« Un des matchs les plus importants de ces vingt dernières années ». Hector Tapia décrit ainsi le match retour de Copa Libertadores qui voit Colo-Colo se déplacer au Brésil pour affronter le Corinthians. Avant le rendez-vous de l’année au Chili, retour sur le match aller, celui qui a mis fin à onze longues années de frustration.

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Onze longues années d’attente depuis le dernier huitième de finale de Copa Libertadores pour le peuple colocolino, avec en plus une belle affiche, puisque qu’il affrontait le légendaire Corinthians, vainqueur en 2012 de cette magnifique compétition, sûrement l’une des plus passionnantes du monde. Mais une place pour ces retrouvailles, ça se mérite. Les billets ont été mise en vente une dizaine de jours avant, et ce uniquement sur internet (à croire que les bons vieux billets papiers disparaitront bien plus vite que prévu, au nom de la sacro-sainte « modernité »). Ouverture des portes « virtuelles » à 17h30 et obtention du précieux sésame peu avant minuit, ce qui fait quasiment 6h30 de queue, entrecoupé de bug internet, de désespoir, de reprise d’espoir, d’ascenseur émotionnel, de position 40 000 dans la queue en ligne. Bref, j’ai failli retarder de plusieurs semaines (avec de la chance) voire de plusieurs mois mon premier match de Libertadores au stade.

Puis jusqu’au jour du match, pas d’euphorie débordante dans les rues ou les médias, la faute à la taille de la capitale chilienne (6 millions d’habitants) mais aussi à la multitude de clubs professionnels historiques à Santiago ce qui dilue forcément les supporters. Par contre, on me promettait un stade plein ! Je pensais l’affiche largement en faveur du Corinthians, au vu du poids de l’histoire sûrement, mais aussi à ma méconnaissance de l’effectif du Timão que je pensais plus fourni qualitativement. À ma grande surprise, les supporters du Colo rencontrés les jours précédent le match, ne semblaient pas avoir peur du Corithians, et voyaient même une double confrontation très serrée, tout en semblant assez confiant sur le fait de faire un score à domicile. Mes amis avec qui je me suis rendu au stade n’ont d’ailleurs pas su me citer de joueur vraiment connu et/ou dangereux coté brésilien si ce n’est le latéral droit Fágner mondialiste (même si à la faveur du forfait de dernière minute de Dani Alves) et du gardien, le troisième du Brésil au Mondial russe, le dénommé Cássio, même s’ils n’ont pas su me citer son nom ce soir-là, ni avant ni après le match.

L’arrivée dans le stade fut un peu décevante. Le stade, propriété du Colo n’a de Monumental que le nom. Je n’en attendais pas forcément beaucoup, mais qu’une seule tribune à peu près couverte, pas d’étage, alors que le stade a été rénové pour la dernière Copa America en sol sud-américain, en 2015. Même si j’ai appris plus tard, que le projet initial (débuté dans les années 70), prévoyait un deuxième étage, et d’être couvert, mais qu’il ne fut jamais mené à terme. En tout cas en l’état, il est censé pouvoir accueillir 47.000 personnes, mais ne m’en donne pas cette impression. On sera finalement 35.000, la faute plusieurs tribunes fermées pour séparer les supporters brésiliens, tout de même près d’un millier à avoir fait le très long déplacement. Par contre l’ambiance timorée à notre arrivée deux bonnes heures avant, monte en puissance à ma grande joie. Le stade se remplissant, les premiers chants retentissent à la gloire de l’équipe alba jusqu’au moment où les supporters, rythmés pas un coup de bombo régulier, se mettent à siffler, imitant ainsi l’arrivée de l’indien venu terrasser l’adversaire jusqu’à lancer un "ouhouhouhouhou" caractéristique de la représentation que l’on se fait de l’arrivée des indiens. Assez ludique mais très impactant comme entrée en matière, ça fait son effet, ça claque. Puis un des deux écrans géants (le seul qui marche) qui est situé juste au-dessus de la galeria (l’équivalent du virage) peuplée de la fameuse « Garra blanca » (la Griffe Blanche en VF, la seule barra brava officielle du club, mais une des plus redoutée et violente du pays, on ne rigole pas avec eux) se met à diffuser, non pas la compo des équipes (ce qui sera fait plus tard) mais la revue ultra complète de l’effectif, allant même jusqu’à présenter le kiné, l’entraineur des gardiens, et le remplaçant du remplaçant, et avec des moyens. La piètre qualité de l’écran ne permettra pas de mettre en valeur cette production, ni le making-off (si ! si !) qui s’en suit. Au passage, toujours pas d’écran d’affichage du temps de jeu dans un stade chilien, assez énervant pour suivre un match correctement. Puis bien sûr l’hymne du Colo retentit, mais n’est pas très suivi car le son n’est pas très bon, on l’entend à peine. Par contre mes amis me l’ont chanté en amont, j’ai donc pu en goûter les paroles, qui sont assez romanesques et épiques, bel hymne de club.

Dans un stade en feu et une très belle ambiance, les joueurs rentrent sur le terrain sous les typiques mais indispensables tunnel gonflables sans qui la Libertadores ne serait pas la Libertadores (à mon humble avis). Au même moment la « Garra Blanca » sort son tifo, mais par manque de coordination ça un devient un sketch car il est tiraillé de tous les côtés telle une couette un jour de grand froid dans le lit d’un couple. Il est finalement rangé (on aura tout de même pu y deviner le logo du club avec en fond David Arellano, le fondateur), pour finalement ressortir plusieurs dizaines de minutes plus tard une fois le match bien entamé, mais cette fois de manière beaucoup mieux coordonnée et visible. Puis un chant des colocolinos m’interpelle où dans la même chanson il est question d’herbe à fumer et de cognac, assez amusant pour être remarqué. Les supporters n’auront pas arrêté de chanter tout le match, on ressentait le bonheur de retrouver ce niveau de la compétition.

Enfin, le match, avec un Colo entreprenant et joueur, qui joue très haut et un Corinthians très étiré qui semble ne vouloir miser que sur l’exploit individuel d’un de ses attaquants, et si possible en contre. À force de jouer si haut, et de monter à beaucoup sur les coups de pied arrêtés, les Chiliens ne sont pas loin de se faire prendre au piège du contre. Les joueurs de l’Eterno Campeon chilien finissent par concrétiser leur domination par un but de Carmona juste à l’entrée de la surface à la 37ème minute. Ils auraient pu aggraver le score sans deux belles parades du gardien Cássio.

Les joueurs rentrent à la mi-temps sur le score de 1-0, les Corinthianos étant escortés pour éviter toute réception d’éventuels projectiles vers leur tunnel gonflable par des espèces de stadiers équipés de parasols multicolores (que l’on dirait tout droit sortis de la plage). À la mi-temps, s’est déclenché un début de bagarre entre certains supporters avec ceux de la Garra Blanca, pour on ne sait quel motif. Heureusement les deux groupes ne sont affrontés qu’au travers d’une barrière métallique, même si on la sentait bouger dans tous les sens et ne donnait pas cher de sa peau, elle aura finalement tenu le coup jusqu’à la fin du match. Puis la tension des tribunes semble avoir été contagieuse sur le terrain puisqu’un début de bagarre générale est déclenché à cause d’un simple ballon non rendu de suite par les joueurs du Colo quelques minutes seulement après la reprise.

On sent de plus en plus de tension des deux côtés et on devine que le match ne finira pas à dix contre dix. Les joueurs chiliens de provocations en provocations, pourraient avoir à le regretter à la fin du match, mais surtout au match retour, car ils seront attendus et « accueillis » comme il se doit je le pense. Ce sera finalement un joueur brésilien qui se fera expulsé à la suite d’un deuxième carton jaune. L’homme du match aura sûrement été le gardien de but du club paulista qui aura dégoûté les attaquants adverses en sortant encore trois ballons à bout portant en deuxième mi-temps, puis qui aura profité de la maladresse de Damian Perez qui aura manqué l’immanquable devant le but à la 84ème en mettant le ballon plusieurs mètres au-dessus alors que la cage lui était grande ouverte.

Heureusement qu’il y aura eu el Mago Valdivia pour nous sortir de la torpeur. Il nous aura illuminé le match par ses gestes de très grande classe, même s’il n’aura pas toujours fait les bons choix. Mais c’est à ça aussi qu’on reconnait les grands joueurs, même quand ils jouent mal ou qu’ils ne sont pas décisifs, ils nous illuminent quand même la soirée par leur talent balle au pied.

Le match se fini 1-0 avec un goût d’inachevé pour les supporters du Cacique, car ils avaient vraiment la place d’enfoncer le clou et de mettre un ou deux buts de plus, surtout après l’expulsion côté brésilien. On a la sensation qu’ils auront plutôt cherché à faire dégoupiller les joueurs adverses (ce qu’ils ont plutôt bien réussi) qu’à élargir leur avance en vue du match retour. En espérant qu’ils ne le regrettent pas. Mais que les supporters du Colo-Colo se rassurent, le Corinthians est bien meilleur à l’extérieur qu’à domicile dernièrement (ce qui est de bonne augure), que son entraineur a admis en conférence de presse que la Libertadores était moins importante pour eux que le championnat (même si ça peut être aussi interprété comme un moyen de réduire la pression sur ses joueurs) mais surtout, leur gardien de but Cássio s’est blessé lors du dernier match et est très incertain !

 

Par Gabriel Micolon, à Santiago pour Lucarne Opposée

 

Nicolas Cougot
Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.