Au pays du Joga Bonito, une envolée technique entre souvent dans la légende. C’est le cas par exemple de l’elástico, ce flip-flap sur un pied que les jeunes fans de foot attribuent à Ronaldinho et dont l’histoire est bien plus riche qu’elle n’y parait.

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De Rivelino à Ronaldinho

Amusez-vous à faire un sondage auprès des 15-25 ans. À la question qui est l’inventeur de l’elástico, la grande majorité vous répondra sans hésiter Ronaldinho. Il faut dire que youtube est peuplé de vidéos de l’ancien ballon d’or dans lesquelles il illumine le terrain de ce geste si particulier.

Pourtant, s’il en est probablement le dernier maître, Ronnie n’en est pas l’inventeur. L’origine de l’elástico remonte aux années 60-70 et a longtemps été créditée à un autre génie brésilien, le moustachu du Corinthians et de Fluminense : Roberto Rivelino.

C’est un temps que les moins de vingt ans… Estadio Azteca, un soir de juin 1970, aux côtés de Tostão, Jairzinho et Pelé, Rivelino complète le quatuor de feu d’une sélection brésilienne sur le point de marquer toute une génération. 73ème minute, Jairzinho vient de marquer, le score est de 3-1, le numéro 11 de la Seleção s’amuse de Bertoni et offre aux regards du monde entier le geste pour lequel il est connu au pays. L’elástico éclate au grand jour, Rivelino en devient son inventeur.

Fils d’immigrés italiens, Roberto Rivelino est un fervent supporter de Palmeiras, le club de la communauté. Il n’a que 16 ans lorsqu’il est repéré par les dirigeants de son club de cœur qui lui proposent alors de faire un essai. Malheureusement pour lui, après quelques jours passés a club, celui-ci ne « peut rien lui promettre ». Furieux, il quitte le centre et rejoint alors l’ennemi de toujours, le Corinthians. Il restera près de 10 ans au Timão à qui « il doit tout ». Il débute en sélection à l’âge de 19 ans et doit son explosion au sein de la Seleção à l’arrivée de Mario Zagallo qui va réussir à aligner cette incroyable ligne d’attaque composée de numéros 10. La légende de Rivelino fait de lui un poissard. Icône absolue du Corinthians (il reste considéré comme le meilleur joueur de l’histoire du club), le dribbleur à l’élégance folle ne gagnera aucun titre majeur avec le club. Il quitte le Timão en 1974 pour Fluminense avec qui il rompt la malédiction qui semble peser sur lui en remportant les titres de 1975 et 1976. Il terminera ensuite sa carrière en Arabie Saoudite mais aura marqué toute une génération de son formidable pied gauche et ses dribbles affolant les défenses adverses. Au point qu’un certain Diego Maradona déclarera : « Il était tout ce que je voulais être comme joueur de football : des dribles parfaits, des passes précises, des tirs imparables… Le tout du pied gauche. On aurait pu lui amputer le droit, il faisait tout du gauche. Je trouvais ça magnifique. »

Père japonais, accent algérien

C’est au Corinthians qu’il va apprendre et développer sa signature personnelle, son elástico. Nous sommes en 1964, Rivelino rencontre alors un jeune joueur d’origine japonaise, Sérgio Echigo. Né à São Paulo au lendemain de la guerre à l’issue de laquelle ses parents étaient venus s’installer au Brésil, Echigo grandit en observant les dribbles de Garrincha et Pelé desquels il s’inspire. Joueur de couloir à droite, il se fait connaître pour sa vitesse, sa capacité à dribbler et rejoint alors le Corinthians en 1963. Impressionnant avec la réserve, il entre chez les pros l’année suivre. De ses observations, Echigo en retire l’étonnante symétrie des gestes favoris de Garrincha et Pelé, le premier aimant entraîner son adversaire vers l’intérieur du terrain avant d’exploser vers l’extérieur quand le second préférait courir vers la ligne de touche avant de disparaître vers l’intérieur. Echigo a alors une idée : associer les deux dribbles. Il enchaine alors les mouvements de son pied droit : la balle à gauche puis à droite et rapidement à gauche. A force de perfectionnement, il attire l’incrédulité des défenseurs du Corinthians. Rivelino le voit faire et veut alors l’apprendre. « C’est facile Rive, lui explique alors le « japonais », je vais te montrer ». Rive en fera sa marque de fabrique qui va alors inspirer bien des générations de joueurs.

Quelques années après, Salah Assad, membre de l’exceptionnelle équipe d’Algérie de 82, popularise el ghoraf avec les Fennecs puis sur les pelouses françaises. Plus proche des versions laissées à la postérité par Ronaldinho que la version Rivelino, l’elástico algérien se réalise lancé quand la version brésilienne sert de point de départ de l’accélération. S’il a toujours clamé ne s’être jamais inspiré de Rivelino pour développer son geste, Assad a contribué à sa démocratisation, à son évolution. Né au Brésil d’un père japonais, perfectionné par un brésilien d’origine italienne puis développé pour trouver sa forme moderne par un international algérien, l’elástico reste aujourd’hui l’un des symboles d’un joga bonito auriverde, la représentation parfaite que cette conception du football est avant tout universelle.