Passé par les équipes de jeunes de Seattle, Jordan Morris est l’un des footballeurs du moment en MLS. Enfant de Seattle, il n’a jamais voulu quitter son pays, refusant des offres venues d’Europe, mais a aussi à sa façon, . Portrait d’un joueur qui monte et qui divise.

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Après la plus grande humiliation jamais subie par les Etats-Unis –la non qualification à la Coupe du Monde 2018 en Russie- l’ancienne star internationale et joueur du LA Galaxy, Jermaine Jones, a commencé un live instagram où il a pris le plaisir de démonter tous les éléments de la structure du soccer américain – le tout dans un survêtement d’une franchise MLS. Parmi les diverses cibles, il s’attaquait ainsi aux joueurs américains qui, ne suivant pas les exemples de l’ancienne génération de Jones, Tim Howard ou Michael Bradley, préfèrent rester dans le confort des clubs MLS plutôt que de s’aventurer en Europe. Il prenait alors comme exemple le jeune Jordan Morris (pourtant absent du groupe américain qui a perdu face à Trinidad le match de la qualification), et racontait une conversation qu’il aurait eue avec lui, alors que le sélectionneur américain Jurgen Klinsman voulait qu’il aille jouer en Bundesliga : « Jurgen m’a appelé et m’a demandé d’appeler Jordan Morris. Je l’ai eu au téléphone et lui ai dit que je savais que le Werder Brême voulait le faire signer, et qu’il pouvait jouer là-bas et s’imposer. Je lui ai dit qu’il avait une opportunité qu’il fallait prendre, et qu’il ne pouvait pas savoir ce qui allait venir après. Il pouvait jouer en Bundesliga puis aller plus loin. Il m’a répondu ‘tu sais que je veux rentrer chez moi. Mon père est le docteur à Seattle. Ma mère et lui ont offert à ma copine et moi un chien et tout ça’. J’étais ‘Quoi ? Vraiment ? Pourquoi tu prendrais le chemin le plus facile si tu avais cette chance ? Mais pourquoi toujours aller vers le chemin le plus facile ?’ ».

Remise en cause du système ?

Mais Jordan Morris n’est pas un footballeur ordinaire et n’a jamais voulu faire comme les autres.  Diagnostiqué à l’âge de neuf ans d’un diabète de type 1, qui aurait empêché beaucoup d’athlète de pratiquer leurs sports, il s’est accroché et s’est tatoué sur le corps un « T1D » pour montrer que ce n’était pas un frein à une ambition sportive. Pur produit de la formation américaine, Jordan commence à se distinguer avec son lycée avant de rejoindre l’académie des Sounders de Seattle en 2012. Après seulement un an de formation, il signe avec l’Université de Stanford où il jouera trois ans dans la ligue universitaire, la NCAA, avec des statistiques éblouissantes. Vingt-trois buts en cinquante-quatre matches, un titre de champion lors de sa troisième année et un titre de meilleur joueur de la ligue. Seulement voilà, la formation à l’américaine c’est quatre ans à l’université, puis une draft pour qu’une franchise de MLS vous choisisse. Mais Jordan ne choisit pas un destin où n’importe quelle franchise serait sa destination et il quitte la ligue universitaire en 2016, un an avant sa dernière année. Le jeune attaquant peut se le permettre, puisqu’il est même appelé par Jurgen Klinsmann alors qu’il est en championnat universitaire en 2014. Même si les Etats-Unis sont habitués à propulser sur le devant de jeunes stars (comme Freddy Adu ou Christian Pulisic), il n’est que le premier à être appelé depuis la NCAA depuis Chris Albright en 1999. Son jeune âge pose même un problème avec les sponsors, comme lorsqu’il doit poser avec le titre du meilleur joueur du match en 2015 lors d’un match face au Mexique, titre sobrement nommé « Budweiser MVP » et qui lui sera retiré, la marque de bière ne voulant pas être affilié avec un jeune de 20 ans, qui n’a donc pas l’âge de boire de l’alcool au pays de l’oncle Sam.

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Jordan Morris arrêtera donc sa carrière universitaire et malgré un essai réussi du côté du Werder Brême, il surprendra tout le monde (Jermaine Jones inclus) lorsqu’il signera pour son club formateur, les Seattle Sounders, où travaille son père.

Le réel intérêt de la carrière de « JoMo » est ce parcours alambiqué qui démontre la faiblesse du système de Draft de la Major League Soccer. Pas aussi essentiel ni intéressant que celle de la NBA, elle incite les joueurs à passer quatre ans en ligues universitaires, ce qui pose de nombreux problèmes : beaucoup de joueurs s’en éloignent désormais, ne voulant pas passer quatre années dans une université au niveau douteux pour commencer une carrière professionnelle à seulement 22 ou 23 ans. Les franchises l’ont bien compris et commencent leurs centres de formation à l’européenne, ce qui met un réel point d’interrogation sur les ligues universitaires et leurs Drafts, qui ont pourtant amené des légendes américaines comme Clint Dempsey ou Michael Bradley en MLS. Or, si le système américain de formation universitaires a de nombreux défauts, il permet à certains de bénéficier d’une réelle éducation, un véritable plan B au cas où leur carrière sportive leur ferait faux bond, un plan B gratuit, un luxe aux Etats-Unis. Comment faire dès lors si un joueur issu d’un centre de formation veut aller faire une carrière universitaire avant de rejoindre sa franchise ?  La franchise peut-elle se permettre d’attendre que le joueur ait 23 ans avant de jouer avec eux ? La possibilité de s’affranchir de l’université existe. C’est le cas par exemple de Génération Adidas, créé suite au Q-Report de Carlos Queiroz en 1998 qui avait totalement reformé le système de formation US. Il permet notamment de faire entrer un joueur qui n’est pas en quatrième année d’université d’entrer à la Superdraft et ainsi incorporer la MLS. Sauf que Jordan a outrepassé la Superdraft mais aussi la Génération Adidas ainsi que la liste d’allocation, tout ça grâce à un an de formation à Seattle. Il souligne les limites du système de formation, sa réussite cachant tous ceux qui comme lui sont sortis des clous et ne sont plus visibles.

En attendant que la MLS et la Fédération étasunienne aient un vrai plan pour la formation des jeunes américains, Jordan Morris s’exprime toujours avec talent. Malgré une blessure en 2017, il fut nommé pour le joueur américain de l’année après avoir été le « Rookie » de l’année en MLS l’année dernière. A la Gold Cup 2017, il a notamment marqué en finale et finit meilleur buteur et dans le meilleur onze de la compétition. Le tout, en continuant de vivre chez ses parents, « où ma mère y fait toujours ma lessive ». Preuve finalement qu’on peut rester à la maison et continuer sa progression.

Pour aller plus loin sur les systèmes de Draft et Superdraft