Le coup d’envoi de la vingt-troisième édition de la Coupe du Monde est imminent. Alors que trois pays de la zone accueillent l’épreuve, trois autres, aux destins bien différents, se préparent à la retrouver. Présentation des six membres de la Concacaf.

Avec l’expansion à quarante-huit, jamais le nombre de places disponibles pour plusieurs régions du monde n’a été aussi important. La Concacaf n’échappe pas à la règle. De quoi avoir aiguisé des appétits lors des éliminatoires, d’autant plus que les trois équipes les mieux classées de la zone ont décroché un billet direct. Conséquence, alors que Panamá a confirmé son nouveau statut, deux autres nations en ont profité : Haïti s’offre un retour longtemps attendu, Curaçao écrit l’histoire.

Indépendant depuis à peine seize ans, Curaçao a surpris tout le monde sous la direction de Dick Advocaat. Car s’il y avait eu une étincelle en 2019 avec un quart de finale de Gold Cup, la suite avait été un retour à un quasi anonymat, même si affronter les Blue Waves étaient toujours piégeux. Tout a changé avec l’arrivée du technicien néerlandais en 2024 qui a su insuffler une nouvelle dynamique en s’appuyant sur quelques cadres, d’Eloy Room dans les buts aux frères Bacuna au milieu, remettre en selle des Jürgen Locadia, Kenji Gorré et autre Gervane Kastaneer, mais a surtout profité de l’élan donné par l’absence des trois géants. Un groupe s’est mis alors à y croire, emmené par des résultats plutôt enthousiasmant, Curaçao ne perdant aucun match durant les éliminatoires. Pas même face au favori du groupe du dernier tour, la Jamaïque. En profitant des faiblesses en coulisse et sur le terrain des Reggae Boyz à l’aller, en résistant comme des fous au retour. L’exploit a tenu à ce détail. La suite est plus compliquée. Il y eu d’abord le départ d’Advocaat pour se porter au chevet de sa fille, des résultats qui s’effondre, et le sélectionneur qui revient sur le gong. Les sorties de mars et le premier rendez-vous pré-Mondial ont fait courir quelques craintes. Le groupe proposé encore plus. Avec l’Allemagne, l’Équateur et la Côte d’Ivoire, la peur du vide est réelle. Mais l’idée de voir Livano Comenencia et Jeremy Antonisse s’exprimer au plus haut niveau mondial est à lui seul un motif de satisfaction.

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Les ambitions sont plus grandes du côté des Grenadiers. Non pas que se retrouver dans le groupe du Brésil, du Maroc et l’Écosse augure d’une qualification aisée, mais il est des éléments sur lesquels Sébastien Migné peut s’appuyer pour venir bousculer quelque peu la hiérarchie. Certes le pays n’a plus connu l’ivresse mondiale depuis l’immense épopée des héros de 1974, mais Haïti 2026 possède quelques arguments pour se défendre. D’une part car les Grenadiers ont parfaitement géré une qualification rendue difficile par le fait de ne jamais jouer à la maison, ensuite car le contenu proposé durant la dernière Gold Cup était déjà porteur de motifs d’espoirs. Enfin car le sélectionneur français des Grenadier possède un joli potentiel offensif, de Josué Casimir à Duckens Nazon en passant par Louicius Deedson, Frantzdy Pierro, Lenny Joseph, Ruben Providence, Derrick Etienne Jr. et le dernier arrivé Wilson Isidor. Ajoutez quelques cadres expérimentés, comme Jean-Ricner Bellegarde, Danley Jean-Jacques au milieu ou Ricardo Adé et l’immense Johny Placide en défense et vous aurez une première idée des menaces que ces Grenadier peuvent générer.

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Mais les grandes ambitions commencent à se montrer avec Panamá. L’immense travail mené par les frères Dely Valdés, appuyés par le gouvernement, des entreprises privées et surtout une vague créée sur laquelle tout un pays surfe depuis désormais plus d’une dizaine d’année. La parenthèse enchantée de 2018, avec la première qualification, a planté une graine de passion mondiale. Depuis, Panamá a changé de braquet. D’abord en ne faisant plus d’une course à la qualification un doux rêve mais un réel objectif. Ensuite en travaillant sur la durée, malgré les obstacles. Thomas Christiansen est arrivé en 2020, il a connu la douleur de l’échec avec une Coupe du Monde 2022 manquée, mais a été maintenu, a poursuivi son travail avec son groupe, en lui forgeant une réelle identité de jeu. De Coco Carrasquilla, le métronome de l’équipe, aux machines à générer du danger que sont les Yoel Bárcenas, Ismael Díaz ou encore César Yanis, le tout appuyé par le patron Anibal Godoy et l’homme à tout faire Cristian Martínez au milieu et des joueurs qui s’exportent de plus en plus, à l’image de José Córdoba notamment en défense, Panamá a grandi. Finaliste de la Gold Cup 2023, quart de finaliste en 2025 (se demandant encore comment il a pu être éliminé par un Honduras qu’il a totalement dominé), deux demi-finales de Nations League en 2023 et 2024 avant une finale en 2025, les Canaleros sont désormais solidement ancrés dans le top 4 de la zone. Et arrivent donc chez les voisins du nord avec une nouvelle approche : non pas profiter du frisson mondial, mais sortir du groupe. Il faudra cependant se défaire du Ghana et de la Croatie pour s’éviter d’avoir à aller chercher un exploit face aux Anglais lors de l’ultime journée.

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Reste donc les trois co-hôtes de l’épreuve. Pour sa deuxième phase finale consécutive, une première dans l’histoire, le Canada oscille entre ambition et humilité. Humilité car les Rouges n’ont jamais décroché le moindre point en Coupe du Monde, ambition car depuis l’arrivée de Jesse Marsch, un mouvement s’est lancé. Le Canada s’est installé dans un 4-4-2 qui fonctionne, avec notamment un bel équilibre au milieu (et du choix) avec au cœur, l’association Ismaël Koné – Stephen Eustáquio, sur les côtés des profils de détonateurs de couloir que son des Tajon Buchanan ou Liam Millar. Le Canada dispose de solides arguments offensifs, à l’image de Jonathan David, de Promise David ou de Tani Oluwaseyi et peut donc espérer bousculer un groupe qui ne parait pas, sur le papier, insurmontable : Qatar, Tchéquie, Suisse. Reste les rappels à l’humilité : le fait que le Canada puisse briller, comme il l’a fait lors de la dernière Copa América, terminée au pied du podium, ou au début de la Gold Cup, mais aussi craquer, comme en quarts de finale de cette même Gold Cup ; le fait aussi que bon nombre de ses joueurs reviennent de blessure et restent des interrogations en termes de rythme. Mais ce Canada dispose de jolies certitudes, du soutien de son peuple et jouera à domicile. De quoi transformer l’humilité en ambition.

Revivre la Gold Cup 2025

Photo : Jamie Squire/Getty Images

L’ambition, elle est immense chez le voisin du sud. « Pourquoi pas nous ? » martèle Mauricio Pochettino dans certains clips partagés par sa fédération. Sur le papier, la question n’est pas si provocante. À l’exception du fiasco que fut l’absence en 2018, Team USA ne déçoit que très rarement en phase finale, le quart de finale de 2002 servant de sommet, mais les quatre présences en huitièmes depuis 1994 étant la base d’un minimum syndical attendu de la sélection chez elle. D’autant que les choses ont changé depuis le premier accueil du monde il y a trente-deux ans. Non pas que le regard condescendant sur le football pourtant plus que centenaire aux USA ne soit plus présent, bien au contraire. Mais son football professionnel est désormais solidement ancré, solidement établi, pérenne quand il n’existait pas en 1994. Ses jeunes sont formés dans des centres dédiés, éclosent, trouvent en la MLS un vrai champ d’expression et s’exportent. Un coup d’œil au groupe le souligne : Chris Richards passé par Dallas aujourd’hui à Palace, Ricardo Pepi venant lui aussi de Dallas puis partant pour la BuLi avant d’atterrir au PSV, Alex Freeman passé par Orlando, aujourd’hui à Villarreal, Mark MacKenzie, ex Philly aujourd’hui toulousain, Brenden Aaronson, également ex Union, Joe Scally et Gio Reyna, de NY City à Mönchengladbach, Tyler Adams, passé de l’académie Red Bull à New York pour évoluer désormais en Premier League. Ajoutez les « Européens », Sergiño Dest (PSV), Malik Tillman (Leverkusen), Weston McKennie (Juve – mais passé par Dallas) et le capitaine Christian Pulisic, formé en Allemagne. L’effectif est riche, n’aura manqué que le temps. Pochettino est arrivé au lendemain d’une Copa América totalement ratée, n’a disputé qu’une vraie compétition depuis, la Gold Cup 2025 que Team USA, privé de ses cadres laissés au repos, n’a pas survolé, loin de là et a compté le temps pour construire. Placé en plus dans un groupe plus difficile qu’il n’y parait pour celui qui aurait l’outrecuidance de ne pas prêter garde aux dangers que représente le Paraguay, l’Australie ou la Turquie, jouant dans un contexte qui voit le fou placé aux manettes du pays massacrer totalement l’esprit de la Coupe du Monde qui à la faire basculer dans l’inadmissible et fait que le monde veut voir Team USA tomber, rien ne s’annonce facile. D’autant que pour embarquer le peuple, il faudra bien plus qu’un seizième de finale…

Photo : Manuel Velasquez/Getty Images

Reste enfin le géant de la zone. Il y a tout juste deux ans, on n’aurait pas donné cher des espoirs du Mexique de Jaime « Lamborjimmy » Lozano tant la sélection semblait perdue, sans ressource, sans idée. Alors la fédération a pris peur et décidé d’agir en rappelant Javier Aguirre. Déjà aux commandes en 2002 et en 2010, El Vasco Aguirre a mis en place un véritable plan d’attaque pour ce Mondial à la maison : tout le pays devait se ranger derrière la sélection. Le plan a consisté à mettre en place un grand nombre de matchs de préparation (depuis septembre dernier, le Tri a disputé quatorze matchs amicaux, accrochant notamment le Portugal, la Belgique, écrasant la Serbie), à récupérer les joueurs évoluant au pays durant la Liguilla mexicaine pour un stage de préparation de près d’un mois et d’accueillir les expatriés le plus vite possible. Tout un football s’est donc rangé derrière une sélection qui arrive, Javier Aguirre veut émuler le Mondial de 1986, meilleure performance de l’histoire d’une sélection qui jouait alors à la maison. Il dispose d’un groupe dense s’appuyant sur des cadrés expérimentés, du capitaine Edson Álvarez au buteur retrouvé Raúl Jiménez et d’un groupe riche à chaque ligne : Johan Vásquez, César Montes, Israel Reyes, Jorge Sánchez derrière, Érik Lira, Luis Romo, Álvaro Fidalgo, Orbelín Pineda, Luis Chávez, Roberto Alvarado au milieu, Alexis Vega, Santi Giménez, Julián Quiñones, César Huerta devant pour n’en citer que quelques-uns, sans oublier les diamants Brian Gutiérrez, Obed Vargas et Gilberto Mora dans l’entrejeu. Ajoutez à cela un Azteca rénové et bouillant, un groupe qui offre au Tri l’Afrique du Sud en ouverture puis la Corée du Sud et la Tchéquie, et vous obtenez la recette d’une sélection programmée pour voir loin. Au minimum jusqu’au huitième de finale prévu également à l’Azteca.

Nicolas Cougot
Nicolas Cougot
Créateur et rédacteur en chef de Lucarne Opposée.