Lee Nguyen était l’un des meilleurs joueurs de la saison dernière en Major League Soccer. Époustouflant techniquement, toujours à la recherche de la passe en profondeur qui devient vite passe décisive, quand il n’est pas lui-même le buteur de l’équipe. Une histoire d’augmentation, d’envie d’ailleurs, de club qui ne veut rien lâcher vont l’éloigner des terrains avant que son récent transfert à Los Angeles ne survienne pour le relancer. Portrait d'un métronome voyageur. 

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La connexion vietnamienne

Fils d’immigrés vietnamiens, qui ont fui le pays durant la guerre, le jeune Lee est éduqué au football très rapidement, alors que son père jouait plus jeune en Asie. C’est ce dernier, arrivé à Dallas en 1973, qui poussera son fils, né aux abords de la ville, à viser une carrière professionnelle qu’il n’avait pas pu avoir. Il l’encouragera durement, car Lee n’est pas forcément fait au premier coup d’œil, pour le sport : de petite taille, sa croissance tardant à venir, il n’est pas non plus le plus musclé des jeunes, ce dont il s’est vite rendu compte en tentant très jeune des expériences en football américain. Son père cependant ne le lâche pas et le fait s’entraîner durement. Lee connaîtra ainsi une belle carrière au lycée, ponctuée même d’une sélection avec les jeunes de moins de 20 ans pour la Coupe du Monde Jeune en 2005, alors qu’il n’est pas encore à l’université, ni dans un centre de formation. La même année, il entre à l’université et joue avec les Indiana Hoosiers avec qui il obtient d’excellentes statistiques, marquant cinq buts en vingt-deux matches et délivrant douze passes décisives. Très vite repéré par des clubs en Amérique du Nord, il prend cependant la décision de traverser l’Atlantique pour se poser aux Pays-Bas, où l’on dit alors que Guus Hiddink le voudrait.

En février 2006, après seulement trois jours à l’entraînement, il signe pour le PSV Eindhoven où il pense rester dans le long-terme pour s’implanter dans l’équipe, puisqu’Hiddink lui assure « que le temps de jeux viendra ». Même s’il est voulu par l’entraîneur, il est loin d’être titulaire et ne jouera qu’un tout petit match en fin de saison, Hiddink ne voulant pas bousculer son effectif en cours de saison. Cela lui permet néanmoins d’avoir un peu de visibilité et d’être suivi par le sélectionneur des États-Unis, Bob Bradley, qui le prend avec lui pour un amical contre la Chine en juin 2007, puis pour la Copa América qui se déroule la même année. Malheureusement, la suite ne sera pas aussi belle que prévu. Guus Hiddink quitte son poste après la Coupe du Monde 2006 pour prendre en charge la sélection russe. Il est remplacé par Ronald Koeman qui ne fera pas jouer Lee en championnat de toute la saison. Cirant le banc, Nguyen demande un transfert et est libéré. Il rejoint le Danemark et les Randers, où il ne fait malheureusement qu’une vingtaine d’apparition en deux demi-saisons.

Déstabilisé par un début de carrière qui laisse à désirer, Lee Nguyen reçoit alors une proposition sortant de l’ordinaire, dure à rejeter mais en même temps tellement imprévisible. Via son père, le club vietnamien du Hoàng Ang Gia Lai lui propose un salaire mirobolant pour le jeune américain, une équipe construite autour de lui, alors que la ligue vietnamienne, avec toute la myriade de sponsors s’articulant autour d’elle, souhaite utiliser son image comme tête d’affiche du championnat. Un seul problème réside : il disparaîtra complètement des radars de l‘équipe nationale, alors qu’il n’y était déjà plus sélectionné régulièrement. Finalement, il y signe le 17 janvier 2009 et découvre avec surprise que le pays le connaît. En raison de ses origines vietnamiennes, tous le suivent depuis son départ pour le PSV et ont parlé de chacun de ses matchs joués ou de ses transferts actés : « c’était fou, ils suivaient tous ma carrière depuis mes 18 ans », dira-t-il après. Sur le terrain, même s’il marque 13 buts en 24 matches (délivrant au passage 16 passes décisives), le plus grand avantage du club et son lien avec Arsenal, ce qui lui permettra à l’intersaison de s’entraîneur sous les ordres d’Arsène Wenger, tout en prospectant un contrat européen. Malheureusement, le seul contrat qu’il trouvera sera avec le Becamex Binh Duong FC dont le seul lien avec l’Angleterre est le surnom : le Chelsea du Vietnam. Il le rejoint donc pour une saison plus contrastée, puisqu’il sera blessé pendant la majeure partie de l’année. À 25 ans, il doit alors prendre une décision. Son agent aimerait qu’il reste au Vietnam toute sa carrière, qu’il devienne une légende du pays et reste dans l’histoire comme le joueur qui fit le choix d’y rester, Becamex lui offre un nouveau contrat, mieux payé. Seulement, le joueur a d’autres projets et voit d’ailleurs d’un bon œil l’arrivée à la tête de la sélection américaine de Jürgen Klinsmann en 2011, qui annonce vouloir y développer un football plaisant à voir et tactique, un football dans lequel Lee Nguyen aurait bien entendu sa place. La Major League Soccer fait savoir qu’elle est intéressée par le retour de l’ancien prodige et Lee prend un billet pour traverser le Pacifique.

Le maître à jouer de New England

La ligue américaine lui fait signer un contrat le 7 décembre 2011, il rejoint les Whitecaps de Vancouver avec un salaire bien plus bas que ce qu’il touchait au Vietnam, mais le joueur ne passe pas un très bon début d’année. Relâché après trois matchs de présaison plutôt encourageants, l’entraîneur Martin Rennie cherchant un milieu plus défensif, il tente de trouver un club via la Waiver Draft, qui permet de repécher des joueurs inexpérimentés en MLS. C’est alors que les New-England Revolution sont intéressés par son profil et le font signer en deuxième choix. Nous sommes alors le 2 mars 2012 son aventure avec les Revs débute. Sa première saison est très bonne. Il devient rapidement un titulaire indiscutable des Revs et boucle sa saison avec 30 matchs joués et cinq buts marqués. Mais c’est dans la construction du jeu qu’il contribuera énormément, avec un titre de meilleur joueur du club à la clé et un bijou de but, nommé pour le plus beau de la saison, inscrit le 12 mai face à… Vancouver.

Lee Nguyen continuera sa belle saison en 2013 (33 matchs, 4 buts, 7 passes décisives) et emmènera l’équipe de Boston en play-offs, avant de connaître une grande année 2014. Lors de cette saison, New-England Revolution arrive en finale de MLS Cup. Délesté des tâches défensives, rôle qui incombe alors à Jermaine Jones, Nguyen peut exprimer son talent de meneur de jeu. Le numéro 10 inscrit 18 buts, record en MLS pour un milieu de terrain, et signe cinq passes décisives, souvent pour Charlie Davies. Nguyen est alors nommé dans l’équipe de la saison en MLS et arrive deuxième du trophée du meilleur joueur de la saison, dépassé par Robbie Keane, l’homme du but victorieux du LA Galaxy face au Revs en finale de MLS Cup. Au cours des play-offs, la demi-finale face aux New-York Red Bulls d’Henry, Cahill et Luyindula, gagnée 2-1 à la maison face à 35 000 spectateurs (avant un match retour 2-2) montre que le soccer a un avenir à Boston avec son milieu star, qui sera une fois de plus nommé pour le plus beau but de la saison grâce à sa réalisation face à Houston.

Malheureusement, la suite ne sera pas celle espérée (lire MLS 2017 : New England doit faire sa révolution). Même si, depuis novembre 2014, il est revenu en sélection et qu’il devient capitaine des Revs en 2016, New England ne cesse de s’affaiblir manque les play-offs en 2016 et 2017, malgré d’excellentes performances de Lee Nguyen (avec 11 buts et 15 passes décisives, il se trouvait même dans l’équipe type de Culture Soccer lors de notre premier podcast l’année dernière). Fatigué du manque de compétitivité des Revs, qui cherchent alors un coach en fin 2017, le joueur demande un transfert, ce qui surprend tout le monde tant il est une figure essentielle du club, mais qui finalement montre qu’il n’était pas dans les meilleures dispositions à Boston. On dit alors que Montréal et Chicago sont intéressés, mais problème : New-England Revolution ne veut pas le laisser partir alors qu’un nouveau cycle commence avec l’arrivée de Brad Friedel. Le bras de fer commence, et malgré des offres avoisinant le million (ce qu’avait aussi proposé le Maccabi Tel-Aviv un an plus tôt), le staff ne bronche pas, attendant l’offre juste. Brad Friedel ne s’en plaint pas et construit un effectif plutôt performant en ce début de saison, sans lui. Finalement, le dernier jour du long mercato de la MLS, après que le joueur a raté presque un tiers du début de saison, le Los Angeles Football Club fait l’offre juste et s’offre le joueur pour un peu plus de 600 000 dollars en divers allocations financières, qui avec bonus pourrait s’étendre à 900 000 USD.

MLS 2018 : le LAFC veut conquérir Los Angeles

L’histoire se finit donc plutôt bien, chacun ayant semblé avoir trouver sa part. New England Revolution, en plus d’avoir maîtrisé son début de saison sans lui, se retrouve avec de l’argent disponible et n’a pas renforcé un concurrent de sa conférence, comme pouvaient l’être Chicago et Montréal. De son côté, Lee Nguyen va enfin pouvoir rejouer au foot, dans un des clubs les plus en vue de la ligue, dans un stade rempli et moderne et avec (enfin) des joueurs incroyables autour de lui. Pour le LAFC, même si le onze de départ est bien mis en place, Nguyen va ajouter une profondeur à l’effectif qui va être essentiel lorsque les meilleurs joueurs partiront avec leur sélection en Coupe du Monde. De plus, son style technique colle parfaitement à l’identité du club de Los Angeles, dont l’entraîneur n’est autre que Bob Bradley, le premier à l’avoir appelé en sélection lorsqu’il jouait au PSV. Même s’il n’est pas titulaire toute la saison, le joueur aujourd’hui âgé de 31 ans devrait se remettre à produire du bon football avec un entraîneur qui croit en lui. La recette miracle pour remettre le joueur sur le devant de la scène ?