Meilleur buteur mondial en sélection, légende locale, Ali Daei n’est pas simple joueur de football au pays de la Team Melli. Alors qu’il vient de célébrer ses 51 ans, portrait d’une légende.

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Chaque année, des millions d’Iraniens, Afghans, Kurdes, Azéris, Indiens et autres peuplades d’Asie centrale célèbrent le Norouz, synonyme de Nouvel An persan et de l’arrivée du printemps, le 21 mars. C’est le jour le plus important du calendrier, donnant lieu à de multiples fêtes, visites chez les voisins, nettoyage de printemps et surtout une table décorée des Haft Sîn, les Sept S. La tradition veut ainsi que l’on dispose sur la table sept objets commençant par la lettre S, ayant souvent une symbolique précise tel que Sîb, la pomme, qui représente la beauté et la santé ou Sekkeh, les pièces de monnaie, pour augurer d’une vie prospère. Vous l’aurez compris, ce jour est sacré en Iran, depuis l’époque achéménide, soit il y a à peu près 2 500 ans. Du coup, quelle plus belle coïncidence qu’en ce jour béni soit né le plus grand joueur iranien de tous les temps, le célèbre Ali Daei.

Éclosion rapide, parcours européen contrasté

Ali voit le jour à Ardabil, dans l’Azerbaïdjan iranien le 21 mars 1969. Très vite, ses bonnes prédispositions pour le football le poussent en équipe première du club de sa ville, l’Esteghlal Ardabil. S’ensuivent d’autres piges prometteuses au Taxirani et au Bank Tejarat avant de signer pour le géant local du Persepolis. Il y fourbit ses armes avant mais explose véritablement sur la scène internationale en claquant huit buts en Coupe d’Asie 1996, dont un quadruplé face à la Corée du Sud. Quelques mois au Qatar à Al-Sadd et c’est le promu allemand Arminia Bielefeld qui vient le chercher avec son compatriote Karim Bagheri. Ses bonnes performances lui valent un transfert vers la crème de la crème allemande, le Bayern Munich. S’il affiche des statistiques honorables, il est loin d’être le premier choix, barré par les bombers Elber, Jancker ou encore Zickler. Direction le Herta Berlin pour lui, son troisième club allemand en trois ans. Il fait partie du parcours surprise du club berlinois en offrant le but de la victoire contre Chelsea, devenant ainsi le premier iranien à scorer en Ligue des Champions, avant d’arracher le point du nul à San Siro contre le Milan AC. Sauf que, encore une fois, Daei est loin d’être un titulaire indiscutable et sa feuille de stats est famélique après trois saisons (douze buts en quatre-vingt-dix matchs…). Il se fait une raison et décide de revenir en Asie, continent de ses exploits. Après une pige à Al-Shabab (Émirats arabes unis), il revient au Persepolis avant d’enchainer deux saisons au Saba Battery et un dernier baroud d’honneur au Saipa.

Légende internationale

Mais, si Ali Daei est encore connu aujourd’hui, ce n’est pas pour son parcours en club, somme toute assez classique pour beaucoup d’espoirs asiatiques (rois dans leur pays, seconds couteaux en Europe), mais bien pour ses chiffres tout bonnement hallucinants. En 149 sélections, le bonhomme a atteint la bagatelle de 109 buts. S’il est fort probable que le cyborg Ronaldo le dépasse prochainement (il en est actuellement à 99), l’Iranien est longtemps resté bien seul du haut de son incroyable record. À quatre reprises, il dépasse les dix buts en équipe nationale sur une année civile dont vingt-deux en 1996 et vingt en 2000 ! Mais malgré ces chiffres vertigineux, deux taches viennent salir le tableau de chasse de Daei : il n’aura marqué aucun but en Coupe du Monde, malgré sa présence aux éditions de 1998 et 2006 ainsi que la fameuse victoire contre les États-Unis, et son palmarès international est poussiéreux, à peine agrémenté de breloques sans importances (un WAFF Championship, une coupe AFC/OFC et deux Asian Games). Même la Coupe d’Asie se refuse à lui. En 1996, ce sont les tirs aux buts qui sourient aux Saoudiens en demi-finale. Parti sur les mêmes bases en 2000, ses trois buts en poules seront effacés par une défaite cruelle face à la Corée du Sud en huitièmes. Lors de son dernier essai, en 2004, Daei se fait voler la vedette par Ali Karimi, ne marquant qu’un simple penalty avant de s’offrir un doublé pour la troisième place. Il pourra au moins se consoler de faire partie du podium des meilleurs marqueurs de l’Histoire. Ouvrant son compteur en 1993 face à Taïwan, il dépasse Ferenk Puskás en 2003 face au Liban avec son 85e. Le 17 novembre 2004, il en passe quatre au Laos, portant son total directement à 102, devenant également le premier joueur à atteindre la barre des cent buts en équipe nationale.

Sa carrière de coach fut plus mouvementée, faite plus de bas que de hauts. S’il remporte un championnat dès sa première année avec Saipa ainsi qu’un WAFF Championship en 2008 avec l’Iran, il va ensuite connaître une grosse traversée du désert à peine agrémentée de quelques Hazfi Cup. Finalement, son dernier trophée en date sera avec le Saipa en 2017, une nouvelle Hazfi Cup.

Alors que les Iraniens vivent un début de décade complètement pourri (escalade des tensions avec les États-Unis, avion abattu, coronavirus qui fait des ravages monstres au pays), ils peuvent se consoler en se disant que leur si précieux jour du printemps leur a également apporté un fils béni, lui qui depuis plus de quinze ans porte haut et fort les couleurs iraniennes dans l’histoire du football.