De retour à l’entraînement avec son club de Minnesota United, James Rodríguez est en phase de récupération après son passage à l’hôpital en raison d’une déshydratation. Une question est donc sur toutes les lèvres, pourquoi le capitaine de la sélection a joué les deux matchs aux États-Unis.
Soixante-quatre minutes contre la Croatie, soixante-trois minutes contre la France. Le capitaine de la sélection colombienne n’a pas montré son meilleur visage avec la sélection lors de ces deux matchs de préparation pour la Coupe du Monde 2026 et tout un pays doute à deux mois du début de la compétition.
Le soir après la défaite contre l’équipe de France les journalistes colombiens présents sur place avaient déjà signalé que l’ancien joueur du Real Madrid avait pris une sortie différente de celle des autres joueurs. Des premiers signaux d’alerte et trois jours de spéculation où notamment une rumeur de rhabdomyolyse est sortie (une destruction des fibres musculaires qui libère des produits dans le sang et peut donc causer des lésions graves) avant donc un communiqué de la fédération colombienne quatre jours après la rencontre : « Il a été confirmé, après consultation d’un centre clinique de l’État de Minnesota, que le milieu de terrain a été sous observation professionnelle en raison d’un problème médical d’origine non-sportive. Le joueur, le jour suivant le match face à la France, a présenté une sévère déshydratation qui a demandé une hospitalisation durant les soixante-douze dernières heures pour un suivi clinique préventif et de récupération. […] Il est important de préciser que cette situation n’est pas liée à des lésions musculosquelettiques et n’est pas liée à son activité sportive ». Un communiqué important alors que les débats faisaient rage depuis trois jours sur les raisons des faibles prestations de la sélection face aux équipes européennes.
Des questions sont donc arrivées très rapidement. Dans la mesure où James ne se sentait pas bien dès le lendemain de la défaite face à la Croatie, pourquoi a-t-il joué le deuxième match ? Néstor Lorenzo a-t-il vu que son joueur n’était pas bien ? Le staff médical a-t-il pris des risques inconsidérés et a-t-il alerté le sélectionneur de l’état du joueur ? Avant de répondre à la première question, on va commencer par répondre aux deux autres et c’est là une limite très claire du sélectionneur argentin : il semble à court d’idées et est déterminé à donner les clés du jeu à un joueur qui a joué à peine plus de mille minutes en club depuis l’été dernier et qui est donc logiquement à court de forme. Les chances de voir Nestor Lorenzo sur le banc de la sélection colombienne après le Mondial sont très minces (pour ne pas dire nulles) alors que son contrat se termine le 31 juillet 2026 et de fortes tensions sont apparues entre l’ancien adjoint de José Pékerman et Ramón Jesurún, le président de la fédération. En cause le véto du deuxième cité sur le cas de Sebastián Villa que le premier voulait appeler en sélection. Le président de la FCF a refusé que l’ancien joueur de Boca rejoigne la sélection par peur de se mettre à dos les sponsors de la sélection (le joueur a été condamné en juin 2023 à deux ans et un mois de prison avec sursis pour violence de genre sur son ex-compagne).
Ce petit écart est crucial pour la compréhension du cas James, car, comme l’a dit le journaliste, très bien informé, Alejandro Pino : « Ramón Jesurún a donné l’ordre que James joue les deux matchs pour des thèmes contractuels ». Là est donc le nerf de la guerre. Il est difficile de voir qui décide et quels sont les véritables intérêts de la sélection alors que le sélectionneur avait donc une ultime occasion soit de tester d’autres joueurs à cette position (Jorge Carrascal ou Juan Fernando Quintero) soit de tester d’autres choses et donner plus de responsabilités à des joueurs comme Jhon Arias ou Luis Díaz. Une autre anecdote souligne l’ambiance actuelle au sein de la fédération colombienne et la complexité des relations. Selon Alejandro Pino, information depuis confirmée par d’autres journalistes, après le match face à la Croatie, la délégation colombienne est allée dans un restaurant chic d’Orlando. Au moment de payer l’addition, Ramón Jesurún a souhaité séparer la partie entre invités de la FCF et la Difutbol (la partie de la FCF chargée de gérer le football amateur en Colombie), ce qui a évidemment déplu au président de la Difutbol et à son représentant Juan Fernando Mejía (ancien président du Deportivo Cali). Le ton est monté très haut à tel point que le gérant du restaurant a menacé d’appeler la police. On rappelle que le président de la FCF a passé quelques heures en prison aux États-Unis après la finale de la dernière Copa América et nulle doute qu’une nouvelle altercation aurait, au mieux pour lui, mis en danger son visa pour cet été.
Photo : Rich Lam/Getty Images
Concernant James, le joueur a repris le chemin de l’entraînement et Minnesota United a même communiqué sur la situation pour préciser :
« Le jour suivant le match [contre la France] et après une évaluation médicale additionnelle, il a été diagnostiqué avec une déshydratation sévère. Compte tenu de la gravité de l’état clinique, le joueur a été admis dans un centre hospitalier le matin du 31 mars pour recevoir une surveillance continue et une thérapie de réhydratation intraveineuse. James a reçu son autorisation de sortie médicale et, depuis lors, se remet chez lui sous surveillance médicale constante. Minnesota United FC prend très au sérieux la santé et la vie privée de ses joueurs.
Le club ainsi que nos professionnels médicaux peuvent affirmer sans équivoque qu’il n’existe aucune preuve clinique ni de laboratoire de rhabdomyolyse.
Nous demandons respectueusement aux médias et au public en général de s’abstenir de toute spéculation supplémentaire concernant la santé de James.
Toute mise à jour supplémentaire sera communiquée directement par le club via ses canaux officiels. James s’est présenté aujourd’hui, lundi 6 avril, aux installations d’entraînement du club et a participé à une session supervisée de réintégration à l’activité physique.
Sa réintégration aux entraînements complets avec l’équipe suivra les protocoles établis par le département médical du club et sera entièrement régie par son évolution clinique ».
Le message est assez clair et personne ne peut dire quand James retrouvera les terrains. Une chose est certaine, le risque de le voir rater le Mondial semble s’éloigner. À voir maintenant s’il pourra enchaîner les rencontres et arriver en bonne forme en juin alors que depuis son arrivée chez les Loons en février dernier, il n’a disputé au total que trente-neuf minutes pour deux apparitions. Son dernier match complet remonte à novembre dernier face à l’América. Vu l'absence de plan B, Nestor Lorenzo a dû profiter de la semaine sainte en Colombie pour prier très fort à un retour rapide de son numéro 10.
Photo une : Leonardo Fernandez/Getty Images


