Jamais en position favorable pendant près de 175 minutes, River Plate est parvenu à réussir l’un de ses plus grands exploits en s’offrant la peau du champion sortant. Au prix d’un match au scénario totalement fou.
L’Arena do Grêmio était pleine comme un œuf, prête à célébrer un exploit devenu rare : voir un Brésilien retrouver une place en finale deux années consécutivement après São Paulo en 2005 et 2006. Les défis étaient grands pour la bande à Renato Gaúcho, les records à établir nombreux. Alors que le technicien du Tricolor reconduisait le même onze que la semaine passée, à un Kannemann près (l’Argentin étant suspendu – détail qui allait finir par peser), du côté de River, el Muñeco Gallardo, suspendu à son tour, avait fait le choix de préférer Nacho Fernández et Lucas Pratto à Pity Martínez et Nacho Scocco peu en vue la semaine précédente, donnant ainsi les clés du jeu à un JuanFer Quintero plus axial. Le système fonctionnait, River allait dominer le premier acte et menacer à plusieurs reprises les cages de Marcelo Grohe, notamment par Palacios et Borré mais ne parvenait pas à ajuster suffisamment ses frappes pour trouver le cadre. Fébrile comme rarement en Libertadores, Grêmio jouait trop bas et s’exposait à une mauvaise surprise, incapable de poser son jeu malgré parfois les bonnes montées de Bruno Cortez côté gauche. Et pourtant. Comme à l’aller, c’est au plus fort de la domination argentine que Grêmio allait frapper. Un corner quelque peu dévissé d’Alisson était repris par Leo Gomes dont la frappe, détournée par Pratto, trompait Armani jusqu’ici au chômage technique. L’Arena do Grêmio pouvait chavirer, jamais Grêmio n’allait être aussi près de la finale.
D’autant qu’au retour des vestiaires, la donne changeait. Renato Gaúcho avait sans aucun doute vu que la situation ne pouvait durer, Grêmio jouait alors bien plus haut sur le terrain et prenait véritablement le contrôle du jeu. Côté Gallardo, Pity Martínez était entré en jeu à la place d’un Nacho Fernández fantomatique et avait ainsi effectué son deuxième changement après le coup dur que fut la sortie du capitaine Leo Ponzio en milieu de premier acte. Grêmio dominait alors, l’Arena do Grêmio se levait de plaisir lorsqu’Everton effectuait son retour sur le terrain, une dizaine de minutes plus tard le meilleur buteur du Tricolor se présentait seul face à Armani et perdait son duel. Grêmio ne le savait pas encore, mais c’était alors le premier tournant du match. Car ce match allait finir par échapper aux Brésiliens. Paulo Miranda, qui avait pris la place de Kannemann aux côtés de l’impeccable Pedro Geromel devait sortir perclus de crampes, son remplaçant Bressan allait vivre un calvaire. D’abord en recevant un carton jaune alors que sur le terrain depuis dix secondes et que le jeu n’avait pas encore repris, ensuite en assistant à l’égalisation de Borré sur un coup franc parfait de Pity Martínez à l’entrée des dix dernières minutes, enfin en détournant une frappe de Scocco de la main pour provoquer le dernier tournant du match, l’intervention du VAR. Andrés Cunha, l’Uruguayen que le peuple millonario s’était souvenu qu’il avait été l’homme de l’élimination en demi-finale l’an passé – il était alors en charge du VAR –, s’en allait visualiser le ralenti qui montrait l’indiscutable penalty pour River. On jouait la 88e minute, l’arbitre désignait le point des onze mètres et sortait un deuxième carton jaune synonyme d’exclusion à Bressan. S’ensuivaient huit minutes de palabres, de montée en tension et de discussion notamment entre officiels et police, huit minutes avant que Pity Martínez ne montre son sang-froid en prenant Grohe à contre-pied. Pour la première fois de la série, River se retrouvait en position de qualifié, les quatorze minutes de temps additionnel n’allaient rien changer, sous un déluge qui s’abattait alors sur l’Arena do Grêmio, les supporters du Tricolor pouvaient noyer leurs larmes, le champion est tombé au terme d’un match au scénario totalement fou.
River décroche sa deuxième finale de Libertadores en quatre saisons, il attend désormais Boca Juniors en position favorable avant son voyage au Brésil. Afin d’offrir un Superclásico pour la toute dernière finale aller-retour de l’histoire.



