Il est sans aucun doute le plus argentin des français, à moins que cela soit l’inverse. Légende européenne, David Trezeguet a connu une histoire particulière avec le pays qui l’a vu grandir. Retour sur une histoire argentine.

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Né à Rouen, David Trezeguet émigre vers la terre de ses ancêtres alors qu’il a poussé son premier cri vingt-six mois plus tôt. Nous sommes fin 79 et la famille se pose à Florida Oeste, dans la banlieue de Buenos Aires, l’histoire argentine du futur Roi peut débuter.

Des potreros à la A

L'enfance du futur Roi est modeste mais non dans le besoin, le père Jorge terminant sa carrière de footballeur en évoluant dans divers clubs (Chacarita, Almagro, Deportivo Español, Sportivo Italiano ou encore El Porvenir) pendant que le petit David pousse le ballon dans les potreros de son barrio avec ses copains, chacun se prenant alors pour les grands joueurs argentins de l’époque. Le cœur du petit Trezeguet vibre pour River Plate, même s’il va peu au Monumental. Sa vie tourne autour du football, il passe son temps à dribbler avec tout ce qui peut faire office de ballon, à travailler la précision de ses frappes contre le mur de la maison. Ne reste plus qu’à sortir du potrero, à entrer dans le monde du football de clubs. Comme bien des enfants, tout débute par le baby fútbol avec le Tricolor de Colegiales puis par Unión Vecinal de Villa Adelina et Platense où le francès joue au milieu, juste derrière l’attaquant. Le longiligne Trezeguet enchaîne en effet les matchs, foot à six à l’UVVA d’abord puis foot à onze avec Platense où il signe sa première licence et où il évolue devant. Avec le Calamar, surnom du club, il effectue ses premiers déplacements, ses premiers longs voyages et évolue dans les catégories de jeunes où il peaufine son jeu. Connaissant parfaitement ses limites et ses qualités, le jeune David Trezeguet s’évertue à anticiper, à bien se placer, à jouer en une-deux touches. À seize ans, lors d’un tournoi qu’il dispute avec Platense, il comprend alors que son poste est avant-centre. Celui que l’on surnomme El Flaco (le maigre) grimpe dans les catégories du club et évolue rapidement avec la réserve. Tout s’accélère, Ricardo Rezza, entraîneur de l’équipe première, fait appel à des gamins de la réserve pour s’entraîner avec les pros, le francès brille, plante deux buts lors de son premier entraînement et convainc le coach de le garder avec les pros. Il s’entraîne avec eux mais évolue encore jusqu’à la fin de saison avec la réserve. Il faut ainsi attendre un match face au Gimnasia le 12 juin 1994 pour que David Trezeguet fasse ses débuts avec les pros (match nul 1-1). Quelques mois plus tard, son père Jorge étant persuadé que l’avenir de son fils se joue en Europe, la famille décolle pour la France, l’histoire argentine est interrompue. Parti Flaco ou francès, supervisé alors par José Pekerman qui cherche à construire son équipe de jeunes pour 1995, Trezeguet ne reviendra en Argentine qu’en tant que Roi.

Sauver son club

20 décembre 2011. Alors que River Plate se bat dans l’enfer d’une Primera B Nacional qui ne cherche qu’à s’offrir le scalp d’un géant, la rumeur devient officielle : David Trezeguet s’engage avec les Millonarios. L’annonce est un coup de tonnerre. Un club de seconde division argentine s’offre un champion du monde, champion d’Europe et goleador historique de la Juventus. Un joueur d’un calibre mondial. La mission du Millo apparait simple : retrouver immédiatement l’élite. On est alors à mi-saison et le groupe dirigé par Matías Almeyda occupe la deuxième place, derrière un Instituto emmené par un diamant nommé Paulo Dybala. Le River d’Almeyda est un monstre, offensivement, il est conduit par un quatuor de feu composé de trois joueurs qui ont rejoint le Millo pour l’opération remontée, Carlos Sánchez, Fernando Cavenaghi et Alejandro Chori Domínguez et d’un jeune diamant qui retourne alors l’Argentine, Lucas Ocampos. Elle s’appuie aussi sur des joueurs tels que Rogelio Funes Mori ou El Maestrico González, lui aussi arrivé au club l’intersaison 2011. L’arrivée du Français, couplée au retour de Leo Ponzio au pays, n’en finit plus de faire de ce River Plate un ogre.

Après avoir fait ses débuts lors des tournois d’été (et marqué son premier but face au Racing), David Trezeguet débute en championnat pour le retour de celui-ci le 18 février 2012. L’opération montée va alors prendre une teinte française tant l’impact du Roi David est immense. Cavenaghi avait inscrit treize buts lors de la phase aller de la Primera B, Trezeguet en fait autant au retour et fait trembler les filets dès son premier match, d’une tête décroisée sur un service d’Abecassis pour sceller la victoire des siens face à Independiente Rivadavia. La suite est folle : but contre Desemparados, doublé pour sauver le nul face à Defensa y Justicia, ouverture du score face au Deportivo Merlo, doublé face au Ferro (avec sans doute son plus beau but avec le Millo – Trezeguet le décrit comme « l’un des plus beaux buts de ma carrière »), ouverture du score face à Quilmes, unique buteur du choc face à Instituto, unique buteur face au Gimnasia Jujuy, doublé face à l’Atlético Tucumán et surtout doublé lors du match pour le titre et pour la montée face à Almirante Brown dans un Monumental totalement conquis au cours d’un match où il manque même un penalty. Dans sa biographie, « Bleu ciel », Trezeguet évoque son aventure au Millo, « j’ai du mal à croire que je vais porter le maillot de l’équipe que je supportais enfant et enfin connaître ce championnat quitté après seulement quelques bouts de matchs », raconte ce premier but face au Racing « je me sens comme un débutant, me frappant le torse à plusieurs reprises, le sourire jusqu’aux oreilles. Le public a bien compris que je suis venu ici pour réaliser un rêve, que c’est l’amour du maillot qui m’anime ». En ce soir de juin 2012, le Roi David fait rêver River qui retrouve l’élite. « Cette montée me comble plus que mon but en finale de l’EURO 2000, car j’ai vraiment participé à l’aventure en jouant et en marquant régulièrement » écrit-il dans sa biographie.

La suite est moins flamboyante. Trezeguet commence sa première véritable saison dans l’élite argentine, arbore le brassard de capitaine, inscrit son premier but à cet échelon face à Newell’s début septembre, échappant au marquage d’un autre ancien de Ligue 1, Gaby Heinze. Puis il est rattrapé par des affaires personnelles et une blessure qui l’écarte des terrains (une tendinite à la cheville gauche). L’ère Almeyda touche à sa fin, celle de Trezeguet à River aussi. Car dans les semaines qui suivent, Ramón Díaz, autre légende du club, revient poser ses valises à Nuñez. Après un Torneo Final peu flamboyant (le meilleur buteur de River sur l’année 2012 – 16 buts – n’en inscrit que deux sur la première moitié d’année 2013), Trezeguet se voit indiquer la sortie par le clan Díaz (les rumeurs voudront que l’affaire n’est pas seulement sportive). À la recherche d’un dernier défi alors qu’il se voyait terminer avec la bande rouge sur le torse, le Roi David s’en va découvrir la folie rosarina et est prêté au champion en titre, Newell’s.

Fin du rêve

Gerardo Martino parti au Barça, Alfredo Berti lui succède sur le banc mais le style leproso ne varie pas d’un iota et l’effectif est riche : Nahuel Guzmán dans les buts, Gaby Heinze, Marcos Cáceres ou encore Milton Casco derrière, un milieu où l’on compte du Pablo Pérez et autre Lucas Bernardi, une attaque dans laquelle figure l’icône Maxi Rodríguez. Un climat idéal pour l’avant-centre Trezeguet qui aspire à retrouver le rythme. Il débute en disputant un quart d’heure face à Belgrano en ouverture du tournoi, inscrit son premier but avec les Leprosos lors de la journée suivante face à l’Atlético Rafaela, et continue d’être décisif. C’est lui qui égalise face à Olimpo, qui ouvre le score lors du choc face à San Lorenzo (1-1 au final). Entre temps, David Trezeguet s’offre un doublé face à Colón et passe ainsi la barre des trois-cents buts inscrits en carrière. Newell’s a tout pour se succéder à lui-même. Mais faute de gagner le moindre de ses six derniers matchs du tournoi, la Lepra perd sa première place à quatre matchs de la fin et voit le tournoi s’envoler pour deux points. Trezeguet approche de ses trente-sept ans, il s’offre une dernière joie, la découverte de la Copa Libertadores. Il devient alors le premier Français à marquer dans cette compétition en s’offrant un doublé face au Nacional uruguayen. L’aventure se terminera face à un autre Nacional, le Colombien, qui s’impose à l’Estadio Marcelo Bielsa lors de l’ultime journée du groupe et prend la deuxième place synonyme de qualification. L’aventure rosarina de David Trezeguet touche à son terme avec la fin du prêt.

Auteur de sa biographie, Florent Torchut nous disait : « L’intendant du club m'a même confié qu'avant chaque match, David se regardait dans le miroir avec ce maillot à la bande rouge sur le torse et qu'il n'en revenait pas ». Malheureusement pour lui, son rêve s’envole une dernière fois. De retour à Nuñez, Trezeguet attend un signe des dirigeants. Dans sa biographie, il affirme « mon ami Marcelo Gallardo me dit qu’il compte sur moi, mais le club ne donne pas de nouvelles. Ni le président, ni aucun autre dirigeant ne me donne la moindre explication. Je n’en aurais jamais ». Trezeguet ne reviendra pas à River. L’ère dorée du Muñeco débutera sans lui. Trezeguet met fin à son histoire albiceleste, il part effectuer une dernière pige marketing en Inde et raccroche. Le rêve millonario envolé, la flamme que l’Argentine avait ravivée s’est alors définitivement éteinte.