Après une année 2025 plus que chahutée en coulisses et malgré les polémiques et autres scandales qui ne manquent pas d’animer le football local, l’Argentine du football reprend le chemin des terrains. Et certains jouent gros.

Alors que la fédération argentine n’en finit plus d’être embarquée dans des scandales de corruption et de détournements de fonds, qui mériteraient un nouveau dossier, les amateurs de football en terres albicelestes se préparent à une nouvelle saison qui débute ce week-end. Le format ne change pas : deux tournois, Apertura et Clausura qui sacrent deux des nombreux champions à l’issue de la saison, n’oublions pas le vainqueur de la table annuelle (cumul des points pris durant les phases régulières des deux tournois qui compte également pour les accessits continentaux). Les deux tournois conservent l’organisation type Copa de la Liga : les trente équipes sont réparties en deux groupes de quinze qui disputent donc quatorze matchs au sein de leur groupe auxquels s’ajoutent un clásico et un match dit « interzonal ». À l’issue des seize journées de la phase régulière, les huit premiers de chaque zone se qualifient pour un tour final à élimination directe, façon play-offs MLS ou Liguilla mexicaine. La différence est que chaque tour se joue sur un match, disputé chez le mieux classé, la finale se jouant ensuite sur terrain neutre. Alors que le marché des transferts ferme le 27 janvier prochain, place désormais à un petit tour du propriétaire.

Des géants toujours en danger

À tout seigneur tout honneur, débutons par les deux géants aux pieds d’argile : Boca Juniors et River Plate. Le premier a « sauvé » sa saison en décrochant une place en Copa Libertadores, retrouvant l’épreuve reine et la plus rémunératrice après deux années d’attente. Souvent critiqués pour leur gestion particulière des mercatos (pour ne pas dire leurs choix souvent catastrophiques) alors que Boca et River sont une véritable exception dans le paysage argentin, disposant de fonds pour être actifs et concurrentiels à l’échelle continentale, tous deux ont poursuivi dans leur schéma classique. Boca n’a à ce jour enregistré aucune recrue, avec comme cerise sur le gâteau, l’incroyable novela Marino Hinestroza, montrant un directoire dépassé. Conséquence, Claudio Úbeda, confirmé à son poste en fin d’année, repart avec le même groupe, les mêmes manques et son Boca montre les mêmes carences dans le jeu sur les premiers amicaux. Boca doit aussi gérer les nombreux retours de prêt, trouver comment fonctionner devant, les blessures d’Edinson Cavani, Milton Giménez et Miguel Merentiel ne laissant pas de grandes options à Úbeda, d'autant plus que le meilleur buteur de la réserve, championne, Valentino Simoni a été prêté et aurait pu espérer trouver quelques minutes dans ce groupe. Boca reste sur presque trois années sans le moindre titre, la pression devrait être forte et le pari de Riquelme s’annonce dangereux.

Un autre pari, celui mené par River Plate. Le Millo a débuté fort sur le marché, s’offrant Fausto Vera, Aníbal Moreno et Matías Viña assez rapidement. Les deux premiers viennent chercher à aider Marcelo Gallardo à trouver une solution au milieu, le dernier venant donner une réelle concurrence à Marcos Acuña. Reste un problème que River ne semble pas avoir encore résolu : son attaque et son animation offensive. Pity Martínez et Nacho Fernández sont partis, Miguel Borja a été également libéré, à l’heure actuelle, Gallardo doit bricoler avec à sa disposition un Sebastián Driussi plutôt décevant jusqu’ici, ou le duo Maxi Salas, Facundo Colodio, Agustín Ruberto ou encore Ian Subiabre s’annonçant comme alternatives prometteuses. En d’autres termes, River aborde 2026 avec les mêmes soucis offensifs qu’en 2025 (le Millo n’a mis que 1,59 but par match l’an passé, signant son pire total de buts inscrits sur l’année civile depuis 2016, terminant l’année en ne faisant trembler les filets que sur cinq des treize derniers matchs disputés).

Les promesses

Pendant que les géants ne semblent pas savoir comment gérer leur trésorerie, ayant du pétrole mais pas de grandes idées, quelques équipes cherchent à avancer. À commencer par le dernier champion, celui de l’Apertura, Estudiantes. Le club qui a défié la fédération a déjà remporté une première bataille : les joueurs sanctionnés pour la haie d’honneur de la discorde face à Central sont tous blanchis. Eduardo Domínguez adjoint à son équipe une ancienne promesse du pays partie se perdre en Europe, Adolfo Gaich, mais doit tout de même attendre la fin du mercato pour savoir sur qui il pourra compter. Car les Pinchas avaient fait le choix de ne pas vendre pour essayer d’atteindre les objectifs de l’année dernière. Mission accomplie au prix d’un prêt de dix millions de dollars de Foster Gillet et les apports de Cristian Medina et Facundo Farías. Maintenant, il faut rembourser et avancer sans les mêmes moyens. Et en vendant des joueurs. Román Gómez est déjà parti au Brésil, Tiago Palacios devrait suivre, Edwuin Cetré est menacé. Le maintien du Barba Domínguez est la bonne nouvelle, reste à savoir s’il parviendra à entretenir le miracle.

Autre équipe phare de 2025, Rosario Central. Nombreuses ont été les rumeurs d’arrivées, jusqu’à l’improbable retour de Giovani Lo Celso. Dans les faits, les arrivées de Jeremías Ledesma, Gastón Ávila et Vicente Pizarro sont autant de jolis coups, alors qu’Ignacio Malcorra est le seul départ notable. Reste à savoir comment se vivra l’après Ariel Holan, l’entraîneur vainqueur de la table annuelle. Jorge Almirón fait son retour au pays, il devra entretenir une dynamique positive pour les coéquipiers d’Ángel Di María. Une dynamique à entretenir aussi côté Racing. Gustavo Costas poursuit l’aventure, récupère Baltasar Rodríguez après sa pige à l’Inter Miami et amène au pays un europibe, Valentín Carboni. Le tout pour renforcer une équipe qui aura généré quelques frustrations lors de second semestre, laissant l’espoir de briller mais semblant se heurter à un plafond de verre. À voir si la Aca parviendra à le briser. Reste enfin le cas Argentinos Juniors. Sous la direction de Nicolás Diez, le Bicho a été l’une des formations les plus excitantes dans le jeu. Sorti en dominant Boca en quarts du dernier tournoi, Argentinos mise sur l’expérience d’Enzo Pérez et le joli coup qu’est le prêt de Gino Infantino pour muscler son milieu, attire Leandro Fernández pour densifier son attaque et obtient le prêt de Brayan Cortés pour garder ses cages. De quoi nourrir quelques ambitions pour une équipe qui devra mener également de front une campagne de Libertadores.

Ailleurs

Si l’on met de côté les clubs de l’AFA qui ne manqueront pas de se mêler à la lutte en championnat, on s’intéressera de près à l’Independiente de Gustavo Quinteros qui a bien terminé son semestre 2025 (quatre victoires de rang sans aucun but encaissé), et s’offre deux recrues intéressantes, Ignacio Malcorra et Santiago Arias, on regardera avec attention le Gimnasia de Fernando Zaniratto qui a montré des choses intéressantes durant l’Apertura et fait revenir Nacho Fernández ou encore l’énième nouveau projet de Newell’s qui attire Gabriel Arias, Michael Hoyos, Luciano Herrera ou encore Matías Cóccaro mais surtout s’offre le duo faiseur de miracle, notamment l’an passé avec Platense, Sergio Gómez et Favio Orsi. Enfin, on suivra également le Vélez de Guillermo Barros Schelotto, qui rapatrie Lucas Robertone, en manque de temps de jeu à Almería, le tenant de la Sudamericana, Lanús, Éver Banega à Defensa y Justicia ou encore la saison d’un San Lorenzo toujours sur un fil. Et l’on attendra évidemment encore les nouvelles perles que la fédération voudra bien offrir tout au long de la saison.

Photo une : Joaquín Camiletti/Getty Images

Nicolas Cougot
Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.