La plus belle des compétitions asiatiques reprend ses droits ce lundi. Après avoir vu les Japonais des Kashima Antlers remporter l’édition 2018 pour la première fois de leur histoire, nul doute que cette AFC Champions League 2019 réservera son nouveau lot de surprises. Tour d’horizon des quatre premiers groupes de la phase de poules, ceux de la zone Ouest.

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10 novembre 2018. Téhéran, Iran. Finale retour de l’AFC Champions League 2018. Après avoir perdu 2-0 au Japon contre les Kashima Antlers, Persepolis se retrouve dos au mur. La tâche s’annonce ardue. Mais les joueurs du club iranien peuvent compter sur l’appui de leurs supporters. Ils sont plus de cent mille à s’entasser dans les travées de l’imposant stade Azadi. Record d’affluence pour cette compétition. Mais cela ne suffira pas. La rencontre se solde par un score nul et vierge de 0-0. Les Kashima Antlers gravent pour la première fois leur nom sur ce trophée tant convoité en Asie. Près de quatre mois plus tard, il est temps pour eux de remettre leur titre en jeu. Trente-deux équipes s’affronteront pour décrocher le fameux sésame, certaines ayant légitimement plus d’ambitions que d’autres. Présentation des quatre premiers groupes, représentants de l’Asie de l’Ouest.

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Al-Nasr n’a pas fait dans la demi-mesure lors du dernier mercato estival. Le club saoudien s’est grandement renforcé en attirant dans ses filets sept pointures pour tenter de faire mieux qu’un simple huitième de finale (meilleur résultat du club en 2011). Le nouveau coach portugais, Rui Vitória, nommé début janvier, va pouvoir compter sur un attaquant de classe mondiale, le Nigérian Ahmed Musa, acheté pour plus de seize millions d’euros en provenance de Leicester. Mais aussi sur le Marocain Abderazak Hamdallah, déjà auteur de vingt-deux buts en dix-neuf apparitions sous ses nouvelles couleurs. Deux recrues de poids auxquelles s’ajoutent les arrivées de l’ailier marocain Nordin Amrabat (Watford), du gardien Brad Jones (Feyenoord Rotterdam), du défenseur central Maicon (Galatasaray), du milieu Petros (São Paulo) et surtout du meneur de jeu brésilien Giuliano en provenance du Fenerbahçe avec lequel il a brillé (quatorze buts en trente apparitions). Les joueurs d’Al-Nasr font figure de grands favoris de ce groupe A d’autant plus qu’ils sont en forme dans leur championnat où ils pointent à la deuxième place derrière le presque intouchable Al-Hilal de Bafetimbi Gomis. 

Il est difficile de deviner quel club terminera à la seconde place tant deux des trois autres équipes vivent actuellement une saison compliquée dans leur championnat respectif. Al-Wasl, troisième l’an passé aux Émirats arabes unis, se retrouve à plus de vingt points de la première place détenue par Al-Sharjah. Le coach roumain Laurențiu Reghecampf, intronisé en janvier, a pour objectif de redresser la barre et pourra compter sur un trio offensif de Brésiliens : Fábio Lima, Ronaldo Mendes et Canedo Caio. Depuis son arrivée, cela va un peu mieux. Trois victoires en quatre matchs de championnat mais une élimination en quarts de finale de la Ligue des Champions arabe par les Saoudiens d’Al-Ahli. Quant à lui, Zob Ahan, huitième de finaliste l’an passé et second du championnat iranien flirte dangereusement avec la zone rouge cette saison. De mauvaise augure à l’orée de l’ouverture de cette AFC Champions League. Cela peut s’expliquer par le départ d’un grand nombre de joueurs clés de la saison passée tels que l’avant-centre Morteza Tabrizi (vingt buts en quarante-deux matchs toutes compétitions confondues), l’ailier Ehsan Pahlevan ou encore le latéral Bakhtiar Rahmani pour ne citer qu’eux. Un grand nombre de pertes compensé par pas moins de seize arrivées. L’équipe est en totale reconstruction. L’AFC Champions League n’arrive peut-être pas au meilleur des moments pour Alireza Mansourian et ses hommes. 

Cela pourrait profiter au champion d’Irak en titre, Al-Zawraa, absent depuis douze ans d’une compétition dans laquelle il n’a jamais réussi à accéder aux huitièmes de finale. Actuellement quatrièmes de leur championnat, l’attaquant burkinabé Yahia Kébé (ex-Troyes notamment), l’international irakien Mohannad Abdul-Raheem (douze buts en quarante-quatre sélections) et leurs coéquipiers peuvent prétendre à jouer les trouble-fêtes dans un groupe très ouvert si l’on met de côté Al-Nasr.

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Sur le papier, Al-Ittihad fait office de favori dans ce groupe B. Mais seulement sur le papier. La crise est actuellement profonde et bien installée au sein du club saoudien. Al-Ittihad s’est tout récemment séparé de son entraîneur croate Slaven Bilić. Et pour cause, le double champion de l’AFC Champions League en 2004 et 2005 vit une saison catastrophique. Seulement neuvièmes au classement final en 2018 (ils doivent leur qualification en Champions League à la Coupe nationale remportée), les Saoudiens se retrouvent en énorme danger en pointant à l’avant-dernière place, à sept points du premier non relégable, alors qu’il ne reste plus que huit journées de championnat à disputer. Pourtant, le talent ne manque pas dans l’effectif. La star locale Fahad Al-Muwallad a marqué plus d’un tiers des buts de son équipe cette saison (huit sur vingt-deux) et a vu des joueurs étrangers confirmés le rejoindre. L’ailier cap-verdien Garry Rodrigues (Galatasaray), le milieu défensif Sékou Sanogo (Young Boys), le gardien Marcelo Grohe (Grêmio) et l’attaquant Aleksandar Prijovic (PAOK) ont profité du mercato d’hiver pour venir poser leurs valises au Moyen-Orient. Mais avec seulement deux victoires en sept matchs de championnat depuis leur arrivée, la mécanique n’est pas encore bien huilée. Pour tenter de sortir la tête de l’eau, c’est le Chilien José Luis Sierra qui a été nommé sur le banc de touche des jaunes et noirs tout récemment. 

Al Rayyan, Al-Wahda et le Lokomotiv Tashkent, tous les trois éliminés dès la phase de poules la saison dernière, sont prêts à profiter de la situation alarmante d’Al-Ittihad pour décrocher leur billet pour le tour suivant. Les Ouzbeks du Lokomotiv Tashkent ont échoué aux portes des huitièmes de finale en terminant troisièmes avec sept points, à égalité avec le Zob Ahan. Mais le club iranien a terminé devant grâce aux confrontations directes entre les deux équipes. Le Lokomotiv, triple tenant du titre en Ouzbékistan, a perdu deux de ses meilleurs buteurs à l’intersaison. Marat Bikmaev, quinze buts en trente-cinq apparitions toutes compétitions confondues l’an passé, a rejoint le rival Pakhtakor tandis que l’ailier Sardor Rashidov (dix buts en trente-sept matchs toutes compétitions confondues) est parti rejoindre le Vieux Continent et le club du Nacional au Portugal. Le coach Andrey Fedorov pourra néanmoins toujours compter sur Temurkhodza Abdukholikov, grand contributeur de la première place dans le sprint final des play-offs de son équipe avec quatre buts en dix matchs. Al Rayyan pourrait bien tirer son épingle du jeu dans ce groupe plutôt équilibré. C’est un habitué de la compétition depuis 2011 avec six apparitions en phase de groupes sur huit possibles. Chacune soldées par des déceptions. Mais le club qatari, troisième de son championnat en 2017-2018, peut compter sur sa recrue vénézuélienne Gelmin Rivas, arrivé il y a quelques semaines en provenance d’Al-Hilal, et qui a été déjà décisif en inscrivant un doublé pour son deuxième match en barrages contre le club iranien de Saipa (3-1). Le Turc Bülent Uygun pourra aussi compter sur une assise défensive intéressante composée, entre autres, de l’Uruguayen Gonzalo Viera, passé par Peñarol, et de l’international qatari né à Metz, Dame Traoré. 

Douze ans après s’être hissé jusqu’en demi-finale de l’AFC Champions League, Al-Wahda se prête à rêver d’un pareil dénouement cette saison. Mais la marche est haute. Très haute. Le club émirati n’a plus passé la phase de groupes depuis cette fameuse année 2007. Sixième de son championnat et déjà loin de la troisième place (à sept points), le Néerlandais Henk ten Cate et ses joueurs comptent profiter de la vitrine asiatique pour changer d’air. Pour cela, ils pourront compter sur leur duo sud-américain ô combien prolifique, qui marque plus de la moitié des buts de l’équipe en championnat. L’Argentin Sebastián Tagliabúe (quinze buts en dix-sept matchs) et le Brésilien Leonardo (dix buts) font office de fers de lance d’une équipe plombée par une défense qui encaisse en moyenne deux buts par matchs.

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C’est sans aucun doute le groupe le plus relevé de la partie ouest asiatique. Commençons par le quart de finaliste de la précédente édition, le champion du Qatar et le vainqueur de la Coupe de l’Émir du Qatar : Al-Duhail. Le club basé à Doha a enchaîné neuf victoires de suite en AFC Champions League 2018 pour finalement se faire éliminer au match retour des quarts de finale contre Persepolis, futur finaliste. Al-Duhail est un réel monstre sur le papier, extrêmement bien renforcé lors du mercato et qui combat une nouvelle fois pour le titre dans son championnat national avec Al-Sadd. Dans ses rangs, on retrouve cinq qataris vainqueurs de la Coupe d’Asie aux Emirats arabes unis. Le défenseur Bassam Hisham Al-Rawi, les milieux Assim Madibo et Karim Boudiaf, l’attaquant Ali Afif ainsi que le meilleur joueur de la compétition et meilleur buteur : Ali Almoez. Une ossature encore plus solide avec les arrivées cet hiver de Mehdi Benatia, acheté à la Juventus pour huit millions d’euros et de Shoya Nakajima, la pépite japonaise recrutée pour trente-cinq millions d’euros au club portugais de Portimonense. Sans oublier le serial buteur passé par Caen, Youssef El Arabi, auteur de soixante-quinze buts en soixante-trois match avec Al-Duhail depuis son arrivée en 2016.

L’autre ogre de ce groupe C est Al-Hilal. Le champion d’Arabie Saoudite possède un effectif étoffé, talentueux et expérimenté. Plusieurs internationaux saoudiens en font partie tels que Salman Al-Faraj et le joueur apparu trente-trois minutes avec Villarreal contre le Real Madrid l’an passé, Salem Al-Dawsari. Tous les deux ont été buteurs à la Coupe du Monde en Russie contre l’Égypte (2-1). Mais Al-Hilal détient d’autres armes encore plus tranchantes. L’ancien niçois Carlos Eduardo, au club depuis 2015, est la pièce tournante du onze titulaire. Il se fait un plaisir, depuis le début de la saison, de servir sur un plateau la recrue Bafetimbi Gomis, meilleur buteur actuel du championnat saoudien avec dix-sept réalisations en vingt-deux matchs. Le secteur offensif s’est de nouveau amélioré cet hiver avec les arrivées intéressantes de l’Espagnol Jonathan Soriano en provenance du Beijing Guoan et de l’Italien âgé de trente-deux ans, Sebastian Giovinco (Toronto). Cela a aussi bougé du côté du banc de touche puisque le technicien croate Zoran Mamić, ancien entraîneur du Dinamo Zagreb, vient tout juste d’être nommé à la tête du club à la place du Portugais Jorge Jesus. Il devra faire mieux que la précédente édition où Al-Hilal s’était fait sortir dès la phase de poules, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2006. Le club saoudien s’est incliné en finale à deux reprises, en 2014 contre les Wanderers de Sydney et en 2017 face aux Red Diamonds d’Urawa

Derrière ces deux mastodontes, on retrouve le club iranien d’Esteghlal, quart de finaliste en 2018. Emmenés par l’Allemand Winfried Schäfer en poste depuis octobre 2017, les Iraniens comptent bien engranger de nombreux points à domicile dans leur antre exceptionnel, l’Azadi Stadium, de plus de soixante-dix-huit mille places. Un stade dans lequel ils sont performants. Une seule défaite a été à déplorer lors de l’édition 2018. C’était en quarts de finale contre Al-Sadd. Avant cela, ils avaient remporté trois de leurs cinq matchs à domicile, contre deux matchs nuls. Le club de Téhéran pourra compter sur une solidité défensive assez impressionnante (huit buts encaissés en vingt matchs cette saison) emmenée par trois internationaux iraniens : Roozbeh Cheshmi, Vouria Ghafoori et Pejman Montazeri. Autre habitué de la compétition et dernier représentant de ce groupe C : Al-Ain. Ici encore, le coach a changé. Juan Carlos Garrido, remercié fin janvier par le Raja Casablanca, a atterri aux Émirats arabes unis mi-février pour parapher un contrat de six mois renouvelable. Al-Ain, tenant du titre au pays, a atteint les huitièmes de finale de la compétition en 2018. Son meilleur résultat remonte à la saison 2002-2003 où le club émirati avait remporté la première édition de l’AFC Champions League. L’international suédois Marcus Berg est la tête d’affiche de l’effectif avec déjà dix buts inscrits en treize apparitions en championnat. Autour de lui apparaissent de bons joueurs comme l’ancien toulousain Tongo Doumbia, le Brésilien Caio ou encore l’international japonais Shiotani Tsukasa. 

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Huitième de finale en 2015, demi-finale en 2017 et finale en 2018. Est-ce que l’année 2019 sera la bonne pour le FC Persepolis ? Le club de Téhéran, champion national, ne cesse de progresser au fil des années et est un prétendant au titre désigné. Son coach croate, Branko Ivanković, est en place depuis presque quatre années et compte bien continuer à faire progresser ses joueurs. L’effectif a peu évolué et est en partie composée de joueurs locaux, dont certains sont internationaux iraniens comme le gardien Alireza Beiranvand et l’ailier Mehdi Torabi. Une valeur sûre de ce groupe D.

Al-Sadd jouera aussi crânement sa chance dans cette poule. On parle ici d’un club qui s’est hissé jusqu’en demi-finale de la précédente AFC Champions League, qui a terminé deuxième de son championnat et qui roule actuellement sur tous ses adversaires au Qatar. Quatre-vingt-trois buts marqués contre seulement dix-sept encaissés en dix-huit matchs. La bande à Jesualdo Ferreira écrase tout. Son effectif est très riche. Gabi, l’ancien colchonero, a rejoint le club de la légende espagnole Xavi à l’intersaison et se régale au Qatar. Des joueurs d’expérience auxquels s’ajoutent les stars de la Coupe d’Asie 2019 nommées, entre autres, Akram Afif, Hassan Al-Haydos et Hassan Abdelkarim. Afif, vingt-deux ans, a terminé meilleur passeur de la compétition avec dix passes décisives et régale les suiveurs de toute son élégance technique. Il a déjà trouvé le chemin des filets à vingt-deux reprises en championnat. Sans oublier l’incroyable buteur algérien Baghdad Bounedjah qui en est déjà à trente-quatre réalisations en dix-huit matchs… Al-Sadd sera au rendez-vous.

Un rendez-vous que ne compte pas manquer Al-Ahli. Le club basé à Djeddah en Arabie Saoudite s’est fait sortir dès les huitièmes de finale en 2018 alors qu’il avait atteint les quarts de finale en 2017 et la finale en 2012. Cette saison, les Saoudiens comptent faire mieux en s’appuyant notamment sur un duo offensif qui marque plus de soixante pour cent des buts du club en championnat. Il est composé du Syrien Omar Al-Soma (quatorze buts) et du Capverdien Djaniny (treize buts), ce dernier acheté l’été dernier au Santos Laguna pour un peu plus de dix millions d’euros. L’Uruguayen Jorge Fossati, nouvel entraîneur d’Al-Ahli depuis début février, s’appuiera aussi sur deux joueurs chiliens fraîchement arrivés : le défenseur central Paulo Díaz (San Lorenzo) et le milieu Claudio Beza (Colo-Colo).

Dernier club de ce groupe D : le Pakhtakor Tashkent. Le club ouzbèk était absent de l’édition 2018, échouant lors des barrages. Cette fois-ci, ils se sont défaits d’Al-Quwa Al-Jawiya et d’Al-Nasr en play-offs pour s’offrir un ticket en phase de groupes. Cela va constituer leur quinzième campagne asiatique. Le club actuellement entraîné par le Géorgien Shota Arveladze est allé jusqu’en demi-finale en 2002-2003 et 2004, en quarts de finale en 2009 mais n’est plus sorti des poules depuis l’édition 2010. Cette année, il faudra faire sans le Brésilien Tiago Bezerra, meilleur buteur du club la saison dernière (dix-sept buts en trente et un matchs toutes compétitions confondues) parti rejoindre Al-Khor au Qatar, mais intelligemment remplacé par Marat Bikmaev dont nous avons parlé un plus haut. Il était la pièce maitresse du rival Lokomotiv Tashkent l’an passé et s’est déjà montré décisif par deux fois en barrages mi-février avec le Pakhtakor.

Jordan Bozonnet
Jordan Bozonnet
Journaliste sportif. Suit l’essor du football exotique pour @LucarneOpposee. Passé par @TournoiMRevello, @ledauphine et @oetl. 👨🏼‍🎓@EDJ_Nice.