Jeudi 20 mai 2010.

Mexique

C’est probablement l’un des championnats les plus spectaculaires que vous pouvez suivre sur Lucarne Opposée mais le football mexicain reste cependant totalement absent des médias nationaux. A l’heure ou la France s’apprête à défier le « Tri », Lucarne Opposée vous propose un dossier spécial sélection mexicaine.


Nombreux sont les spectateurs français qui se réjouirent lors de l’annonce du groupe de l’Equipe de France. Certains médias allant jusqu’à parler de chance ou de jackpot pour les bleus. Si vous êtes des habitués de Lucarne Opposée, vous savez cependant que tirer le Mexique ou l’Uruguay est tout sauf une sinécure.

Pour bien lancer le sprint final nous conduisant à la prochaine Coupe du Monde, Lucarne Opposée vous propose de découvrir aujourd’hui la sélection mexicaine et ses jeunes prodiges grâce à un entretien réalisé avec des supporters locaux via le forum bigsoccer.com.

Avant propos

Le Mexique est très certainement la grande équipe de la zone CONCACAF avec une puissance financière supérieure à son grand rival américain. Avec une ligue nationale qui domine la zone et brille lorsqu’invitée en Copa Libertadores (voir par exemple le parcours de Chivas cette saison), le Mexique fait partie des grande nations du paysage mondial. Huitième de finaliste de chaque Coupe du Monde depuis 1994, troisième de la dernière Copa América devant l’Uruguay (tiens tiens), la sélection mexicaine version 2009-2010 revient pourtant de loin.

Une première partie de campagne qualificative désastreuse finit par couter la place à Sven-Göran Eriksson et voir le retour de Javier Aguirre. Ce retour transfigura la sélection qui depuis est redevenue une machine à gagner (preuve s’il en est qu’un entraîneur local a toujours de meilleurs résultats). Une victoire en Gold Cup, une qualification pour la Coupe du Monde après un retour en fanfare, le Mexique fait de nouveau trembler la zone américaine. Pour les amateurs de football mexicain, une aubaine, pour les convaincus du jackpot français une possible désillusion en perspective.

L’entretien.

Pour cet entretien, j’ai décidé de poser aux mexicains trois questions générales puis trois question plus précises. L’idée est de mettre côte à côte les avis mexicains et uruguayens (sujet de la prochaine lucarne mondiale) puisque tous deux seront dans le groupe des bleus.

La première partie de notre entretien a donc porté sur le groupe A et leur vision de l’équipe de France.

{xtypo_quote_left}Aucune nation du groupe ne peut se considérer supérieure aux autres. Les équipes qui feront le moins d’erreur poursuivront vraisemblablement l’aventure. Je pense qu’après les groupes D et G, le groupe A est le plus difficile de cette Coupe du Monde. {/xtypo_quote_left}

- Comment avez-vous réagis au tirage et que pensez vous de ce groupe A ?

John Jagou : C’aurait pu être pire mais c’aurait pu être plus facile. Aucune nation du groupe ne peut se considérer supérieure aux autres. Les équipes qui feront le moins d’erreur poursuivront vraisemblablement l’aventure. Je pense qu’après les groupes D et G, c’est le groupe le plus difficile de cette Coupe du Monde.

Hecho en Chivas : J’étais assez enthousiaste et optimiste en voyant le groupe. Il est sur qu’il n’est pas facile mais il me semble moins compliqué que ceux qu’on avait eu lors des précédentes Coupe du Monde (1994, 1998 et 2002).

EGunner : Plutôt satisfait. On a eu le tirage le plus faible : l’Uruguay, une équipe contre qui on s’impose fréquemment et une équipe talentueuse mais en souffrance, la France.

ЯR : Le groupe sera délicat pour chacune des équipes qui toutes, peuvent se qualifier. Il ne faut jamais mettre de côté la nation hôte et avoir le pays hôte dans son groupe réduit les chances de qualification pour les trois autres équipes, quelles qu’elles soient. L’Uruguay, par exemple, possède une attaque talentueuse qui peut déstabiliser même les meilleurs défenseurs du monde.

SoDamnSmooth : J’ai su que ce serait difficile dès le tirage. La nation hôte s’est toujours qualifiée jusqu’ici. Ensuite, nous sommes avec deux équipes qui ont une histoire riche et des joueurs de qualité comme la France et l’Uruguay est une équipe très difficile à battre lorsqu’elle joue à son meilleur niveau. Des joueurs comme Forlan ou Suarez vont affoler les défenses. C’est certainement l’un, si ce n’est LE, groupe le plus difficile de cette Coupe du Monde.

- Quelles sont vos attentes pour cette Coupe du Monde ?

John Jagou : Ce ne sera pas facile mais je pense que le Mexique ira en huitièmes. Ce serait bien de gagner un ou deux matchs après cela mais qui sait. Je suis un peu plus excité pour cette compétition en raison des talents individuels que compte la sélection mexicaine. Ils peuvent faire la différence pendant les matchs serrés.

Hecho en Chivas : Je suis bien d’accord avec le fait que nous avons la l’une des équipes les plus talentueuse depuis bien longtemps. Un superbe mélange de vétérans, de jeunes et de joueurs ayant eu une carrière européenne. Je pense que nous allons franchir la phase de groupe et, je suis optimiste, que nous irons jusqu’en demi-finale.
EGunner : Quarts de finales ou rien. Et si tout va bien, je rêve en grand.

ЯR : Le Mexique a toujours été en huitièmes depuis 1994. Ne pas aller au moins à ce stade cette année serait un échec. Surtout avec cette équipe.

SoDamnSmooth : Dans un monde parfait, je m’attends à ce que ce le Mexique aille en huitièmes. Nous avons une bonne équipe, pas un monstre. Une fois sorti des groupes, tu joues des monstres.

- Quel est votre regard sur l’équipe de France ?

John Jagou : La France possède d’excellents joueurs mais il semble que le sélectionneur les fait avancer dans le brouillard. Comme s’il leur avait enlevé la joie de jouer ensemble. Il n’y a aucun doute qu’ils ont les qualités pour aller très loin mais le pourront-ils avec ce sélectionneur ? Ce ne serait pas forcément une grosse surprise pour moi de les voir éliminés prématurément.

Hecho en Chivas : L’équipe de France ne doit surtout pas être prise à la légère : ils ne sont peut être pas aussi forts qu’avant (comme ils l’étaient en 1998 et en 2006) mais ils possèdent d’excellents joueurs comme Ribéry et Benzema (NDLR : entretien réalisé avant la publication de la liste des 30) qui peuvent donner de sacré maux de têtes aux défenses. Je pense aussi que le point faible et la défense et que Domenech tire cette équipe vers le bas.

EGunner : Tellement de talent ! Mais ils ont un cruel manqué de leader et un mauvais management. Je ne comprends pas comment ils ont pu souffrir autant pour se qualifier. Mains, propositions de mariage, scandales sexuels, c’est un vrai roman photo.

ЯR : La France reste un pays important dans le concert mondial et possède une équipe complète avec de grands joueurs à chaque ligne. Ils devraient sortir du groupe sans trembler. Les problèmes des qualifications ne sont pas importants, un tournoi final reste une nouvelle histoire et la France a une équipe qui peut aller au bout.

SoDamnSmooth : L’équipe de France est compose de joueurs de qualité comme Henry devant, Ribéry au milieu ou Abidal derrière (pour en nommer quelques uns). La France est une équipe qui peut battre n’importe qui dans un bon jour. Ces derniers temps, ils ont souffert pour atteindre cette Coupe du Monde mais la compétition devrait faire jaillir le meilleur de chaque joueur.

Après ces questions plutôt générales, nous avons ensuite abordé plus spécifiquement la sélection mexicaine et le football local.

{xtypo_quote_right}La France reste un pays important dans le concert mondial et possède une équipe complète avec de grands joueurs à chaque ligne. Ils devraient sortir du groupe sans trembler. Les problèmes des qualifications ne sont pas importants, un tournoi final reste une nouvelle histoire et la France a une équipe qui peut aller au bout.{/xtypo_quote_right}

- Si on suit le parcours de la sélection depuis la France, il semble qu’il y a un avant et un après Aguirre. Est-ce le cas ? Si oui, qu’est ce qui a changé ?

John Jagou : Clairement. Aguirre a su trouver quel bouton pousser, quels joueurs écarter et à qui faire confiance. Depuis, le Mexique joue différemment.

EGunner : On a connu un cycle bizarre. Tout a commencé avec Hugo Sanchez qui nous emmena en finale de la Gold Cup et à la troisième place de la Copa America mais finalement nous a fait chuter par son arrogance et son incapacité à nous qualifier pour les Jeux Olympiques. Puis on a eu Sven-Göran Eriksson qui ne connaissait rien du réservoir de talents local. Alors, ses équipes étaient composées de joueurs plus tout frais, des naturalisés et d’autres choisis pour leur influence plutôt que pour leur talent.

ЯR : On peut en effet distinguer trois phases : Sanchez, Eriksson et Aguirre.Sanchez était charismatique, apportant plein d’enthousiasme et de fait de très hautes espérances, un rêve pour les médias. Les attentes étaient tellement élevées que les médias exagéraient tout ce qui tournait autour de la sélection ce qui finalement entraîna le départ de Sanchez. Tout ce qui ne se déroulait pas comme prévu était amplifié et scruté exagérément.
Eriksson lui était incapable d’insuffler son style aux joueurs mexicains et plutôt que de changer son approche, il a préféré s’effondrer avec. Après, c’est vrai que les conditions n’étaient pas non plus très favorables. Il était trop « étranger ».
Aguirre lui connait parfaitement la situation. Il sait comment les choses marchent et a déjà pris la sélection dans des conditions similaires en 2001-2002. Il a ramené le calme et le sérieux dans l’équipe, choses qui manquaient depuis 2 ans. Je pense que la qualification n’était en danger uniquement qu’avec Eriksson. Aguirre ou n’importe qui d’autre aurait qualifié le Mexique dans la zone CONCACAF.

SoDamnSmooth : Très clairement. Aguirre a transformé cette équipe. Avant Aguirre, nombreux étaient ceux qui doutaient même d’une qualification pour la Coupe du Monde. Aguirre est un entraîneur de qualité qui est familier avec la façon dont les choses fonctionnent au Mexique. Il a eu l’occasion rêvée de remettre tout en place lors de la Gold Cup. Beaucoup pensent que ses tactiques motivantes et sa discipline est la clé. Il est arrivé pour aider l’équipe à ne plus perdre un match lors des qualifications.

- On termine par la question classique que j’ai posée à tous mes interlocuteurs. Quel(s) est (sont) le(s) joueur(s) à suivre particulièrement.

Pablo BarreraJohn Jagou : Deux joueurs « européens » : Giovanni Dos Santos (un temps dans le viseur du PSG). Aguirre lui laisse le champ libre sur le terrain. Il a la vitesse, la vision, et le sens du but. Andres Guardado, une star au Deportivo La Corogne. Super centreur sur le côté gauche, possède une frappe canon si on lui laisse le temps d’armer. Deux joueurs locaux : Pablo Barrera ne sera probablement pas titulaire mais reste une excellente option sur le banc. Rapide, adroit des deux pieds, peu offrir centre et frappes. Israel Castro : infatigable milieu de terrain. A fond pendant quatre-vingt dix minutes.

Hecho en Chivas : Vous devrez garder un oeil sur Javier Hernandez, Andres Guardado, Giovanni Dos Santos, Carlos Vela et Pablo Barrera. Trois de ces joueurs évoluent déjà en Europe (Guardado, Dos Santos et Vela) alors qu’Hernandez arrive pour la prochaine saison (NDLR : suiveurs habituels de Lucarne Opposée, vous avez pu suivre régulièrement les exploits de Chicarito Javier Hernandez). Les clubs européens commencent à s’intéresser à Barrera et ce ne serait une surprise pour personne que de le voir franchir le cap après la Coupe du Monde.

EGunner : Dans cette équipe, il y a en effet quelques jeunes talents offensifs à regarder de près. Je pense que tous les fans de foot connaissent déjà Guardado, Vela et Gio et commencent à s’intéresser à Chicarito. Mais la prochaine grande star est Pablo Barrera. Tous les recruteurs du monde sont déjà en train de l’observer.

SoDamnSmooth : Oui, si Chicarito attire les regards à l’heure actuelle avec les joueurs qui évoluent en Europe, je poserais aussi mes yeux sur Pablo Barrera et sur Efrain Juarez (latéral droit). Les deux ont les qualités requises pour réussir dans n’importe quel championnat.

ЯR : Le championnat mexicain est tellement ouvert qu’il est passionnant. Après les 17 journées de championnat, il y a un tour de playoffs entre les huit meilleures équipes et c’est à cette occasion qu’on voit le plus beau football que les équipes peuvent offrir.

Je vous conseille à tous de regarder par exemple les matchs d’Atlas. Ils font régulièrement jouer de jeunes joueurs et sont très souvent plaisant à regarder. Et sans le savoir, peut être découvrirez vous le prochain Rafael Marquez.


C’est sur ces belles paroles auxquelles je ne peux que souscrire que se termine cet entretien. Vous l’avez vu, le Mexique ne sera clairement pas le faire-valoir annoncé dans les médias traditionnels.


Demain, ce sera au tour de l’Uruguay.

Pour rappel, si les dossiers restent sur Lucarne Opposée, pendant toute la Coupe du Monde, vous retrouverez mes articles sur le blog Lucarne Opposée sur France 24.

 

Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.