Annoncé du côté des Girondins de Bordeaux, Hwang Ui-jo pourrait enfin réaliser son rêve en signant pour un club européen. Présentation du numéro 9 des Guerriers Taeguk qui pourrait bien enfin se forger le nom que tout le monde attendait.

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Le « fils de Seongnam » 

Né le 28 août en 1992, Hwang Ui-jo débute son parcours dans sa ville natale, à Seongnam, en intégrant les équipes de jeunes du club de la ville de la Yongin Elementary School à la Pungsaeng High School. Sur le front de l'attaque, il se fait très vite remarquer pour sa lecture du jeu et son instinct de buteur déjà développé. Sa capacité à se mettre rapidement en situation de frappe, et des coups de pied bien placés, lui collent l'étiquette de jeune prometteur. En 2009, il s'incline en finale du championnat national face aux Dragons de Jeonnam menés par un certain Ji Dong-won. Ses performances lui permettent d'intégrer les U17 de la Corée du Sud. En 2011, il est naturellement drafté par le prestigieux club de Seongnam Ilhwa Chunma et rejoint la non moins prestigieuse Yonsei University pour deux saisons.

Sa première année d'adaptation dans le championnat universitaire est décevante. Ce qui ne sera pas le cas de sa seconde saison à ce niveau. En seize matchs, il inscrit la bagatelle de treize buts et décroche une place dans l'effectif des Guerriers Taeguk qui dispute le tournoi de qualification pour l'AFC U22 en 2012. Son bilan sera là aussi parfait : quatre buts en cinq matchs. Sa campagne en AFC U22 se fera discrète avec un seul but dans le tournoi terminé à la quatrième place. Mais l'essentiel est ailleurs pour Hwang Ui-jo. À seulement vingt ans, il rejoint l'équipe première de Seongnam.

L'enfant de la région, le « fils de Seongnam » ou bien « Ui-jo Oppa » (grand frère Ui-jo) comme il est surnommé, ne tarde pas à faire ses débuts avec son nouveau club. Dès le premier match de la saison, face aux Bluewings de Suwon, il est aligné sur le front de l'attaque par An Ik-soo. Hwang Ui-jo en profite pour inscrire son premier but mais ne peut empêcher la défaite de son équipe (1-2). Des débuts réussis. Mais par la suite, plus rien. Il faudra attendre six mois pour voir Hwang Ui-jo inscrire un nouveau but en championnat. Une première année mitigée pour le jeune prodige avec deux buts en vingt-deux matchs. Pour sa défense, Seongnam entamait une période difficile avec des résultats en nette baisse à la suite de la mort du propriétaire, une vente actée en octobre 2013 (lire Seongnam FC : la chute d'un géant) et des changements de coach récurrents jusqu’en 2014. Cette saison-là n’est pas vraiment meilleure statistiquement avec quatre buts en vingt-huit matchs. Il remporte tout de même la FA Cup mais l'éclosion se fait attendre.

Celle-ci aura finalement lieu en 2015. Sous les ordres de Kim Hak-bum, Hwang Ui-jo se révèle. En trente-quatre matchs, il inscrit quinze buts et connait les joies de l'Asian Champions League où il inscrira trois buts en huit rencontres. Il est également convoqué par Uli Stielike pour les matchs de qualification à la Coupe du Monde 2018 et effectue sa première sélection face au Laos (8-0). Il inscrit son premier but international en amical face à la Jamaïque en octobre 2015. Au terme de la saison, il est en lice pour décrocher le titre de meilleur jeune de l'année au côté de deux autres pépites, Kwon Chang-hoon et Lee Jae-sung. Sans surprise, c’est ce dernier qui remporte le trophée. Non récompensé, Hwang Ui-jo marque tout de même les esprits au niveau professionnel. L'année 2016 devait être celle de la consécration, elle sera celle de la déception. Alors que tous les projecteurs se tournent vers lui, que les différents coaches du championnat le nomment comme « le joueur qu'ils aimeraient avoir dans leur effectif », Hwang Ui-jo ne parviendra pas à confirmer. Sur le plan sportif, il est en difficulté à l'image de Seongnam qui est relégué. Malgré neuf buts en trente-sept matchs, son repositionnement sur le côté au cours de la saison ne lui a pas permis de se mettre en valeur et les supporters ont commencé à désespérer devant un joueur qu’ils adulent mais qui ne brille que par intermittence. En dehors du terrain, les rumeurs de transfert vers le Japon n'ont pas non plus aidé un jeune homme qui avait la tête ailleurs comme en témoigne cette affaire d'infidélité qui a éclaté sur les réseaux sociaux et ses penchants pour les soirées.

À l'intersaison, il ne quitte pas le club malgré les sollicitations japonaises de plus en plus pressantes et poursuit l'aventure en K League 2. Si le début de saison laisse présager le pire, Hwang Ui-jo finit par se réveiller en s'acclimatant progressivement à son poste d’ailier. En dix-huit matchs, il marque cinq buts et voit le Gamba Osaka accentuer son appel du pied. À six mois de la fin de son contrat, difficile de résister à la tentation. Pour son dernier match, le « fils de Seongnam » inscrit son but d'adieu dans le nul face à Gyeongnam (1-1). Les supporters, qui n'ont cessé de le soutenir malgré ses performances en demi-teinte, lui ont réservé un vibrant hommage. L’enfant de la ville peut partir vers d’autres défis.

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La J.League pour se remettre à l'endroit et rêver d'Europe

Au Japon, il connaîtra une période d'adaptation délicate à son arrivée. Pas inhabituel lorsque l’on connait le garçon. Pour ses premiers pas, il n'inscrit que trois buts en treize rencontres. Mais ce changement d’environnement lui fait le plus grand bien à la fois dans la tête et sur le terrain. Les deux étant bien évidemment liés. En 2018, il se voit repositionné dans l'axe et commence à retrouver des couleurs. Le Hwang Ui-jo de 2015 fait son retour sur le carré vert. En vingt-sept matchs de J.League, il inscrit seize buts et se voit nommé dans l'équipe type de la saison.

Non sélectionné pour le Mondial russe, il est néanmoins convoqué par Kim Hak-bum pour disputer les Jeux Asiatiques au bénéfice d'une des trois wild cards. La polémique enfle, les supporters sud-coréens ne comprenant pas le choix de sélectionner Hwang Ui-jo si ce n'est à cause de son statut de « chouchou » de Kim Hak-bum. Le joueur les fera taire et changer d'avis en inscrivant neuf buts en sept matchs permettant ainsi à la Corée du Sud de décrocher l'or (lire Asian Games 2018 : la difficile route vers l'or des Sud-Coréens). Il obtient par la même occasion son exemption de service militaire tout comme Son Heung-min, Cho Hyun-woo, Lee Seung-woo et consort. Les perspectives d'Europe s'ouvrent à lui et les rumeurs ne traînent pas. Rappelé en sélection par Paulo Bento un an après sa dernière apparition dans le groupe, Hwang Ui-jo devient une pièce maîtresse des Guerriers Taeguk. Sur ses seize apparitions avec le sélectionneur portugais, il inscrit sept buts. La Corée du Sud tient son n°9. Critiqué par les fans avant les Asian Games, il obtient néanmoins le trophée de meilleur joueur sud-coréen de l'année 2018 devant Son Heung-min. En recevant son trophée, il ne cache pas que sa prochaine ambition est de faire le grand saut vers le Vieux Continent : « J'ai des d'amis qui jouent en Europe. Je souhaite pouvoir jouer là-bas un jour ».

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C’est donc naturellement que son nom circule dans la rubrique « rumeur » de transfert et plus particulièrement en Allemagne à l'hiver 2019 mais rien de concret. À quelques semaines de la fin de son contrat, son nom est lié avec les Vancouver Whitecaps où évolue son compatriote Hwang In-beom. Mais là encore, rien n’est acté. Les dernières infos l’envoient à Bordeaux, sans doute une manœuvre entre les deux Portugais Paulo Bento et Paulo Sousa. Le sélectionneur coréen n’ayant jamais caché qu’il souhaitait voir ses poulains rejoindre une écurie européenne. Un transfert vers la France pourrait bien permettre à Hwang Ui-jo de réaliser son rêve. 

Un joueur qui ne compte pas les efforts

Mais alors, quel est le style de Hwang Ui-jo ? Son meilleur poste est dans l'axe de l'attaque, si possible accompagné d'un second attaquant lui permettant de décrocher et dézoner pour se décaler sur le côté afin de repiquer dans l'axe avant de frapper au but du pied droit ou bien de créer des espaces pour son coéquipier. Moins à l'aise seul en pointe, il ne convient pas au rôle de pivot mais ses mouvements et appels perpétuels lui permettent d'être un très bon joueur de profondeur. Sa qualité de finition est l'un de ses principaux atouts tout comme son omniprésence dans la surface. Il peut également dépanner sur une aile, mais ce n’est pas le poste qui lui a permis de briller. Comme les autres joueurs coréens avant lui, il devra gérer ses efforts pour tenir quatre-vingt-dix minutes dans un championnat beaucoup plus physique mais également gagner en masse musculaire pour continuer de jouer avec son corps comme il le fait en Asie. Hwang Ui-jo l'a démontré, il a besoin de temps pour s'adapter, d'un cadre capable de le contenir et de l'accompagner à son meilleur niveau. Si l'alchimie prend, le garçon est tout à fait capable de confirmer les espoirs placés en lui au début de sa carrière.