À tout juste vingt-deux ans, Wuilker Faríñez est déjà un nom connu du football sud-américain. De Caracas à Millonarios en passant par la sélection et les rumeurs européennes qui fleurissent tous les six mois, le petit gardien vénézuélien ne cesse de décrocher les records. Portrait d’un joyau qui va enfin tenter sa chance sur le Vieux Continent.

banlomag

« Je dois penser à mon avenir et donc me fixer à une position, celle de gardien ». Nous sommes en 2013, Wuilker Faríñez vient de signer son premier contrat professionnel au prestigieux Caracas FC. Cette première étape n’est que l’aboutissement de plusieurs années d’un développement d’une impressionnante régularité.

Records de précocité

Wuilker Faríñez aurait dû s’appeler Wender. Mais à sa naissance, en février 1998, sa mère préfère lui attribuer le prénom de Wuilker et l’impose, profitant du fait que son père est absent ce jour-là. Il grandit alors dans le barrio Nuevo Horizonte de Caracas, apprend le football à Nueva Esparta et va y être découvert par les scouts du Caracas FC. En septembre 2011, il rejoint ainsi les équipes de jeunes des Rojos del Ávila, il en sera notamment le capitaine des U14 et des U16. On le voit alors osciller entre la position de dernier rempart et celle d’attaquant, il n’est pas encore totalement décidé du poste qu’il occupera. Mais le football va s’en charger. En 2012, il participe au Torneo Efipan au Brésil, y brille. En février 2013, il est sélectionné au terme d’un camp nommé Campamento P.A.N, du nom du sponsor qui l'organise et qui offre à des jeunes de 13 et 14 ans d’aller disputer des stages dans de grands clubs étranger. C’est ainsi que Wuilker s’envole pour Madrid. Aux côtés d’Adalberto Peñaranda et Edson Tortolero, il part donc en stage auprès des équipes de jeunes du Real Madrid. La légende veut ainsi qu’il brille durant ce stage et que ses entraînements s’allongent, les entraîneurs cherchant à voir qui parviendrait à tromper ce gardien de talent, sans que personne n’y parvienne. Il ne signe donc pas au Real mais rejoint Caracas qui lui fait alors signer son premier contrat pro alors qu’il n’a que quinze ans. Le temps va s’accélérer.

En octobre 2014, alors qu’il n’a que seize ans, il débute avec l’équipe première lors d’un match de Copa Venezuela, il devient de fait le plus jeune gardien de l’histoire du club. Quelques jours plus tard, la légende Renny Vega annonce sa retraite pour mi-2015. Le successeur sera Faríñez. Il participe entretemps au Sudamericano U17 et y brille. Au point que Noel Sanvicente, sélectionneur des A, décide de l’appeler comme troisième gardien pour la Copa América organisée au Chili : « j’ai vu le futur, un gamin prometteur de 17 ans qui m’a impressionné. Il a gagné sa place, personne ne la lui a offerte » dira-t-il. S’il ne joue pas, le gamin de Gramoven est le plus jeune des 276 joueurs présents à cette compétition. Les records, celui que l’on va rapidement surnommer El Felino ou encore La Pantera, va alors les faire tomber avec Caracas et notamment le plus fou, lorsque du haut de ses dix-sept ans, il reste invaincu pendant 689 minutes en championnat. Nous sommes alors toujours en 2015, son nom commence à sortir des frontières. Faríñez brille en championnat mais aussi lors des compétitions continentales, qu’elles soient de clubs ou de nations. En 2016, il fait ses débuts chez la A de la Vinotinto lors d’un amical non officiel face à la Galice puis quelques jours plus tard, face à Panamá (0-0). Il est ensuite élu meilleur gardien du championnat vénézuélien alors qu’il est à peine majeur, prend place dans les vingt-trois qui participent à la Copa América Centenario, sans pour autant jouer, mais va profiter de l’arrivée de Rafael Dudamel pour franchir d’autres paliers.farinezreal

L’année 2017 est certainement sa plus folle. Il y a d’abord le Sudamericano où, avec notamment un Yeferson Soteldo en feu et au terme d’une campagne au cours de laquelle il dirige la meilleure défense du tournoi, il conduit le Venezuela à la troisième place (meilleure performance de l’histoire) et ainsi à sa première Coupe du Monde de la catégorie de l’histoire. Il y a ensuite cette Coupe du Monde, le feu d’artifice. El Felino termine la phase de groupes sans encaisser le moindre but et en s’offrant le luxe de devenir le premier gardien buteur dans l’histoire de la compétition (un penalty face à Vanuatu). S’il est enfin trompé en quarts puis en demie, c’est lui qui sort l’Uruguay de la course au titre lors de la séance de tirs au but au cours de laquelle il détourne la tentative de Nico De La Cruz. Malheureusement pour la bande à Dudamel, l’histoire se termine par une courte défaite en finale.

L’Europe semble alors encore lui tendre les bras. On évoque Benfica, il optera finalement pour la Colombie et Millonarios, un club qu’a bien connu Rafael Dudamel. Beaucoup y voient alors une sorte de relai avant l’Europe, Millos et Benfica ayant signé un partenariat. Faríñez va alors s’installer dans les cages des Embajadores. Il sécurise l’arrière garde, signe quelques performances de taille, comme la triple parade face à l’Atlético Nacional, les matchs XXL face au Corinthians ou Independiente en Libertadores, ou encore le record de douze arrêts lors du premier tour de la Sudamericana 2020 face à Always Ready. S’il manque parfois de régularité dans les cages de Millos, il est l’un des cadres de l’équipe.

En sélection, sa régularité n’est en revanche jamais remise en question. Il y a les débuts en éliminatoires d’une Coupe du Monde face au Pérou, ce penalty arrêté devant Alexis Sánchez lors du match suivant, ce match référence face à l’Argentine où il écœure Messi et sa bande. Il y a enfin cette folle Copa América 2019, sa première comme titulaire, qu’il débute par deux clean-sheets face au Pérou (avec notamment une parade exceptionnelle face à Flores) et au Brésil, soit les deux finalistes de l’épreuve. Si bien qu’El Felino termine dans le onze idéal de la phase de groupes avant de tomber en quarts face à l’Argentine de Messi. Et encore et toujours, les rumeurs de départ qui s’intensifient. Les noms continuent de se bousculer au point qu’après le Real il y a quelques années, on évoque alors son arrivée au Barça pour jouer un rôle de doublure. Mais Faríñez reste encore à Millonarios, une saison de plus, la dernière, avant enfin de s’envoler pour l’Europe et débarquer dans un autre club de la galaxie Amber Capital, le RC Lens.

joindiscord

Une question de taille ?

À tout juste vingt-deux ans, Wuilker Faríñez compte près de deux-cent matchs chez les grands (clubs et sélection compris). Il a gardé ses cages inviolées dans près de 40% de ses apparitions, un match sur deux en sélection. Des performances qui ne sont pas uniquement dû au hasard. Sur la ligne, Faríñez rend hommage à ce surnom de félin. Agile, rapide, capable de s’étirer, il est connu pour sa vitesse de réaction et ses réflexes, sa capacité à lire le jeu et son sens de l’anticipation. Des qualités qui rappellent son idole, Iker Casillas et qu’il exploite à merveille notamment dans l’exercice des penalties au sujet duquel il possède un livre et où sa statistique est folle : dix arrêts sur vingt-deux concédés. Ancien attaquant, il est aussi habile de ses pieds et peut souvent servir de première rampe. Mais s’il reste une grande qualité à Faríñez, c’est sa personnalité. Discret en dehors des terrains, il est un leader rassurant sur le pré et ce, malgré son jeune âge. Faríñez ne semble jamais inquiet, jamais douter, on le voit régulièrement rassurer les siens, bras levé, main appelant au calme. Sa sérénité est son arme principale, ce qui impressionne le plus quand on se rend compte que l’on parle d’un gardien de vingt-deux ans.

Reste un défaut, celui qui lui a valu par le passé quelques refus en France ou en Belgique notamment : sa taille. Faríñez ne mesure pas plus d’un mètre quatre-vingts. Une taille qui lui joue forcément des tours dans le jeu aérien qui, s’il a tendance à progresser dans ce sens, est encore son principal défaut. Un défaut qui sera ainsi mis à rude épreuve dans une ligue plus physique que le football sud-américain et où le jeu aérien prend plus d’importance. Un défaut que Lens a eu la bonne idée de ne pas juger rédhibitoire. Un moyen surtout pour Wuilker Faríñez, de continuer à apprendre et franchir de nouveaux paliers.