À vingt-cinq ans, Kim Min-jae a connu une carrière au parcours sinueux mais qui lui a tout de même permis de réaliser son rêve : jouer en Europe. Alors que les rumeurs l'envoient entre le Stade Rennais et Naples, Kim Min-jae veut surtout continuer sa progression et s'inscrire de plus en plus comme l'un des meilleurs défenseurs centraux de la Corée du Sud.

bandeauprimeira

Kim Min-jae est né le 15 novembre 1996 dans la ville portuaire de Tongyeong située dans la province du Gyeongsang du Sud à la pointe sud de la Corée. Il est élevé dans une famille modeste puisque ses parents, Kim Tae-kyun (père) et Lee Yu-seon (mère), tiennent un restaurant de sushi de seulement six tables. Malgré leurs maigres finances, ils ont tout fait pour que leur fils puisse atteindre ses rêves. Ce dernier reconnaît que la situation familiale et les sacrifices de ses parents furent plus une source de motivation qu'un poids. Amoureux du ballon rond, Kim Min-jae débute son parcours à l'école élémentaire avant de poursuivre au collège. Comme tout jeune sud-coréen fan de football de son âge, Park Ji-sung devient son idole et pousse le jeune Min-jae à quitter sa ville natale pour la Suwon Technical High School, lycée par lequel la légende sud-coréenne est passée étant jeune. C'est donc en 2012, au sein de ce lycée que le Kim Min-jae débute réellement sa carrière. Dès sa première année, il est convoqué dans l'équipe des moins de 20 ans de la Corée du Sud. Intraitable en défense centrale, Kim Min-jae peut compter sur son physique imposant pour un joueur lycéen puisqu'il culmine à 1m88 et pèse 78 kg. Un physique qu'il doit à ses parents comme il le dit lui-même : « Je pense que j'ai hérité du physique de mon père et de la vitesse de ma mère ». Son père est un ancien judoka alors que sa mère est une ancienne athlète.

Explosion à Jeonbuk

Sur de bons rails en ce début de carrière, le parcours de Kim Min-jae se complexifie lorsqu'il intègre la prestigieuse Yonsei University à Seoul en 2015. Opposé à des attaquants plus vieux que lui et plus puissant physiquement que ceux qu'il a pu défier au lycée, il prend conscience que son physique n'est plus à la hauteur. Loin de se démotiver, il suit un entraînement musculaire de grande envergure. Il passe de 78 à 88kg et développe sa musculature lui permettant de devenir plus difficile à battre en duel lors de sa seconde année universitaire. C'est à cette période qu'il hérite du surnom de « Monster ». À vingt ans, il tape alors dans l'œil de Choi Kang-hee, l'entraîneur du grand Jeonbuk, qui décide de suivre de près les performances du jeune défenseur. Lorsqu'il quitte la Yonsei University en juillet 2016, au milieu de sa seconde année et après avoir obtenu une convocation avec la sélection sud-coréenne des moins de vingt-trois ans, Kim Min-jae ne peut rejoindre Jeonbuk à cause du règlement encadrant les jeunes joueurs. Il doit attendre la fin de la saison 2016 pour le faire. Il trouve donc un point de chute en National Football League, la troisième division sud-coréenne, au sein de l'équipe de Gyeongju, Gyeongju Korea Hydro & Nuclear Power FC. En seulement six mois, il s'impose comme un titulaire indiscutable et dispute dix-sept rencontres. Une étape supplémentaire passée dans sa carrière qui permet à Choi Kang-hee de confirmer son choix : Kim Min-jae devient un joueur de Jeonbuk pour la saison 2017. L’entraîneur des Green Warriors dit de lui que « son jeu long est bon et sa nature optimiste fait de lui un très bon défenseur ». Il apprécie aussi l'attitude du joueur à l'entraînement où il est compétitif, cherche à acquérir de l'expérience auprès de ses partenaires plus âgés et cherche toujours un moyen pour s'améliorer face aux attaquants. Il faut dire que s'entraîner face à des Kim Shin-wook, Lee Dong-gook, Edu et autre Ricardo Lopez, tous au profil différent, ça vous forge un défenseur.

En 2017, Jeonbuk cherche à améliorer son secteur défensif ce qui laisse permet à Kim Min-jae d'avoir une carte à jouer dans la rotation même si la charnière Lim Jong-eun – Lee Jae-sung était annoncée comme indéboulonnable en début de saison. Mais le « Monster » fait déjouer tous les pronostics et s'installe comme titulaire indiscutable dès la première journée du championnat et laisse Choi Kang-hee l'associer soit à Lim Jong-eun soit à Lee Jae-sung en fonction de leur forme respective. Kim Min-jae accompagne ses très bonnes performances par deux buts très importants puisque sa première réalisation en juin permet à Jeonbuk d'arracher le nul face à Daegu et sa seconde réalisation en août permet aux Green Warriors d'ouvrir le score face à Gwangju. Rapide, efficace dans la relance, solide dans les duels, fort de la tête et doté d'une bonne capacité d'anticipation Kim Min-jae manque toutefois d'expérience et montre quelques signes de naïveté. Rien de bien grave à seulement vingt-et-un ans et aucune expérience professionnelle. Ces légers défauts ne l'empêchent pas d'attirer à lui les compliments. Kim Dae-gil, commentateur de la chaîne KBS voit en lui un futur grand défenseur : « Kim Min-jae est un défenseur central armé de la technique de Hong Myung-bo (NDLR : capitaine de la sélection en 2002 et ancien sélectionneur) et des compétences en un contre un de Choi Jin-cheol (NDLR : ancien défenseur international, composant la défense avec Hong Myung-bo en 2002). Il est multifonction, grand physiquement mais agile en course ». Même si sa fin de saison est tronquée par une blessure, Kim Min-jae a grandement participé au succès de Jeonbuk en K League 1, devenant champion de Corée du Sud dès sa première saison. Il est également désigné meilleur jeune joueur de l'année, une première pour un défenseur, et figure dans le onze type de la saison.

Après s'être imposé avec les Green Warriors, Kim Min-jae a naturellement attiré l'œil du nouveau sélectionneur de la Corée du Sud, Shin Tae-yong. L'ancienne gloire de Seongnam voyant en lui une solution aux problèmes défensifs récurrents des Guerriers Taeguk dans les éliminatoires à la Coupe du Monde 2018. Alors que les Sud-Coréens jouaient leur qualification face à l'Iran et l'Ouzbékistan en août et septembre 2017, Kim Min-jae a été intégré aux vingt-six sélectionnés devant permettre à la nation d'être représentée en Russie à l'été 2018. Shin tae-yong n'a pas tardé à le lancer dans le grand bain puisque sur les deux rencontres, Kim Min-jae a été titulaire. Si face à l'Iran sa prestation fut entachée de quelques erreurs, à mettre sur le compte de la pression, sa seconde sortie face à l'Ouzbékistan fut impeccable. Laissé sur le flanc toute la fin de saison sur blessure, il fait également partie du groupe qui dispute l'EAFF 2017 que remporte la Corée du Sud, mais sans jouer la moindre minute.

Après une année 2017 marquée par une ascension fulgurante, la saison suivante s'annonce donc comme celle de la confirmation. Remis de sa blessure pendant l'intersaison, Kim Min-jae voit débarquer à Jeonbuk l'ancien international sud-coréen Hong Jeong-ho ayant connu les joies de jouer en Europe, à Augsbourg entre 2013 et 2016. Rien de mieux pour continuer de progresser que d'évoluer aux côtés d'un joueur expérimenté comme Hong Jeong-ho. Mais la saison s'annonce plus délicate que prévue en raison des blessures qui s'accumulent pour Kim Min-jae. Alors qu'il rêvait de joueur le mondial russe, il est contraint de déclarer forfait pour une fissure du tibia. Mais son devoir international est loin d'être terminé puisqu'en août 2018 se profilent les Asian Games. Occasion en or de décrocher une exemption de service militaire en cas de victoire et ainsi s'enlever une épine du pied pour une carrière européenne. Alors que la Corée du Sud maîtrise son parcours et doit affronter le Japon en finale, Kim Min-jae se fend d'une sortie dans la presse qui montre toute la confiance qu'il a en lui : « Si on perd, tous les joueurs sauteront de l'avion du retour. On ne peut pas perdre et on ne va pas perdre ». Les actes rejoignent la parole et la Corée du Sud s'impose. Kim Min-jae s'ouvre les portes de l'Europe alors que les premières rumeurs d'intérêts de clubs européens circulent. De retour à Jeonbuk, il continue sur sa lancée, prenant de plus en plus d'assurance, continuant de progresser. Toujours aussi fort dans les duels, toujours aussi rapide, il montre aussi de grandes capacités d'anticipation. La présence de Hong Jeong-ho lui permet de prendre plus de risque, bien souvent payant. De nouveau champion et de nouveau nommé dans l'équipe type de la saison, Kim Min-jae a confirmé sa première année professionnelle et se montre déjà trop fort pour la Corée du Sud et l'Asie. Il est également bien installé en sélection sous Paulo Bento qui en fait le pilier de sa défense centrale.

L’erreur chinoise

À l'hiver 2019, la carrière du jeune défenseur connait un second tournant majeur avec le départ de Choi Kang-hee de Jeonbuk, celui qui lui a permis de devenir le joueur qu'il est. Ne se voyant pas continuer à Jeonbuk sans son mentor, Kim Min-jae réfléchit à un départ. Pendant l'intersaison, de nombreuses rumeurs l’envoient en Europe avec notamment l'annonce d'une offre de la part de Watford. Mais l'inquiétude grandit au sujet d'un potentiel permis de travail qui ne serait pas délivré ce qui obligerait le club anglais à envoyer Kim Min-jae en prêt dans un autre club. Dans le même temps, une offre de Chine par l'intermédiaire du Beijing Guoan arrive sur le bureau de la direction de Jeonbuk. Très intéressant financièrement pour le joueur et pour le club, elle est acceptée. Kim Min-jae choisit donc de rejoindre la Chinese Super League et de quitter l'un, si ce n'est le, meilleur club d'Asie et l'un des meilleurs championnats, pour de l'argent. Loin de nier les motivations économiques, avec un discours basé sur la brièveté de la carrière de footballeur, Kim Min-jae explique que la présence de Roger Schmidt sur le banc de Beijing est également une motivation supplémentaire. Le technicien allemand pouvant l'aider à rejoindre l'Europe. Sauf qu'à vingt-deux ans, la crainte de le voir régresser dans un championnat à la compétitivité faible ainsi que des prétentions économiques importantes pouvant refroidir des clubs européens laissent présager qu'il se retrouvera bloqué pendant longtemps en Asie. De plus, la Chine adopte une nouvelle règle concernant les joueurs étrangers qui contraint chaque club à ne pouvoir en aligner au maximum que trois à chaque match. Kim Min-jae pourrait donc se retrouver régulièrement dans les tribunes. Mais Roger Schmidt a besoin de solidifier sa défense et fait donc confiance à son joueur sud-coréen. Pour l'anecdote, le deuxième match officiel de Kim Min-jae fut contre Jeonbuk. Les Green Warriors n'ont pas dans les sentiments et ont corrigé Beijing (3-1). Les supporters de Jeonbuk ont néanmoins fêté comme il se doit leur ancien joueur. À mi-saison, Beijing était parfaitement lancé, surfant sur onze victoires de suite en début d'année, et en toujours en course pour le titre. Mais tout bascula à l'été. Le Beijing Guoan a subi trois défaites consécutives, dont une élimination en quarts de finale de coupe de Chine ainsi qu'une élimination en Asian Champions League. Dès lors une partie des supporters demande la tête de Roger Schmidt. La réponse du club sera sans pitié pour le technicien allemand : c'est la porte, remplacé par Bruno Genesio. Mais pas de quoi remettre en doute la position de Kim Min-jae, même si les débuts du Français sur le banc laissent présager que le Sud-Coréen ira plus régulièrement en tribune. Rapidement, Bruno Genesio constate qu'il ne peut faire sans Kim Min-jae. Une sage décision qui permet à Beijing Guoan de finir sur la deuxième marche du podium.

kmjbeijing

Photo : Simon Holmes/Getty Images

L'été 2019 marque également le retour des rumeurs envoyant le joueur en Europe mais celles-ci, vraies ou fausses, sont rapidement balayées par Beijing Guoan qui demande beaucoup trop pour se séparer de son défenseur. Aucun club européen n'est prêt à payer presque vingt millions d'euros pour un joueur inexpérimenté sur la scène européenne et évoluant en Chine. Premier contre coup du choix de s'exiler. En sélection, Kim Min-jae, toujours titulaire indiscutable, perd néanmoins progressivement de son influence, conséquence là aussi de son manque d'adversité. Surtout, il montre d'inquiétants signes d'épuisement. La raison ? Sa suractivité sur le terrain en Chinese Super League, devant couvrir beaucoup plus de zones qu'avec Jeonbuk étant donné la faiblesse de ses partenaires. Un constat qu'il fait lui-même en mai 2020 dans un podcast sud-coréen en pointant du doigt les carences défensives de ses coéquipiers, dont un attaquant de métier, qui ne comprennent pas les rudiments défensifs du football. Une sortie qui fait polémique en Chine, les supporters demandant la vente du joueur. Mais Beijing Guoan ne souhaite toujours pas le laisser partir sans compensation financière digne de ce nom. Le PSV de Roger Schmidt, Everton, Tottenham grâce à Son Heung-min, Leipzig, Porto ou encore la Lazio, tout y passe. Sans offre concrète. À se demander si ces rumeurs ne sont pas seulement le fruit de son agent. Toujours aussi important sur le terrain, Kim Min-jae a la confiance de Bruno Genesio dans une saison impactée par la pandémie de la COVID-19 qui voit Beijing échouer à la troisième place du championnat. Toutefois, en Asian Champions League, Beijing Guoan ne tient pas la comparaison face aux autres équipes asiatiques. En 2021, Bruno Genesio quitte le club à la fin de son contrat, remplacé par Slaven Bilić. En fin de contrat à la fin de la saison, Kim Min-jae ne souhaite pas prolonger et voit donc les rumeurs d'Europe revenir à l'hiver 2021. Surtout que Beijing Guoan a recruté le bosnien Toni Šunjić, envoyé en prêt au Henan Jianye, qui pourrait remplacer le Sud-Coréen. Les rumeurs les plus folles continuent d'affluer mais il n’en est rien et le joueur reste en Chine à la fin du mercato hivernal. Mais un problème familial le tient éloigné des terrains pendant toute la première partie de saison. À l'été, un nouveau mercato annonce de nouvelles rumeurs comme celle d'un transfert à la Juventus. Puis vient celles de négociations avec le FC Porto voire d'un accord entre Beijing et le club portugais. Mais selon les rapports, Kim Min-jae se montre gourmand sur la durée et la clause libératoire. Finalement, en juillet 2021, c'est avec le club turc de Fenerbahçe qu'un accord est conclu pour l'arrivée de Kim Min-jae en Turquie. Une opération autour de trois millions d'euros, loin, très loin des vingt millions un temps demandés. Pour un tel montant, difficile de prendre au sérieux toutes les rumeurs des années précédentes. Par ailleurs, le club turc a à sa tête Vítor Pereira qui a croisé Kim Min-jae en Chine lorsqu'il entraînait Shanghai SIPG. Nul doute que Paulo Bento est intervenu pour faciliter le transfert comme il le fit avec Hwang Ui-jo. Quoi qu'il en soit, le « Monster » prend un nouveau virage dans sa carrière en s’envolant pour l’Europe, avec du retard et après trois ans presque perdus en Chine.

Enfin l’Europe

En Turquie, Kim Min-jae découvre un autre niveau de ce à quoi il était habitué en Chine. Mais loin de se laisser submerger, il s'impose rapidement dans la défense de Fenerbahçe et les supporters sont sous le charme. Le joueur de Jeonbuk fait progressivement son retour, toujours aussi fort physiquement, bon dans la relance, bon en anticipation et faisant toujours autant parler sa vitesse. Point rare au regard de son gabarit. Son passage en Chine lui a également appris à être plus polyvalent en se positionnant en couverture. La Turquie lui permet de reprendre son apprentissage et les progrès sautent clairement aux yeux. Le « Monster » devient moins fougueux, plus posé sans toutefois mettre de côté sa nature première. Il travaille également sa relance en jeu long et jeu court, avec moins de déchets qu’à l’accoutumée, ses anticipations sont moins fréquentes mais gagnent en propreté, mettant ainsi moins en danger son équipe en cas de loupé, et ses percées balles au pied sont moins nombreuses mais plus efficaces. Ce qui ne l’empêche pas de faire quelques incursions très hasardeuses en terrain adverse qu’il parvient tout de même à compenser par sa vitesse lors du repli défensif. Titulaire indiscutable, Kim Min-jae dispute également l'Europa League, faisant ainsi ses armes sur la scène continentale avec plus au moins de succès. Avec Fenerbahçe, il termine second de la Süper Lig turque et se qualifie pour la Ligue des Champions. En sélection, il recommence à reprendre de l'épaisseur, aidant la Corée du Sud de Paulo Bento à se qualifier pour la Coupe du Monde au Qatar. Après de telles performances, rien d’étonnant qu’un an seulement après son arrivée, de nouvelles rumeurs apparaissent, l'envoyant aux quatre coins de l'Europe. 

Mais une fois encore, les rumeurs vont bon train. Un temps d'accord avec Rennes où officie son ancien entraîneur du Beijing Guoan, Bruno Genesio, puis finalement d'accord avec Naples, sans oublier que la Premier League s'intéresse à lui tout comme la Juventus ou encore l'Inter Milan... Kim Min-jae déchaîne toujours autant les passions d'après les rumeurs, mais il met toujours autant de temps à trouver un point de chute. Tout reste finalement une affaire de communication d'agents, comme à l’été 2019, et ça continue de le poursuivre. Une seule chose est certaine, Kim Min-jae a l’occasion de poursuivre sa surprenante carrière en respectant une certaine logique : passer d'un championnat à un autre en augmentant le palier de difficulté. À lui de s'adapter dans son futur club, comme il l'a toujours fait, et de montrer à toutes ses qualités.

 

Crédit photo une : Francois Nel/Getty Images