Habitués à se croiser en championnat, en coupe nationale, ou en compétitions continentales, Boca Juniors et River Plate ne se sont finalement quasiment jamais affronté en finale d’une épreuve. Avant la folie annoncée de 2018, ce n’est même arrivé qu’à deux reprises.
Deux-cent-quarante-six duels officiels, vingt-quatre en Libertadores et pourtant pour trouver trace d’un Superclásico comme théâtre d’une finale pour un titre, il faut creuser. La rareté décuplant la beauté du moment, l’histoire révèle qu’en plus d’un siècle d’affrontements, si les Superclásicos ont souvent été décisifs dans des courses au titre, Boca Juniors et River Plate ne se sont affrontés que deux fois seulement lors d’une véritable finale. Le tout à plus de quarante ans d’intervalle.
El Gol de Fantasma (1976)
Le Campeonato Nacional de 1976 est l’histoire d’un championnat qui n’a failli jamais se dérouler et se termine par un but que personne n’a enregistré. Trente-quatre équipes participent au tournoi, leur nombre important « oblige » à répartir tout ce petit monde en quatre groupes, deux de huit, deux de neuf. Les soucis économiques laissent un temps planer la menace d’une annulation mais, sauvé par une entreprise privée (Nobleza Piccardo), le championnat finit par se tenir. C’est lors de ce tournoi que le 20 octobre, un gamin nommé Diego Maradona fera ses débuts chez les pros. Sous la direction d’Ángel Labruna, River tente de retrouver la joie après dix-huit ans sans le moindre titre à se mettre sous la dent. En 1976, River Plate perd sa deuxième Libertadores dix ans après l’épisode des Gallinas et se reconstruit. Pour ce tournoi national, les Millonarios remportent assez tranquillement leur groupe, sortent ensuite Quilmes en quarts, puis Talleres en demie, grâce à un but signé Daniel Passarella. De son côté Boca Juniors va bien. Juan Carlos Lorenzo est arrivé en janvier, avec lui des joueurs comme Hugo Orlando Gatti, Francisco Sá, Ernesto Mastrángelo et Carlos Veglio sont venus s’ajouter à une base déjà solide au sein de laquelle se trouve Mouzo ou encore Rubén Suñé. Vainqueur du Metropolitano qui s’est tenu en première partie d’année, Boca va alors remporter son groupe, non sans mal cependant. Troisième à deux journées de la fin, les Xeneizes décrochent deux victoires et parviennent à sortir du groupe devant Quilmes. La deuxième phase est ainsi une phase à élimination directe, Boca élimine Banfield en quarts et sort le Huracán d’Houseman et Ardiles en demies.
Le 22 décembre, au Cilindro, Boca Juniors et River Plate se retrouvent ainsi pour la première finale d’un championnat opposant les deux géants dans l’histoire du football professionnel argentin. Dirigée par le meilleur arbitre de l’époque, Arturo Ithurralde, la rencontre est un vrai Superclásico : sans le moindre espace laissé à l’adversaire, la lutte intense. Veglio et Mastrángelo tentent de faire parler leur créativité mais le match est finalement assez pauvre en occasions. Flotte le parfum d’un 0-0. Jusqu’à la 72e minute et le coup franc en faveur de Boca. Mouzo et Suñé discutent, le mur se place, la polémique va intervenir. Car Rubén Suñé s’élance sans attendre le coup de sifflet et envoie le ballon dans la lucarne de Fillol. On apprendra plus tard qu’avant le match, Roberto Perfumo, capitaine de River avait demandé à l’arbitre de faire jouer rapidement les coups de pied arrêtés. Retour de boomerang. Car River ne reviendra pas. Le but de Suñé entre dans la légende, renforcé par le fait que personne n’a gardé la moindre trace vivante de son exécution, à l’exception de quelques photos. Aucune vidéo. Boca Juniors remporte le premier Superclásico d’une finale, il faudra attendre 42 ans pour en revivre un.
2018 : premier rendez-vous d’une année folle
Sorti en demi-finale de la Libertadores 2017, River Plate s’est consolé en décrochant la Copa Argentina face à l’Atlético Tucumán. Les Millonarios conservent ainsi leur titre dans cette compétition et décrochent ainsi le droit d’affronter le champion d’Argentine 2017 en Supercopa. Ce champion, c’est Boca Juniors. Le 14 mars, les deux équipes se retrouvent ainsi à Mendoza pour la deuxième finale de l’histoire qui rime avec Superclásico. Elles abordent la rencontre avec des dynamiques bien différentes. Alors que Boca survole la Superliga (et ira filer vers le bicampeonato), River semble à bout de souffle, les rumeurs évoquent déjà une fin de cycle proche pour Marcelo Gallardo dont le Millo pointe à une triste 18e place en championnat à neuf journées de la fin. Certains s’attendent même à ce qu’il n’y ait pas match. Et pourtant. Dans un match à haute intensité, River débute le mieux, Nacho Fernández d’un côté, Rodrigo Mora de l’autre posent des soucis dans les couloirs de Boca, sur l’une des percées de l’un d’eux, Fernández est fauché par Cardona et permet à Gonzalo Martínez d’ouvrir le score sur penalty. Boca tente alors de réagir mais le quadrillage mis en place par Gallardo est parfait, River reste menaçant à tout moment, résistant aux efforts de Pavón grâce notamment à Armani, grand bonhomme de la seconde période. Le portier millonario repousse tout, écœure tour à tour Nández, Cardona, Pérez et Pavón. Arrive alors le contre parfait, emmené par Nacho Fernández et Gonzalo Martínez puis conclu par Nacho Scocco. River s’impose 2-0 et décroche sa première Supercopa Argentina. Il égale aussi la série des Superfinales à une victoire chacun avant la troisième de ce week-end.



