En pleine Coupe du Monde, le Deportivo Pereira a remporté le premier titre de champion de son histoire en battant le Deportivo Independiente Medellín aux tirs au but. Et s’il s’est décidé tôt sur le terrain, on est passé à deux doigts d’un énorme scandale.

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Un an après avoir disputé la finale de la coupe nationale Pereira est cette fois allé au bout et s’est imposé. S’il avait cédé face à l’Atlético Nacional, c’est contre l’autre club de la ville, le Deportivo Independiente Medellín que cette fois, il a triomphé. Pour garder la symbolique, il y a un an Alejandro Restrepo soulevait la coupe avec le club verdolaga, cette fois il emmène le Grande Mataceña à son premier titre. Au passage, on ne peut que saluer la décision des dirigeants qui sont allés chercher le coach parfait au mois de mai. Restrepo a en effet su donner de la confiance à certains joueurs qui arrivaient en plein doute, comme Leo Castro, et a su innover avec une défense à trois et surtout un milieu très travailleur avec Vásquez et Velásquez. Meilleure équipe à l’extérieur de la phase régulière le club matecaña a paradoxalement obtenu son billet pour la finale grâce à un carton plein à maison en quadrangulaire. Sa victoire à Junior pour le dernier match avait fait réagir Alberto Gamero qui avait souligné le caractère « bizarre, puisque Pereira n’avait plus gagné là-bas depuis vingt ans ». Si Pereira a pu être champion, il peut aussi remercier son club ami (les deux barras sont liées) Santa Fe qui a joué  un bien vilain tour à Millonarios lors de la dernière journée des quadrangulaires pour l’empêcher de se qualifier pour la finale (sans parler du 5-1 entre les deux équipes avec une défense de Santa Fe complètement absente lors de l’avant-dernière journée).

Le premier héros de la finale a vingt-neuf ans, a été formé au Deportivo Pereira, club avec lequel il a connu la deuxième division entre 2015 et 2019 et s’appelle Harlen Chipi Chipi Castillo. Le gardien chocoano a été exceptionnel lors de la finale aller en sortant un pénalty et surtout une manchette exceptionnelle sur la dernière action du match. Si au retour il n’a pas eu besoin de s’employer pendant le temps réglementaire il a été impérial pendant la séance de tirs au but et a repoussé les tentatives d’Andrés Cadavid (qui avait déjà échoué sur pénalty au match aller) et d’Adrián Arregui. Le deuxième héros est un visage un peu plus connu. Avec quinze buts sur le deuxième semestre, dont un en finale aller, Leonardo Castro a été l’homme clé de ce titre et tout simplement le meilleur buteur du championnat. L’ancien joueur du DIM, lui aussi formé à Pereira a porté à lui tout seul l’attaque de son équipe. Son retour dans son club formateur a donc été gagnant mais restera malheureusement sans lendemain.

Tout proche du scandale

Vainqueur sur le terrain sans aucune contestation possible Pereira a pourtant été pas très loin de se faire retirer son titre et pire, être rétrogradé en deuxième division. Un groupe de présidents avec notamment Cesar Guzmán (président de Patriotas) a sorti une carte du chapeau qui a fait trembler tout le monde au point d’être discutée et débattue lors d’une assemblée : le statut du club de Pereira. Actuellement le club est une corporation sociale, sportive et culturelle, La Corporación Social, Deportiva y Cultura Corpereira ». Cette corporation est en liquidation judiciaire et le club est en train de changer ses statuts pour devenir Deportivo Pereira S.A.S. Le problème ? Pour évoluer dans le football professionnel colombien, chaque club doit avoir une reconnaissance sportive qui est donnée par le ministère des Sports et par la DIMAYOR. C’est pour cette raison que Cúcuta a disparu du paysage, puisque le ministère avait déclaré à l’époque que le club manquait à ses obligations de travail (les joueurs n’étaient plus payés) et avait donc enlevé cette reconnaissance sportive au club. Le complot, utilisons les termes puisque c’en était vraiment un, a visé à demander la rétrogradation et la suspension du titre puisque la nouvelle entité (Deportivo Pereira S.A.S) ne disposait pas de cette reconnaissance sportive. Une sorte de vide juridique qui a dû être tranché. Et heureusement, la DIMAYOR s’est prononcé en faveur du champion, toute autre décision aurait été le plus gros scandale de l’histoire du football colombien. Le club s’est ainsi fendu d’un communiqué dans lequel il précisait trois points, dont deux importants : dans le point 1 il confirme que la corporation « a la reconnaissance sportive, l’affiliation à la DIMAYOR et qu’il restera donc en première division sous les statuts de la DIMAYOR ». Dans le point 3 il affirme que la corporation « continuera d’exercer l’administration de l’équipe professionnelle jusqu’au jugement définitif et au transfert des actifs à la nouvelle société ».

Et maintenant ?

Comme le dit le point 2 du communiqué, le titre de champion de Pereira lui donne le droit d’aller directement en phase de groupes de la Copa Libertadores 2023. Avec quelle équipe ? Le secteur offensif est à reconstruire. Leo Castro a été officialisé par Millonarios et ses deux compères Brayan León et Leíder Berrío joueront à Junior la saison prochaine. Figure emblématique Chipi Chipi était en fin de contrat, il ne prolongera pas. Le club a aussi officialisé le départ d’un cadre de la défense, Andrés Pecoso Correa.

C’est un euphémisme de dire que la colonne vertébrale du club qui est déjà partie en fumée. Annoncé proche de l’América et de Santa Fe, Alejandro Restrepo restera sur le banc l’année prochaine, mais doit donc reconstruire presque toute une équipe. Difficile dans ces conditions de voir Pereira dans un autre rôle que celui de partenaire d’entraînement lors de la prochaine Libertadores, même si on attend évidemment beaucoup de renforts. Entre un calendrier surchargé en championnat et donc une compétition continentale, la gueule de bois pourrait être violente sans faire l’oiseau de mauvais augure. Mais qu’importe, pour l’heure, le club vient d’entrer dans l’histoire du football colombien et mérite bien de savourer un peu plus les buñelos de ce week-end.