Les années soixante c’est la guerre froide, Kennedy, les Beatles, la conquête de l’espace ou encore mai 68. Dans le monde du football, c’est bien évidement le premier sacre de l’Angleterre en 1966 tandis qu’au Pérou c’est le début d’une génération dorée avec l’avènement de joueurs comme Hector Chumpitaz, Teófilo Cubillas, Roberto Chale, Victor Zegarra et l’un des meilleurs avant-centres que le pays n’ait connu : Pedro Pablo León.

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Une idole Blanquiazul et Blanquirroja

3 août 1969, Lima. Héctor Chumpitaz, le capitaine et défenseur de la sélection péruvienne, décide de sortir de sa surface balle au pied jusqu’à la ligne médiane, il lève la tête et envoie un long ballon vers la surface de réparation argentine. À l’autre bout du terrain, le neuf péruvien, Pedro León, réceptionne en contrôlant remarquablement de la poitrine entre Roberto Perfumo et Alfio Basile avant de pousser le cuire du bout du pied juste au-dessus du gardien Mario Agustín Cejas qui était sorti dans ses pieds. Le ballon retombe lentement dans les filets argentins. Nous jouons la 52e minute d’un bouillant match comptant pour les qualifications à la Coupe du Monde 1970 et le Pérou vient de creuser la tombe d’une Argentine qui ne verra pas le Mexique. Le premier fossoyeur n’est autre que le grand Pedro Pablo Perico León. Au match retour à Buenos Aires, c’est un doublé de Cachito Ramirez qui éliminera l’Argentine et envoie le Pérou au mondial mexicain.

Perico León arrive à l’Alianza Lima âgé de sept ou huit ans lorsqu’Alfonso De Souza Ferreyra, dirigeant du club de la Victoria, l’accueille chez lui. Une dizaine d’années plus tard, en 1960, il enfile la tunique blanche et bleu pour la première fois. Il occupera la pointe de l’attaque blanquiazul pendant dix saisons. Avec l’Alianza Lima, il remporte trois titres (1962, 1963 et 1965) et termine meilleur buteur du championnat péruvien en 1963 et 1967. Perico León était un buteur né. Il avait une aisance particulière pour contrôler le ballon de la poitrine dans la surface adverse avant de tirer au but. Un véritable cauchemar pour les défenseurs qui n’arrivaient pas à s’imposer physiquement face à ce puissant attaquant. En 1971, après dix saisons dans son club formateur, il décide de tenter sa chance à l’étranger, en Équateur où il joue deux saisons sous les couleurs du Barcelona de Guayaquil où il forme un duo létal avec la légende Alberto Spencer et remporte un titre (1971). Il est aujourd’hui considéré comme une idole et fait partie de l’histoire du club équatorien. Lors de son retour à l’Alianza en 1973, il marque quatre buts en un seul match contre le Sportivo Huracán d’Arequipa. Ce record attendra trente ans pour être battu par un certain Claudio Pizarro. cubillaspericoLeón portera ensuite les couleurs de Juan Aurich, Unión Tumán et du Deportivo Municipal avant de retourner à l’étranger, cette fois-ci au Venezuela. Il termine sa carrière en 1980 après trois saisons passées au Deportivo Galicia. Durant vingt années, Perico a levé les foules mais aussi forcé le respect de ses pairs. Après un match amical entre l’Alianza Lima et Santos, Pelé déclare « Si Perico était né au Brésil, il aurait été le roi ».

Après la gloire, l'anonymat

À trente-sept ans, Pedro León doit se refaire une vie après avoir raccroché les crampons au Venezuela, pays dans lequel il décide de rester. Il travaille dans différentes usines en tant qu’ouvrier. En 1984, il tente le rêve américain et part s’exiler aux États-Unis où il s’installe dans le New Jersey pour y fonder une famille. Il continue à travailler dans des usines de textile comme operateur de machine, passant le reste de sa vie l’anonymat, n’étant que parfois reconnu par d’autres exilés péruviens. En février 2020, il rentre s’installer au Pérou à la suite de problèmes de santé qui conduisent à son internement en hôpital fin avril. Atteint d’une pneumonie, d’arthrose et la maladie d’Alzheimer, le meilleur neuf de l’histoire rend son dernier souffle le 9 mai. Il avait soixante-seize ans.

Quatrième meilleur buteur de l’histoire de l’Alianza Lima, Pedro Pablo Perico León donnera désormais son nom au vestiaire principal de l’Estadio Alejandro Villanueva, autre légende de l’institution.