Deuxième soirée de la semaine et si trois équipes compostent leur billet pour les huitièmes, un seul match est devenu légende : celui de River Plate.
Vingt absents, une liste de joueurs réduite à dix après deux blessures supplémentaires, puis repassée à onze au prix d’un sacrifice, celui d’Enzo Perez. En pénétrant sur la pelouse du Monumental pour affronter Independiente Santa Fe, les onze de Gallardo avec parmi eux deux gamins qui débutaient en pro, semblait condamné d’avance. Onze joueurs, aucun gardien de métier et donc un Enzo Perez tout de fluo vêtu, malgré la blessure (contracture aux ischios) et un adversaire qui pouvait en profiter pour se relancer dans le groupe. À quoi reconnait-on un grand club ? Un entraîneur de génie ? Sans doute à leur capacité à écrire l’histoire, dribbler le destin, réussir l’impossible. Les onze guerriers de Nuñez ont d’abord choisi le vertige, l’asphyxie. En cinq minutes, Santa Fe avait explosé : trois occasions franches, deux buts, dont une merveille absolue signée Julian Álvarez, et sans aucun doute une immense quantité de téléspectateurs abasourdis. Marcelo Gallardo avait tout prévu, tout annoncé (c’est lui notamment qui dit au tireur que son pibe va plonger dans le dos de la défense sur le deuxième but), tendu un piège redoutable, un de plus. Avec son avance de deux buts, River a joué de l’accordéon, a appliqué la formidable élasticité géométrique si chère à Marcelo Bielsa.
Des prises à deux dans les couloirs pour repousser au plus loin toute idée de centre, le duo Paradela – Peña pour suppléer Maidana dans l’axe et empêcher toute idée de frappe face au but et surtout un sens du don de soi, de l’intelligence collective rare (tous les joueurs dans les 5m50 sur le corner pour induire des charges sur Enzo Perez et ainsi obtenir des fautes offensives en étant notamment un exemple) : le River de Gallardo est celui du plus haut QI foot collectif de tout le continent. Conséquence, déjà en souffrance quand il s’agit d’être protagoniste, Santa Fe a passé le plus clair de son temps à ne pas savoir que faire d’un ballon qui n’est semble-t-il pas vraiment son ami. Et le piège s’est refermé. Certes les Cardenales ont montré plus d’intensité en seconde période, profitant surtout du fait que la débauche d’énergie du onze de River a vu l’équipe totalement s’effondrer physiquement au fil des minutes, sont revenus au score à l’entrée du dernier quart d’heure, mais si River n’avait plus beaucoup de jambes, il lui restait son cœur et sa tête. Les hommes de Muñeco ont alors repris le contrôle du match, même avec un Carrascal toujours aussi irritant par son incapacité à comprendre le jeu, et ont géré pour décrocher une performance qui ne leur permet pas seulement de prendre les commandes du groupe, mais surtout d’écrire une page d’histoire dont on reparlera encore dans plusieurs décennies. Une de plus sous Gallardo.
Un tel exploit vient ainsi totalement éclipser une soirée pourtant riche en enseignements et en émotions. Dans le Groupe B, la bataille est parfaitement lancée par le Deportivo Táchira auteur d’un carton tout aussi historique, 7-2 face à Always Ready, record pour un club vénézuélien, l’ancienne marque étant la victorie 5-0 de Minervén face au Strongest en 1994. Les Atigrados prennent ainsi provisoirement la tête du groupe en attendant le duel opposant Internacional et Olimpia. Dans le Groupe E, le Sporting Cristal se replace dans ses rêves de Sudamericana en disposant de Rentistas alors que dans le Groupe H, l’América de Cali se relance en disposant de La Guaira. Un groupe qui compte déjà un qualifié, l’Atlético Mineiro vainqueur au Paraguay de son dauphin, le Cerro Porteño qui n’aura besoin que d’un point face à l’América pour assurer sa place en huitièmes. Enfin, un groupe a livré son verdict : en dominant Unión La Calera grâce notamment à une nouvelle prestation XXL de Thiago Almada, Vélez s’assure la qualification, rejoignant le leader Flamengo qui a sauvé le nul chez lui en jouant en infériorité numérique pendant soixante-quinze minutes devant la LDU pour conserver la première place. Les deux formations se retrouvent la semaine prochaine pour définir laquelle des deux remportera le groupe.



