L’heure est venue pour la Libertadores d’aborder sa phase de groupes ! Trente-deux candidats, aux ambitions évidemment différentes, se présentent sur la ligne de départ, chacun ayant ses rêves, ses espoirs. Tour d’horizon de la plus belle des compétitions.

Le jeu, l’espoir et le champion. Tel pourrait être le titre donné au Groupe A qui voit le champion sortant Palmeiras faire face à un défi plus relevé qu’il n’y parait. D’une part car le Verdão sauce Abel Ferreira débute la compétition en étant privé de plusieurs joueurs clés sur le plan offensif (et même d’alternatives), d’autre part et surtout car ce Palmeiras a fait de l’efficacité un objet de culte. Cela peut fonctionner, la preuve avec la dernière campagne de Libertadores, mais peut aussi fortement coincer, la Recopa Sudamericana venant le rappeler. D’autant plus que comme un ancien président français le disait « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Pour Palmeiras, les ennuis viennent du fait que le Groupe A compte dans ses rangs deux apôtres du jeu, deux amoureux du football : Defensa y Justicia et Independiente del Valle.
Les deux modèles sont différents, l’un joue sur la reconstruction permanente, la relance de joueurs avide de deuxième chance, et de futurs talents quand l’autre forme le nouvel Équateur et continue d’exposer un football fait d’intelligence, de combinaisons et de talents. Le tout avec chaque année de nouvelles pépites, celle de 2021 s’appelant Pablo Vite. Si Palmeiras se repait de laisser le ballon à l’adversaire pour mieux le contrer, cette stratégie pourrait rapidement se voir débordée face à de tels potentiels. Au point que le rôle de favori donné légitimement au tenant du titre risque d’être rapidement remis en cause.
Le tenant du titre, les deux derniers vainqueurs de la Sudamericana, autant dire que la mission proposée à Universitario s’annonce plus que difficile. Sept ans après sa dernière présence en phase de groupes, le géant de Lima espère déjà faire mieux (un seul point alors) mais aussi surtout véritablement lancer son année 2021 qui n’a pas forcément bien débuté en championnat. Face à la concurrence proposée, il semble cependant que cela s’annonce bien compliqué.

Deux anciens vainqueurs et deux équipes vouées à se disputer une place en Sudamericana : ainsi est le programme du Groupe B. Avec un grand favori, l’Inter version Miguel Ángel Ramírez, l’ancien entraîneur d’Independiente del Valle et ses buteurs Thiago Galhardo et Paolo Guerrero. Auteur d’un bon début de Gaucho, malgré la défaite lors du GreNal), l’Inter est LE favori du groupe devant un Olimpia toujours ambitieux à l’heure d’aborder une campagne continentale, mais toujours aussi irrégulier. Le Decano sort d’une dernière campagne de Libertadores plus que décevante alors qu’il se trouvait dans une situation similaire : destiné à la deuxième place de son groupe derrière un géant brésilien.
Quelle place pour Deportivo Táchira et Always Ready ? Le géant vénézuélien se présente en Libertadores avec un seul match disputé en quatre mois, le week-end dernier en championnat. Difficile dans ces conditions d’aborder les premiers chocs avec de grandes certitudes alors que les Atigrados retrouvent la compétition quatre ans après l’avoir quittée dès le premier tour. Quant aux Boliviens, leur dernière apparition en Libertadores remonte à l’édition 1968. Difficile d’être très ambitieux même si les hommes d’Omar Asad peuvent clairement viser la troisième place du groupe, qu’importe les secousses qui n’en finissent plus de toucher son championnat local et qui font que le premier déplacement en Libertadores, à Porto Alegre, sera le premier match officiel du nouveau cycle de l’entraîneur argentin.

Retrouvailles entre géants au menu du groupe C avec le très attendu Boca – Santos, duel entre demi-finalistes 2020 et éternels candidats au titre. Peu de choses ont changé depuis à Boca. Miguel Ángel Russo est toujours aux commandes, les Xeneizes peinent toujours autant à proposer une idée de jeu régulière et alternent bons matchs et prestations décevantes. Quelques certitudes tout de même, le côté colombien Fabra-Cardona-Villa qui fonctionne à merveille et le talent de Maroni qui ne cesse d’éclore. Côté Santos, Ariel Holan s’est installé aux commandes, le Peixe dispose toujours d’un incroyable vivier de talents et son technicien argentin a commencé à montrer diverses facette à son Santos qui s’annonce encore redoutable, emmené par celui qui fut meilleur joueur de la dernière édition, Marinho.
Attention cependant car le groupe s’annonce bien plus compliqué que prévu. Déjà car il y a deux autres géants en leur pays, dont un qui pourrait être bien dangereux : Barcelona. Demi-finalistes 2017, décevants l’an passé en phase de groupes, les Toreros de Fabián Bustos arrivent avec un esprit revanchard et bien des joueurs de talents. Même si après un départ du tonnerre en championnat, les choses semblent quelque peu coincer ces dernières semaines (une seule victoire sur les cinq derniers matchs), Barcelona est typiquement le genre d’adversaire qui peut gratter des points face aux deux favoris annoncés. Même constat pour les Tigres boliviens de The Strongest qui font leur retour à ce stade après trois années d’absence (et deux éliminations en tour préliminaire). Les hommes d’Alberto Illanes ont parfaitement débuté leur tournoi, seul Independiente Petrolero ayant sauvé un point face à eux et peuvent espérer grappiller quelques points sur les hauteurs de La Paz. La troisième place est clairement un objectif.

S’il est un favori logique dans ce groupe, ce ne peut être que River Plate. Premièrement car la machine assemblée chaque année par Marcelo Gallardo reste un monstre dès lors qu’il s’agit de compétition continentale (deux Libertadores et une Sudamericana, une demi-finale et une finale de Libertadores sur les six dernières participations). Ensuite car le River 2021 s’est tranquillement assemblé et a déjà montré une grande partie de ce qu’il était capable de produire, atomisant par exemple Racing en Supercopa. C’est donc un River Plate déjà en ordre de marche qui se présente à la Libertadores, ce qui n’a pas toujours été le cas.
Mais un River qui devra se méfier d’une concurrence plus dangereuse qu’elle n’y parait. Passé des portes de l’enfer à une place en Libertadores après un excellent Brasileirão, le Fluminense de Roger Machado est blindé d’expérience, avec son quatuor d’anciens Nenê, Ganso, Fred, Abel Hernández, ses anciennes pépites comme Juani Cazares (ex-River) et ses diamants à finir de polir comme Calegari, Martinelli, John Kennedy et le petit dernier Kayky, dix-sept ans. Quelle place ensuite pour les Colombiens ? Harold Rivera a totalement redressé des Cardenales finalistes du dernier tournoi colombien, deuxième meilleure équipe de la phase régulière de l’actuel et qui dispose de plusieurs joueurs qui connaissent à merveille l’épreuve reine. Quatre ans après une terrible élimination en phase de groupes après un nul sans relief à la maison face à The Strongest, Santa Fe peut clairement prétendre à venir bousculer la hiérarchie, surtout si celle-ci venait à laisser des plumes dans ses affrontements directs. Il ne faudra cependant pas écarter Junior, qui est finalement dans la même position. Le Tiburón de Luis Amaranto Perea, qui croisera Santa Fe aussi en quarts de finale du championnat, dispose aussi de ses joueurs affutés à la Libertadores et aux joutes continentales, à l’image d’un Miguel Borja qui semble retrouver une deuxième vie. Reste donc à savoir si les deux Colombiens ne chercheront pas d’abord à se battre pour la troisième place. Alors pourraient-ils créer quelques surprises.

S’il est une équipe qui va attirer bien des regards, c’est bien le São Paulo d’Hernán Crespo. À juste titre cela dit. Vainqueur de la Sudamericana l’an passé en faisant de Defensa y Justicia une formidable machine à jouer, Valdanito se retrouve désormais à la tête d’un effectif de bien plus grande qualité et qui se promène dans le Paulista ayant notamment écrasé Santos (4-0) et venant de s’offrir Palmeiras (1-0). Le Tricolor possède en ses rangs un mélange d’expérience et de jeunesse, avec quelques anciens déjà passés par l’Europe, citons Miranda, Hernanes et Éder, s’appuie sur sa légende de capitaine Daniel Alves et ne montre pour l’instant pas trop de faiblesses ni avoir été trop perturbés par le départ de leur buteur 2020, Brenner.
La chance du tricolor paulista, c’est que l’opposition dans son groupe est largement à sa portée. On évoquera à peine le cas de Rentistas, qui a rempli sa mission en faisant tapis face à Liverpool pour décrocher une place en Libertadores avec un effectif loin d’être taillé pour, le dernier Clausura en attestant. On s’attardera surtout sur le duo Racing – Sporting Cristal. Du côté de La Academia, on ne sait pas trop sur quel pied danser. L’équipe mise en place par Juan Antonio Pizzi est tout aussi capable de planter le bus et résister à River quelques semaines après avoir reçu une leçon face à cette même équipe, capable de dompter Independiente lors d’un clásico joué au caractère, mais d’exploser dans son Cilindro face à Godoy. L’équilibre est forcément entre ces extrêmes, mais le fait est que Racing n’a pas grandes certitudes pour se fixer de grands objectifs dans cette compétition, même avec un groupe qui doit lui permettre de viser la deuxième place. Pour cela, il faudra ne pas sombrer face au Sporting Cristal qui pour sa part a tout du parfait empêcheur de tourner en rond. Les Celestes de Lima dominent le championnat péruvien et Roberto Mosquera dispose d’un groupe équilibré et rodé aux joutes continentales. Seul problème pour Cristal : débuter sa campagne de Libertadores face à São Paulo avec la perspective d’une défaite annoncée logique mais qui mettrait déjà un surplus de pression avant de se rendre en Argentine.

Dans une Libertadores phagocytée par les géants argentins et brésiliens, le Groupe F a des saveurs d’hommage au passé. Non seulement par ce fait mais aussi par la liste des membres qui le compose : trois anciens vainqueurs et un finaliste malheureux. Autre principale qualité de ce groupe, le fait qu’il est probablement le plus ouvert de tous.
Champion d’Uruguay sans forcément toujours briller, Nacional est rompu à cette épreuve, a réalisé un très beau parcours l’an passé, sorti en quarts par un River injouable, et dispose d’une colonne vertébrale très solide à l’image de son jeu et dans laquelle on peut citer le formidable Sergio Rochet dans les buts, le non moins formidable Gabriel Neves au milieu, et l’immortelle machine à scorer Gonzalo Bergessio. Ajouté à ce casting la légende quarantenaire Andrés D’Alessandro, et vous comprendrez pourquoi ce Nacional illustre à merveille cette ode à la Libertadores d’antan. Un parfum que symbolise également parfaitement Argentinos Juniors de retour dans l’épreuve reine dix ans après l’avoir quittée. Si vous êtes restés dans le souvenir du Bicho d’Heinze ou de Dabove, vous ne reconnaitrez sans doute pas l’actuel. L’Argentinos version Gabriel Milito se cherche encore, peine à véritablement convaincre dans le jeu même s’il a réussi quelques coups comme celui de s’imposer au Monumental pour le retour de River dans son antre. Les retrouvailles avec Nacional, qui partageait son groupe en 2011, risquent d’être déterminantes quant aux ambitions du club.
D’autant que les deux autres membres du groupe nourrissent de grandes ambitions. L’Atlético Nacional d’Alexandre Guimarães a clairement trouver son équilibre, se montre intraitable dans son Atanasio et a tout du gros bras de ce groupe, avec un effectif renfermant quelques valeurs sûres continentales, notamment sur le plan offensif (citons le formidable Jarlan Barrera, l’expérimenté buteur Jefferson Duque, et le toujours pénible à marquer Jonathan Álvez parmi les noms les plus familiers). De son côté, l’Universidad Católica n’a aucune concurrence au Chili. Malgré les entraîneurs qui se succèdent, dernier arrivé, l’ancien des Girondins Gustavo Poyet, le jeu reste toujours aussi fluide, aussi efficace. Avec un effectif vieillissant Aued (34 ans), Fuenzalida (36 ans), Zampedri (33 ans), Lezcano (34 ans), Puch (35 ans), Dituro (33 ans) mais parfaitement rodé, sur de sa force et de son talent. N’allez cependant pas y voir une bande de papys cherchant à jouer un dernier tour, la jeunesse florissante de la Católica existe en nombre. Citons Marcelino Núñez (20 ans), Clemente Montes (19 ans), Gonzalo Tapia (19 ans) ou encore Alexander Aravena (18 ans) pour ne parler que des offensifs.

Si vous cherchiez le groupe de la mort, le voici. Champion 2019, Flamengo part évidemment avec une longueur d’avance sur le papier, sa puissance sportive et économique n’étant plus à faire. Mais l’adversité est incroyablement relevée. D’abord la Liga de Quito, qui s’est déjà offert River et São Paulo l’an passé et qui surtout sera synonyme d’un retour en Équateur après le cinglant 5-0 reçu d’Independiente del Valle l’an dernier. Ensuite le danger que constitue le Vélez de Pellegrino. Une équipe qui carbure au talent et reste capable de renverser n’importe quelle montagne (mais aussi de s’écrouler lamentablement). Enfin, la sensation Unión La Calera et son modèle proche de celui de Defensa y Justicia (il faut dire que le club fait partie de l’écurie Bragarnik) qui bouscule la hiérarchie chilienne depuis quelques mois.
Sur le terrain, on l’a dit, l’effectif du Mengão reste pléthorique, même si le début de l’épreuve risque de se faire avec quelques absents. Et face au champion brésilien, la LDU de Pablo Repetto possède un solide mélange d’expérience et de jeunes talents, symbolisés par le trio Jhojan Julio – Billy Arce – Djorkaeff Reasco, et rappelle aux sceptiques qu’elle s’était inclinée d’un rien l’an passé en huitièmes face au futur finaliste Santos, s’imposant même au Brésil. Les talents de Vélez, on les connait suffisamment, leur porte-drapeau Thiago Almada étant sans aucun doute le plus étincelant. Pour son retour dans une épreuve après sept ans d’absence, Vélez peut clairement viser la deuxième place comme objectif minimum. Mais il ne faudra donc pas oublier le quatrième larron du groupe. La Calera est un club spécial au Chili, on l’a dit, de par sa politique de trading, n’hésite pas à surprendre sur son banc en cherchant des entraîneurs à forte identité de jeu, souvent proche du bielsisme, le dernier en date, Luca Marcogiuseppe arrivant même de quatrième division argentine et qui, comme le fut Francisco Meneghini a travaillé aux côtés du maître (il était analyste vidéo époque Bilbao). Et quand on sait que dans cette équipe figurent quelques légendes comme le duo Matías Fernández – El Mago Valdivia associés au talent des Jeisson Vargas et autre Nico Orellana, il y a un parfum de danger à ne pas sous-estimer pour les autres concurrents.

Dernier groupe très ouvert également. Il y a certes un grand favori, une fois encore brésilien, mais face à lui se dresse une redoutable concurrence pour ce qui devrait être un ballet à trois. Après une magnifique saison sous Sampaoli, l’Atlético Mineiro a débuté 2021 en écrasant le campeonato mineiro, porté notamment par un Nacho Fernández en état de grâce. Certes la défaite concédée face au rival de toujours, Cruzeiro, fait quelque peu tache, mais il suffit de regarder non seulement la dynamique (huit victoires en dix matchs) et l’incroyable densité d’un effectif déjà solide et renforcé des ajouts de l’Argentin mais aussi de joueurs tels que Hulk pour se rendre compte de la puissance du groupe de Cuca.
Derrière lui, deux géants locaux vont chercher à se dresser sur le chemin du Galo. Premier des deux, le Cerro Porteño de Chiqui Arce. Pour sa quarante-deuxième campagne de Libertadores, le Ciclón s’appuie sur les mêmes recettes pour espérer décrocher une place en huitièmes, un mélange d’expérience et de jeunesse, même si cette année, la balance penche plutôt du côté des jeunes. Certes, les anciens comme Marcos Cáceres, Julio Dos Santos ou encore les offensifs Federico Carrizo et surtout Mauro Boselli sont toujours importants, le fait est que le Cerro est surtout porté par son jeune et excellent capitaine Mathias Villasanti et des joueurs clés comme Santiago Arzamendia. À suivre aussi de près le portier brésilien Jean, remarquable sur sa ligne mais aussi quand il s’agit de tirer les coups de pied arrêtés. L’histoire de l’América avec la Libertadores est une affaire de malédictions. Celles des trois finales de la fin des années quatre-vingts, celle de l’improbable final de groupe l’an passé, qui a vu les Diablos Rojos perdre leur troisième place à à la dernière minute de la dernière journée quand l’Universidad Católica sauvait le nul face à l’Inter quand Diego Souza égalisait pour Grêmio face aux Colombiens sur un penalty au bout du temps additionnel. Celle enfin des filles, vaincues en finale de la Libertadores féminine face à Ferroviária après avoir sorti Boca et Corinthians. Comment vaincre cette malédiction ? La question reste ouverte même si la bande à Juan Cruz Real et son feu follet Duván Vergara dispose de bien des arguments pour y parvenir. Il suffira de s’appuyer sur les belles performances montrées l’an passé et d’éviter de reproduire les mêmes erreurs. Reste enfin le cas du Deportivo La Guaira dont la mission s’annonce aussi simple sur le papier qu’elle sera compliquée sur le terrain : accrocher quelques points.



