Attaquant prolifique de l'équipe locale des Invincible Eleven, George Oppong séduit le Tonnerre de Yaoundé. C'est grâce à Claude Le Roy que le futur Ballon d'Or 1995 débarque en Europe sur le Rocher des Grimaldi. Une rencontre décisive dans la carrière de ce merveilleux buteur. Retour sur la carrière européenne d'un Roi devenu président.

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Treizième d'une fratrie de treize enfants, George Tawlon Manneh Oppong Ousman Weah nait le 1er octobre 1966 dans le bidonville de Clara Town à Monrovia. Fils d'un mécanicien et d'une vendeuse, le jeune garçon est élevé par sa grand-mère Emma Klon Jleh Brown à la suite de la séparation de ses parents quand il n'était encore qu'un bébé. Les conditions de vie de la famille sont précaires, entassés à quatorze dans une cabane au-dessus d'une mangrove asséchée sur Bushrod Island à Monrovia. L'instabilité politique du pays fait craindre pour le futur du garçon et de ses frères. Les régimes autoritaires se succèdent au Libéria et un grand nombre d'enfants sont enrôlés pour devenir des soldats dont l'espérance de vie est limitée. Sa grand-mère Emma le tient à l'écart de tout ce tumulte. George lui est grandement reconnaissant comme il le déclare en 2001 dans Sports Illustrated : « Toutes les minutes, les secondes et les heures de ma carrière, toute ma vie, je les consacre à ma grand-mère ». Il partage son temps à vendre du maïs soufflé, à chercher des bouteilles à vendre dans les ordures ou à jouer pieds nus au football avec des ballons de chiffon dans les rues du quartier Clartown de Monrovia. En avril 1980, un coup d'État militaire dirigé par Samuel Doe renverse le gouvernement de William Tolbert. Weah assiste à l'exécution de treize fonctionnaires : « Le renversement de Tolbert nous a enthousiasmés. Après le coup d'État, tout était ouvert au Liberia. Nous pouvions trouver des emplois », se souvient-il pour le New York Times Magazine. Malheureusement, cela n'est que de courte durée. Samuel Doe se mue rapidement en un dictateur brutal. Grâce à ses talents de footballeur, Weah intègre le lycée mais les études ne l'intéressent pas. Après un an, il quitte l'école pour travailler comme opérateur téléphonique.

Dès 1981, George joue pour les Young Survivors de Clara Town. Trois ans plus tard, il débute sa carrière et évolue tour à tour avec Bong Range United, les Mighty Barolle et enfin le Invincible Eleven. Dans le Courrier de l’UNESCO, il se remémore : « Chaque jour, nous jouions du matin au soir. Nous n’avions pas d’entraîneur, alors nous nous sommes rattrapés au fur et à mesure, en nous échauffant et en courant ensemble. Nous avons tous fait ce que nous pouvions pour acheter des kits et des ballons de football ». Pour l'attirer dans son équipe, le Président de l’Invincible lui propose une prime de mille dollars par but marqué. George en inscrit dix-neuf, un record encore inégalé dans le championnat libérien. Après sa très belle saison avec Invincible Eleven ponctué par le sacre national, un recruteur du Tonnerre de Yaoundé l'attire à la suite d'une tournée estivale au Cameroun. « Il s’appelait George Oppong. J’étais le sélectionneur du Cameroun », raconte Claude Le Roy dans un article pour le site internet jeuneafrique.com. « Le Tonnerre Yaoundé, l’un des meilleurs clubs du pays à l’époque, l’avait fait venir. On m’avait montré ses vidéos et j’avais dit aux dirigeants du Tonnerre qu’ils ne se trompaient pas. Quand George est arrivé à Yaoundé, j’ai assisté à l’un de ses entraînements. J’ai vite compris qu’il avait quelque chose en plus. Il avait le talent, la vitesse, la technique et la détente. C’était un félin. Bien sûr, il avait appris le foot dans la rue et devait travailler. Mais dès qu’il en a eu l’occasion, il a prouvé qu’il possédait les qualités qui ont fait de lui l’un des footballeurs les plus doués des années quatre-vingt-dix ». Rapidement, le sens du but du Libérien éclate au grand jour sur les pelouses camerounaises. Auteur de quatorze réalisations, il aide son équipe dans la conquête du championnat local. Le « Sorcier Blanc » ajoute : « Il avait cette motivation qui ne trompe pas. Il voulait progresser ». Conscient d'avoir sous ses yeux un diamant brut, il décide de contacter les responsables monégasques comme il se souvient toujours pour le site jeuneafrique.com : « J’avais alerté Arsène Wenger, alors entraîneur de l’AS Monaco. Henri Biancheri, le directeur sportif du club, est venu le voir jouer. J’avais assuré aux Monégasques qu’en le recrutant ils ne commettraient pas d’erreur ». Le Libérien débarque pour la somme dérisoire de cent vingt mille francs dans la Principauté.

Révélation en France

« Je me souviens de la première fois où je l'ai vu à Monaco, arrivant un peu perdu, ne connaissant personne, n'étant considéré par personne comme un joueur », se souvient l'entraîneur alsacien. Son adaptation est facilitée par la présence de deux Anglais dans l'effectif des Rouge et Blanc. « Glenn Hoddle et Mark Hateley étaient là. Ils savaient que je ne pouvais pas parler Français, seulement l’anglais, alors Glenn est venu me parler, a essayé de me mettre à l’aise. Il m’a aidé à m’adapter très rapidement », raconte plus tard la nouvelle recrue de l'ASM. Une autre personne parle anglais et joue un rôle primordial dans la carrière du buteur africain. Cité par le magazine FIFA, Weah déclare : « Wenger a fait de moi le footballeur que je suis aujourd’hui. Il m’a appris à persévérer, à vivre une vie décente et à jouer franc jeu. Il m’a initié aux spécificités européennes, mais il a compris mes origines africaines et les a respectées. Il m’a laissé jouer mon jeu, à ma façon ». Le manager monégasque le prend sous son aile et l'accueille un temps chez lui. Champion de France 1988, Monaco est un poids lourds hexagonal avec dans ses rangs des joueurs tels que Manuel Amoros, Patrick Battiston, Marcel Dib, Jean-Luc Ettori, Luc Sonor et tente de concurrencer les Girondins de Bordeaux de Claude Bez (vainqueur en 1984, 1985 et 1987), l'Olympique de Marseille de Bernard Tapie (futur vainqueur de 1989 à 1992) et le Paris Saint-Germain de Francis Borelli (vainqueur en 1986). Néanmoins, les tenants du titre ne parviennent pas à conserver leur couronne nationale en raison de plusieurs blessures et suspensions. Sur le podium et finaliste malheureux en Coupe de France (défaite 4-3 contre l'OM d'un JPP en feu), la saison des Monégasques est plutôt positive. De plus, même si Galatasaray les prive des quarts de finale de Coupe des clubs champions européens, ils ont un peu existé sur la scène européenne ce qui n'était pas le cas les années précédentes. Pour sa première année sur le Vieux-Continent, George réalise une belle saison ponctuée par quatorze buts même s'il connaît une baisse de régime lors de la période hivernale. Handicapé par diverses blessures, le buteur ne prend part qu'à dix-sept rencontres et marque seulement à cinq reprises lors de l'année suivante, ce qui n'empêche pas son club de se hisser à nouveau sur le podium de D1. Un exercice à oublier. C'est chose faite en 1990/91 où il retrouve des stats quasiment équivalentes à sa première saison avec treize buts en championnat. L'ASM prend également sa revanche sur Marseille en Coupe de France et si Weah ne marque pas en finale, il joue un rôle actif dans cette campagne avec cinq buts à son compteur dont deux doublés. Malgré un très bon début de saison 1991/92, Monaco cède sa place de leader (occupée à sept reprises) aux Phocéens (qui ne se laissent plus doubler) et échoue à la seconde place du classement. Débarrassé de ses blessures, George est plus régulier et réalise sa meilleure saison sous le maillot de la Principauté avec dix-huit buts en trente-quatre matchs. Parallèlement à leur belle année en D1, les joueurs de Wenger parviennent à se qualifier pour la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupes après avoir notamment écarté la Roma des champions du Monde allemands Rudi Völler et Thomas Häßler et le Feyenoord Rotterdam. Cinquième équipe française à atteindre une finale européenne après Reims, Saint-Etienne, Bastia et Marseille, le destin joue un vilain tour à Weah et ses coéquipiers. Marqués par la catastrophe de Furiani qui a lieu la veille de la finale, l'écroulement d'une tribune en marge de la demi-finale de Coupe de France entre Bastia et l'OM faisant dix-huit victimes et plus de deux mille trois cent blessés, ils n’entrent jamais dans le match joué dans une atmosphère pesante. Le Werder Brême de l'ancien marseillais et bordelais Klaus Allofs ne fait pas de sentiments et s'offre le titre continental. Après quatre saisons sur le Rocher, le Libérien clôt l'aventure monégasque. « Weah a été une vraie surprise. Pour moi, c’était comme un enfant découvrant un lapin en chocolat dans son jardin à Pâques. Je n’ai jamais vu un joueur exploser sur la scène comme il l’a fait », déclare ultérieurement Arsène Wenger.

Son transfert vers le PSG est rocambolesque. Dans un premier temps, Michel Denisot veut recruter le Bulgare Hristo Stoichkov pour renforcer un effectif qui vient de terminer troisième du précédent championnat. Face au véto du Barça, l'ancien journaliste opte pour Jürgen Klinsmann. Champion du monde 1990 et taulier de la Mannschaft, le Milanais n'a pas réussi sa saison en Serie A mais son Euro 92 a été plus brillant. À un an de la fin de son contrat, l'Inter ouvre la porte à un départ. Alors qu'il se dirige vers la capitale française, un ultime renversement de situation change la donne. Klinsmann signe finalement à Monaco quand Weah s'engage en faveur des Franciliens. « Nous faisions le forcing sur Klinsmann lorsque, mardi dernier (NDLR : le 21 juillet), nous avons appris que Monaco laisserait partir Weah. Alors on a sauté sur l'occasion », détaille Michel Denisot dans France Football. Alimenté par Valdo et Ginola, le Libérien ne connaît pas de temps d'adaptation dans sa nouvelle formation et signe dix buts lors de la phase aller de D1. La phase retour est moins aboutie avec seulement quatre buts et surtout une disette de plusieurs mois. À la lutte avec Marseille et Monaco pour le titre national, Paris voit le trophée s'envoler dans le money time. Ce sont les Olympiens qui raflent la mise trois jours après avoir conquis la première Coupe d'Europe du foot français en l'emportant au Vélodrome 3-1 contre les Parisiens lors de la trente-septième journée de D1. Les joueurs d'Arthur Jorge ont également brillé sur la scène continentale, réussissant un véritable exploit contre le Real Madrid. Défaits 3-1 au Bernabéu, ils arrachent la qualification au bout du temps réglementaire quand Antoine Kombouaré devient « Casque d'Or » et signe le 4-1 synonyme de demi-finale. Dans le dernier carré, la Juventus d'un Roberto Baggio très inspiré sur la double confrontation ne se laisse pas piéger et file en finale. Heureusement, Paris se console avec une victoire en Coupe de France contre Nantes. L'affaire VA-OM, qui éclate quelques jours après le sacre de Munich, a de sérieuses conséquences sur l'effectif olympien pour la saison 1993/94. Bokšić et Desailly partent en cours de saison pour équilibrer les comptes. Disqualifié par les instances, l'OM ne joue pas la Coupe d'Europe mais Paris refuse de le remplacer en Champion's League et participe à la C2. Assez irrégulier, le numéro 9 parisien marque quand même à dix reprises et finit derrière « El Magnifico » au classement des meilleurs buteurs du PSG. Et après 1986, le club de la capitale s'adjuge un deuxième titre de champion avec une belle marge sur leur dauphin marseillais. À nouveau dans le dernier carré en Europe à la suite d'une nouvelle victoire face au Real Madrid en quarts de finale, les coéquipiers de Raí ne passent pas l'obstacle anglais d'Arsenal. Absent du match retour à la suite d'un choix tactique du Portugais Arthur Jorge, Weah voit les Gunners l'emporter à Highbury. L'ancien fils prodigue du Parc, Luis Fernandez remplace sur le banc son ex-coach au Matra Racing. Sous la direction du champion d'Europe 84 avec les Bleus, Paris laisse filer trop de points (onze défaites) en route pour prétendre sérieusement à sa propre succession mais surtout le champion en titre voit le FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau rouler sur la D1 offrant un football champagne grâce à ses jeunes talents issus du centre de formation (Karembeu, Loko, Ouédec, Pedros) et grâce à un autre joyau africain : Japhet N'Doram. Victimes du « jeu à la nantaise », les Parisiens s'inclinent à la Beaujoire sur un but d'anthologie de Loko. Si George Weah ne brille pas particulièrement en D1 avec son plus faible total de buts depuis son arrivée dans la capitale (sept unités), il rayonne en Champion's League. Dans le groupe B, il claque six fois en autant de matchs mais surtout il marque l'un de ses plus beaux buts à Munich. Dans son style caractéristique, mélange de puissance et de finesse, il signe un rush dans les trente derniers mètres bavarois avant de conclure d'une frappe sèche du droit à l'entrée de la surface d'un Oliver Kahn impuissant.

Encore buteur au Camp Nou, l'atout offensif du PSG participe pleinement à l'élimination d'un autre grand d'Espagne. Mais comme deux ans auparavant, un autre ténor italien l'AC Milan prive l'équipe francilienne d'une hypothétique finale européenne avec, cette fois, un grand Dejan Savićević dans le rôle de Baggio. Décevant lors de cette double confrontation, Weah est sûrement perturbé par les rumeurs qui l'annoncent avec insistance du côté du Milan. Quand l'officialisation intervient, une partie du public se montre hostile envers leur futur ex-buteur. Une banderole est même déployée au Havre : « Weah, on n’a pas besoin de toi ». Le Libérien est touché et conserve une certaine amertume à propos de cette sortie gâchée comme il le déclare à RMC Sport à l'occasion de son retour au Parc pour le jubilé de son ami Bernard Lama : « Je ne garde pas un bon souvenir du Parc. Je n'y ai fait que mon boulot ».

La consécration au Milan

À 28 ans, l'ancien parisien a la lourde tâche de succéder à un certain Marco van Basten. Si la carrière du triple Ballon d'or (1988, 1989 et 1992) est déjà à l'arrêt depuis deux saisons à cause de sa cheville, ce n'est qu'à l'été 1995 qu'il raccroche officiellement ses crampons. Lors de sa présentation à la presse, l'ambition du vice-président Galliani est de récupérer le titre abandonné à la Juventus après les sacres en 1992, 1993 et 1994 : « Avec lui, nous visons maintenant le Scudetto, il ne sert à rien de se cacher ». Pour donner les moyens de cette ambition à Fabio Capello, le club lombard s'offre le Ballon d'or 1993 qui arrive de Turin: Roberto Baggio. Dès le début du championnat, le Diavolo prend rapidement la tête du classement. L'effectif cinq étoiles permet au technicien frioulan de varier ses onze de départ sans perdre en qualité. Le néo-milanais n'attend pas pour ouvrir son compteur but, marquant dès son premier match contre Padova. Altruiste, il offre même une passe décisive à Baresi. La première d'une longue série. En effet, si Weah fait trembler les filets à onze reprises, il explose son total avec quatorze passes décisives. En décembre 1995, France Football décide de changer les règles d'attribution du Ballon d'or, mettant fin à l’exclusivité pour un joueur européen et le lui décerne. Weah devient de ce fait le premier non européen à remporter la célèbre sphère dorée. Son club survole la Serie A. Sacrés champion à deux journées de la fin du championnat, les Rossoneri ajoutent un quinzième titre à leur palmarès. Seule ombre au tableau, la défaite embarrassante 3-0 au Parc Lescure contre le Bordeaux de Dugarry, Lizarazu et Zidane alors que les Lombards avaient pourtant une avance de deux buts après le match aller. À l'issue de la saison, Fabio Capello met un terme à son cycle victorieux à la tête du Milan pour prendre la direction du Real Madrid. La succession est délicate et Berlusconi choisit l'Uruguayen Óscar Tabárez auquel il confie les pleins pouvoirs avec le rôle de directeur technique associé au poste d'entraîneur. En dépit d'un recrutement ambitieux (Davids, Dugarry, Reiziger) afin de rajeunir une équipe en fin de cycle (plusieurs cadres dépassent la trentaine), la mayonnaise ne prend pas. L'année débute par une défaite à domicile en Supercoupe d'Italie contre la Fiorentina de Batistuta et Rui Costa. Le sort de l'ancien entraîneur de Peñarol est rapidement scellé. Au lendemain de la onzième journée de championnat et d'une défaite 3-2 sur le terrain de Perugia, il démissionne et s'explique lors de la conférence de presse évoquant son départ : « Je suis très malade. Je ne cherche pas la vengeance, je ne nomme pas de noms. J’avais fait un pari, je l’ai perdu. Je suis très critique envers moi-même. Les chiffres, qui sont décisifs dans le football, nous prouvent que nous avons tort. Mais je pense avoir montré qu’il y a aussi un style Tabárez ». Pourtant, le manager sud-américain a pu compter jusqu'à son départ sur le très bon rendement de son buteur africain, auteur de sept buts en championnat et trois en Champion's League.

Lors de la première journée contre Verona, il inscrit même l'un des plus beaux buts de sa carrière mais également de la Serie A. Revenu défendre sur un corner adverse, Mister George récupère le ballon dans sa propre surface. Dès sa prise de balle, il entame un contre et remonte le terrain à grande enjambée. À la ligne médiane, il évite deux défenseurs et continue sa folle course non sans un soupçon de réussite. Puis, il élimine l'ultime joueur de champ véronais d'un grand pont et ajuste facilement le portier d'une frappe croisée. D'un but à l'autre pour sceller la victoire et entrer dans la légende. Cependant, un incident va ternir la saison du Libérien. À la fin du match de Champion's League contre le FC Porto, dans les couloirs du Dragão, Weah assène un violent coup de tête à Jorge Costa. Verdict : nez cassé pour le Portugais. La raison de ce dérapage ? D'après le Milanais, il aurait été victime de crachats et d'insultes racistes. L'UEFA inflige six journées de suspension au Ballon d'or 1995. Après la démission de Tabárez, Silvio Berlusconi rappelle une ancienne légende du club pour remonter la pente. Vainqueur de huit titres nationaux et internationaux avec le Diavolo, Arrigo Sacchi revient en Lombardie. Néanmoins, son second passage sur le banc de San Siro ne rencontre pas les succès passés. Il débute même par une élimination en Champion's League face à Rosenborg. Incapable d'insuffler un nouvel élan à son groupe, l'ancien sélectionneur de la Nazionale subit de lourdes défaites contre la Juventus (1-6) ou l'Inter (1-3). Onzième de Serie A et donc éliminé de la coupe d'Europe, l'AC Milan obtient son pire classement sous l'ère Berlusconi (1986-2017) et depuis la Seconde Guerre mondiale. Si le numéro 9 milanais termine meilleur buteur du club en championnat (treize) et toutes compétitions confondues (seize), sa saison manque de régularité. Encore une fois, le président rossonero utilise la même méthode que la saison précédente. De retour au bercail après sa saison victorieuse au Bernabéu, Fabio Capello imite son prédécesseur et prend en charge son ancienne équipe. Mais comme pour Sacchi, cette seconde expérience ne connaît pas le même succès que la première. En difficulté en championnat en dépit d'un nouveau mercato dispendieux (Ibou Ba, Kluivert, Leonardo, Ziege), Milan termine à nouveau dans le ventre mou du classement (dixième) et ne se qualifie pas pour l'Europe pour la seconde année consécutive. Un véritable séisme. Les douze buts du Libérien n'y ont rien changé. Capello écarté, cette fois les Lombards innovent et font appel à Alberto Zaccheroni. Son très bon travail à la tête de l'Udinese, qu’il a amené à la troisième place, séduit les dirigeants milanais. Il amène dans ses bagages, Thomas Helveg mais surtout Oliver Bierhoff. Le bomber allemand vient de récolter le titre de capocannoniere devant Ronaldo et Baggio. Une sacrée performance. Ce transfert, cumulé à la nouvelle organisation tactique en 3-4-3 du Zac', pousse Weah sur le flanc gauche de l'attaque. Ce repositionnement nuit à son bilan puisque l'attaquant signe son plus faible total de buts (seulement huit) mais offre quand même six passes décisives. Peu importe, grâce à un final explosif (sept victoires d'affilée) le Milan ramène son seizième Scudetto via Aldo Rossi. Il s'agit du second pour le buteur libérien. C'est également son dernier titre avec le Diavolo. Le recrutement de l'Ukrainien Andriy Shevchenko au mercato estival puis de l'Espagnol José Mari au mercato hivernal, bien qu'initialement prévu pour l'été suivant, le pousse vers la sortie. Après une dernière demi-saison 1999/2000 convaincante sous le maillot rossonero, il rejoint Chelsea en prêt jusqu'à la fin de l'année sportive.

Bref retour en France

À bientôt trente-quatre ans, Weah découvre un autre championnat même si la Roma de Fabio Capello a tenté le coup. Cependant, Galliani n'a pas voulu renforcer un concurrent direct comme il le déclare à la presse : « Nous ne sommes pas disposés à considérer les offres des équipes italiennes, parce que nous ne voulons pas renforcer la concurrence dans la lutte pour le titre, vu que, entre autres, ce n'est pas le Milan qui veut vendre Weah, mais le joueur qui a demandé à partir ». Une décision mal comprise par l'intéressé qui accepte finalement de rejoindre Gianluca Vialli à Londres. Avec les Blues, le Libérien marque pour son premier match contre Tottenham et offre la victoire à sa nouvelle formation. De quoi se faire immédiatement adopter par ses supporters. Quelques semaines plus tard, il trouve le chemin des filets en FA Cup face à Leicester et récidive contre Gillingham. Cette campagne de Cup se conclut par une victoire. En finale à Wembley, Di Matteo permet aux siens de venir à bout d'Aston Villa. Si George se distingue à nouveau contre Liverpool, Vialli décide de ne pas recruter définitivement le Libérien. De retour à Milan, il résilie son contrat, refusant de toucher ses derniers mois de salaire comme il le dit à la BBC : « Ils m'ont laissé libre, mais Berlusconi voulait aussi me donner de l'argent et j'ai dit que je n'en voulais pas parce que je n'avais pas travaillé pour ça. Il a dit que j'avais encore un contrat et que j'y avais droit, mais j'ai refusé. Je lui ai dit que je voulais pouvoir revenir, le regarder en face et lui serrer la main. Je ne veux pas que nous devions nous éviter quand nous marchons ». Il met donc un terme à son séjour transalpin avec un total de cinquante-huit buts pour cent quarante-sept matchs. Nouvellement promu en Premier League, Manchester City cherche de l'expérience pour s'enraciner au plus haut niveau national. Cinq jours après la résiliation de son contrat, Weah s'engage avec les Citizens de David Bernstein et paraphe un contrat de deux ans pour un salaire de trente mille livres par semaine. Jean Tigana a bien essayé de recruter l'ancien monégasque mais Fulham, alors en Division 1 (l'ancienne version du Championship), n'a pas pu s'aligner sur ses exigences salariales. Après l'obtention de son permis de travail, George est de retour en Angleterre. Pour l'épauler en attaque, le manager Joe Royle opte pour l'international costaricain Paulo Wanchope. Titularisé lors des trois premiers matchs, Weah s'assoit par la suite trop régulièrement sur le banc à son goût.

Mécontent des choix de Joe Royle, il ne s'attarde pas du côté de Maine Road et son contrat est résilié par consentement mutuel. Sa nouvelle destination surprend beaucoup de monde notamment le très médiatique Julien Cazarre, supporter parisien, qui dira plus tard : « le fait que George Weah termine à Marseille. Ça fait très mal, ça pique même ». Son ancien coéquipier à Monaco, Marcel Dib, occupe désormais les fonctions de directeur sportif à l'OM et approche l'attaquant. Auteurs d'un début de saison raté, les Phocéens dirigés par le Brésilien Abel Braga, fraîchement nommé à l'été, tentent le pari George Weah pour muscler leur secteur offensif défaillant. Mais l'ancien joueur de Fluminense ne profite pas longtemps de sa nouvelle recrue puisqu'il est licencié un mois plus tard, dès novembre 2000. Le tandem Emon-Galtier assure l'intérim puis l'Espagnol Javier Clemente débarque au Vélodrome. « Je suis allé à Marseille quand ils étaient en bas du classement. Je suis arrivé en milieu de saison. Le club était menacé de relégation. Je devais tout faire pour éviter ça. Il y avait une belle équipe, mais politiquement et sportivement, le club était fou », explique plus tard le Basque. En fin de carrière, le Libérien n'est plus aussi rapide que par le passé mais il conserve son instinct de buteur. D'ailleurs, Monaco en fait les frais et voit son ancien joueur leur infliger un doublé. Pour autant, Marseille continue de flirter avec la zone de relégation. Devant cette crise de résultat, Robert Louis-Dreyfus panique, rappelle Bernard Tapie aux affaires et le charge du secteur sportif. Première décision du « Boss » : virer Clemente et ramener Tomislav Ivić, déjà passé brièvement (quatre mois) sur la Canebière en 1991. Le technicien des Balkans obtient le maintien à la suite de deux victoires à domicile (Sedan et Bastia) et d'un nul à l'extérieur (Troyes). Buteur face aux Ardennais, le numéro 29 olympien inscrit à cette occasion son dernier but dans le championnat de France et en Europe. Non conservé à l'issue de la saison, Weah hésite entre les Metrostars de New York ou Al-Jazira. Finalement, il s'engage en faveur de l'équipe des Émirats avant de mettre un terme à sa carrière sportive deux ans plus tard pour s'engager en politique.

Premier Ballon d'or africain, George Weah a marqué les années quatre-vingt-dix par son style félin alliant puissance, vitesse et un indéniable sens du but. Prototype de l'attaquant moderne, il n'hésitait pas à aller hors de la surface à l'inverse des buteurs de surface qui ne participent pas (beaucoup) au jeu. À l'instar de Romário ou Ronaldo, il a inspiré les nouvelles générations comme le déclare Thierry Henry : « Ils ont changé le jeu pour moi. C'était la première fois qu'en tant qu'attaquant, je voyais des joueurs capables de marquer tout seuls. Prendre le ballon n'importe où et marquer. Avant, en tant que numéro neuf, les gens me disaient “reste dans la ligne de la surface, ne bouge pas trop, ne va pas sur les ailes, ne te baisse pas, reste”. Puis j'ai vu George Weah. Et puis j'ai vu Ronaldo. Et j'ai vu Romário d'une manière différente avant ces deux-là. Et je me suis dit : “Attendez une minute, quelqu'un m'a menti”». Peut-être le plus beau des hommages.

 

Photo : Aldo Liverani / Icon Sport