzuki, Leo Ceara et Aleksandar Cavrić en est déjà à onze pions.

Kobe en embuscade

Le début de saison du Vissel Kobe, champion du tournoi de transition, n’est pas très bon. Pourtant, le club du Hyōgo n’est qu’à trois points du leader Machida. Les idées de jeu se sont un peu essoufflées depuis mai, mais Michael Skibbe retrouve l’ADN de la période avec Takayuki Yoshida. Une équipe pas très élégante ni agréable, mais cauchemardesque à manœuvrer. La recrue Issei Takahashi apporte de la fraîcheur et davantage de fiabilité à la défense visseliste. Le tacticien allemand commence aussi à intégrer des jeunes, et notamment l’attaquant Hyoei Kawabata, dix-huit ans. De quoi renouveler un effectif de plus en plus vieillissant, toujours mené par Yuya Osako et Gotoku Sakai, et beaucoup trop grand. Quarante-trois joueurs sous contrat ! Même avec l’Asian Champions League à disputer, c’est beaucoup trop.

La surprise Mito

Sur ce début de saison, plusieurs équipes sont au-dessus des attentes. Et surtout Mito. Le promu au tout petit budget a dû bricoler son mercato, mais avec des bons coups payants comme le prêt de Kotaro Uchino, déjà buteur, ou celui de Yu Funabashi, devenu en un temps record une pierre angulaire du système de Daisuke Kimori. Mito a encore une assise défensive fragile, qui pousse le coach à moins se découvrir que pendant la 100 Year Vision League, mais l’attaque est plus prolifique. En témoigne le quadruplé d’Arata Watanabe, trente-et-un ans, face à Kashima, et qui n’a que très peu connu l’élite du football japonais. Comme ses coéquipiers, il a profité des huit derniers mois pour se mettre au rythme J1. Et c’est sûrement ce qui explique le plus la septième place de HollyHock.

Les satisfactions Okayama et Yokohama

Deux contextes financiers différents, deux places au milieu de tableau, mais beaucoup de positif à tirer des cinq premières journées pour le Fagiano et les Marinos. Le premier prouve que les révélations du début d’année Towa Yamane ou Yugo Tatsuta n’étaient pas temporaires. Le jeu est encore un peu pragmatique parfois, mais le trio offensif fonctionne très bien. Ataru Esaka retrouve sa jeunesse, Na Sang-ho est une recrue très intelligente, et les deux buteurs Lucao et Leo Gaucho offrent deux profils différents très pertinents. Avec un milieu Oberdan et Eiji Miyamoto complémentaire, le Fagiano confirme qu’il sera un concurrent au top dix. Depuis sa promotion, ce club se stabilise et nous offre une belle progression linéaire. Du côté des Marinos, la situation est plus chaotique à cause des problèmes financiers. Mais le club du Kanagawa peut compter sur ses individualités, notamment devant avec Kaina Tanimura et la jeune pépite Shin Miidera, avec Jun Amano en architecte du jeu offensif. Les prestations défensives restent cependant inquiétantes.

Le yaourt nature Gamba Osaka

Les fans du Gamba le savent, cette saison aura le goût d’un yaourt nature. Avec le départ de Jens Wissing et les pertes de Gaku Nawata et surtout Harumi Minamino, non remplacées, cette équipe paraît très limitée pour jouer plus haut que la huitième place. Et ce n’est pas l’arrivée d’un énième milieu, Juanpe Jimenez, remplaçant à Malaga l’an dernier en seconde division espagnole, qui va raviver la flamme. Heureusement pour le Gamba, le duo turco-tunisien avec Deniz Hümmet et Issam Jebali en est déjà à quatre pions. Et la jeunesse portée par Naru Nakatsumi et Arata Okamoto, seize ans, donne de l’espoir pour le futur. Après tout, le club du Kansai est dans une saison de transition. Et Tomokazu Myojin est là pour nous rappeler que le Gamba Osaka est un des meilleurs formateurs de l’archipel. Ce qu’on l’on avait oublié ces dernières années.

Urawa redresse la barre

Cette saison, Urawa est attendu au tournant. Après des années de fiasco, un grand ménage de l’effectif et du staff a été effectué. Pourtant, les trois premiers matchs ont été très compliqués, avec trois défaites, et onze buts encaissés. La faute notamment à des latéraux très friables défensivement. Et positionnés haut dans le système de Jo Gwi-jae. Le coach zainichi a trouvé un début de solution en plaçant Danilo Boza, central de métier, sur le côté droit, permettant à Yoichi Naganuma ou Kotaro Hayashi de se projeter plus tranquillement. Ce bricolage a encore des failles, puisque Urawa encaisse encore beaucoup, mais marque encore plus. Deux victoires trois à deux coup sur coup face à Yokohama et Fukuoka, avec des scénarios rocambolesques. L’entente entre la recrue Harumi Minamino et l’ailier Takuro Kaneko marche particulièrement bien, relançant enfin ce dernier qui sortait de mois très compliqués. Les deux dernières victoires d’Urawa sont fragiles, mais la dynamique enclenchée est positive. La remontée au classement est peut-être en marche.

Verdy inquiète

Pire attaque sur ce début de championnat, on retrouve le Verdy de 2025, mais sans l’imperméabilité défensive. Il faut dire que le club de la capitale voit son effectif se dégarnir à chaque mercato, sans nouvelles recrues de grand talent. Uniquement des jeunes en post-formation. La blessure du capitaine Koki Morita a aussi aggravé la situation d’une équipe déjà incapable de gagner. Le volume d’occasions est correct, mais sans bon finisseur depuis Yudai Kimura, personne n’est là pour marquer. Itsuki Someno n’a pas un profil de tueur, et que dire de Yuya Fukuda et Yuan Matsuhashi. Ce sont deux défenseurs qui ont inscrit les seuls buts de Verdy : Naoki Hayashi et Shuhei Mizoguchi. Le salut viendra peut-être de Soma Kanda, prêté par Kawasaki Frontale.

Chiba rate son retour

De retour en J1 League après dix-sept ans d’absence, le promu JEF United rate totalement son entrée en matière. Aucun point pris en cinq journées, et notamment une défaite sur le gong face à Okayama qui fait mal. Quinze buts encaissés, c’est beaucoup trop pour des ambitions de maintien tranquille. Le gardien Jose Aurelio Suarez se révèle sans surprise trop juste pour la J1, tandis que les recrues Daniel Hall, Erison ou Ken Yamura peinent à convaincre. Chiba s’est payé quelques beaux noms, mais n’a pas su changer la base de l’équipe ; une base de joueurs de J2 qui n’ont pas le niveau pour l’élite du football japonais. Le milieu Kazuki Tanaka sauve l’honneur en ayant inscrit les trois seuls buts de son équipe. Mais Yoshiyuki Kobayashi va devoir trouver des solutions et bricoler avec les moyens du bord. C’est déjà ce qu’il faisait en J2, mais le challenge ici est plus difficulté. Surtout que Mito ne sera peut-être pas favori à la dernière place finalement.

Classement

Du côté de la J2

En seconde division, peu de surprises non plus en haut de tableau. Omiya est leader, l’Albirex Niigata, Shonan Bellmare et le Vegalta Sendai sont dans le top six et le Jubilo Iwata et Yokohama FC sont en embuscade. Le Montedio Yamagata, dans une spirale un peu délicate depuis quelques mois, est deuxième et capitalise sur sa stabilité. La seule surprise est à la troisième place, avec le Fujieda de Tomoaki Makino, pas toujours très impressionnant, mais qui peut compter sur un gros début d’exercice du portier Shun Yoshida. En bas du classement, deux présences choquent. Tosu est douzième. Le club a encore des difficultés financières, et peine à jouer vraiment le haut de tableau. Et Tokushima est quinzième. Il est difficile de juger le niveau de Vortis, qui a une grosse tendance à sous-performer, et qui déçoit beaucoup sur les quatre premières journées. En fond de classement, Imabari est à zéro points. La stratégie de recruter des anciens espoirs déchus comme Takuhiro Nakai ou Hiroki Abe ne porte pas ses fruits. Qui pouvait s’y attendre ? Tout le monde à vrai dire.

Du côté de la J3

La troisième division est déjà dominée par un trio assez logique, Gifu, Kagoshima et Ehime. Trois clubs très bien armés économiquement et qui ont fait un bon mercato. Sagamihara, emmené par l’excellent coach Yuki Stalph, et le Gainare Tottori, débutent aussi très bien la saison, et ont le potentiel pour disputer les barrages. Le promu Reilac Shiga est huitième, malgré un effectif composé à moitié de joueurs n’ayant jamais connu le monde professionnel. Le club du Kansai peut compter sur l’arrivée en prêt d’Eiji Kubo, petit-frère de Takefusa, et également passé par la Real Sociedad. Et peut compter sur Shinta Hojo, meilleur buteur de J3 sans jamais avoir été titularisé. En bas de tableau à l’inverse, Matsumoto Yamaga, le Zweigen Kanazawa et le Thespa Gunma déçoivent, mais restent devant la lanterne rouge Fukushima United.

Killian Besson
Killian Besson
Défenseur et amoureux du foot asiatique (et océanien)