Considéré comme le meilleur joueur australien à avoir évolué en Europe, Harry Kewell a notamment porté les couleurs du Liverpool FC et du Galatasaray SK. Mais son passage le plus brillant, il l'a effectué avec Leeds United. À l'occasion du retour des Peacocks en Premier League, sous la direction de Marcelo Bielsa, Lucarne Opposée vous propose un flash-back sur sa carrière européenne.  

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Tout commence très jeune pour Harry Kewell. Originaire de Sydney, Harry va à l'école publique de Smithfield puis au lycée de St. Johns Park avant d'intégrer le lycée sportif de Westfield. Dans cet établissement, il commence à faire des compétitions scolaires et en profite pour signer sa première licence en club avec les Marconi Stallions. Il y joue en U13 et U15 sous la direction de Stephen Treloar. En parallèle, pour se perfectionner davantage, Kewell prend part à des formations spécifiques à la NSW Junior Soccer Academy dirigée par David Lee. À quatorze ans, le jeune adolescent quitte pour la première fois de sa vie son île natale afin d'effectuer un voyage pour représenter son équipe récemment victorieuse du championnat d'État.

La Thaïlande, l’Italie et l'Angleterre sont au programme de cette tournée. Les Stallions affrontent les juniors du Milan et également des équipes anglaises. Il profite de cette occasion pour aller voir son premier match de Premier League et goûter en live au football européen. Un an plus tard, le club de Leeds United lui propose de revenir en Angleterre pour un essai de quatre semaines dans le Yorkshire. Kewell accepte et prend la direction du Royaume-Uni avec son ami Brett Emerton. Leur essai respectif est positif, mais seul Harry peut rester en raison de l'obtention de son visa, accordé grâce à son père ressortissant britannique. La jeune promesse du foot australien débarque à quinze ans donc dans le Nord-Ouest de l'Angleterre pour finaliser sa formation.

Éclosion à Leeds

L'adolescent débarque donc au Royaume-Uni avec l'étiquette de future star. Mais pendant trois ans, Harry évolue avec les équipes de jeunes du club. La formation continue. Il se montre à son avantage comme lors de cette rencontre contre Rotherham où il inscrit un hat-trick. Kewell impressionne et rapidement il débute avec l'équipe première à Elland Road (défaite 0-1 vs Middlesbrough). En dépit de cette apparition dans le groupe pro, l'Australien continue son parcours en junior et remporte la FA Youth Cup 1997 contre Crystal Palace (3-1). Ce succès lui permet d'être incorporé dans l’effectif pour la saison 1997/98. Quelques semaines plus tard, il marque son premier but en pro face à Stoke City en League Cup (victoire 3-1). À cette époque, il fait de la colocation avec le jeune gardien Nicky Byrne. Ce dernier fonde le boys band Westlife en juin 1998 et quitte le football pour la musique. Pour sa première saison en pro, les résultats du club sont bons avec une cinquième position au classement général. Leeds possède déjà dans ses rangs plusieurs jeunes joueurs prometteurs et ambitieux (Bowyer, Harte, G. Kelly, P. Robinson) encadrés par des éléments plus expérimentés (Hasselbaink, N. Martyn, Radebe, L. Sharpe).  

Malgré un bon départ, George Graham quitte le club pour Tottenham et le poste vacant est confié à son assistant David O'Leary. L'ancien Gunner a terminé sa carrière à Leeds trois ans auparavant. Il connaît bien l'effectif et va réussir à améliorer la position des Peacocks en Premier League avec une brillante quatrième place. Kewell gagne ainsi ses galons de titulaires et enchante le flanc gauche de l'attaque de Leeds. Ses stats progressent aussi avec six buts et six passes décisives en championnat. O'Leary impose sa patte tactique sur cette jeune équipe. Il met en place un 4-4-2 simple mais efficace. La saison 1999/00 le confirme. Leader à onze reprises (en cumulé), Leeds s'offre un exercice de haut vol (troisième) avec une qualification pour la prestigieuse Champion's League. Une première depuis 1991/92 et le titre de champion de Cantona et sa bande. En parallèle, l'équipe atteint le dernier carré de la Coupe de l'UEFA. Cette double confrontation est très tendue et deux fans anglais sont assassinés la veille de la défaite aller face à Galatasaray (2-0 / 2-2) lors d'affrontements entre « supporters ». De son côté, Harry signe sa meilleure saison en pro (53 matchs, 17 buts et 20 assists). Honoré par le titre de Jeune joueur de l'année de la PFA, il figure également dans l'équipe type PFA de la saison. L'Inter essaie de le recruter mais l’offre de 25M£ est rejetée par les dirigeants qui ne veulent se séparer de leur joyau offensif.

« Viduka était un joueur fantastique, un de ceux avec lesquels il est facile de jouer. J'avais besoin d'un point d'ancrage, quelqu'un capable de me libérer des espaces. Et Mark faisait ça très bien, que ce soit avec Leeds ou la sélection. » - Harry Kewell  

Avec la qualification en Champion's League, le président du club Peter Ridsdale a la folie des grandeurs. La campagne de recrutement est massive avec les renforts de Olivier Dacourt, Robbie Keane et Mark Viduka. Handicapé par une blessure au talon d'Achille, Kewell rate le début de la saison 2000/01. Une fois rétabli, l'Australien bénéficie de l'arrivée de son compatriote. Cela permet à O'Leary d'ajouter une option tactique sans changer de système. Il replace Harry de l'aile gauche à l'axe de l'attaque et le fait tourner autour du target man de 188 cm. Dans son rôle de pivot, le natif de Melbourne attire les défenseurs et libère les espaces pour le feu follet gaucher. En Premier League, l'équipe démarre au ralenti. Elle est même bien calée dans le ventre mou du classement au soir de la phase aller (douzième). Mais la phase retour est synonyme de comeback dans les hautes sphères avec notamment une longue série d'invincibilité (treize matchs, dix victoires et trois nuls) pour accrocher le Top 4. Pour sa première participation à la Champion's League, Leeds atteint les demi-finales. Après deux phases de groupes (Barcelone, Beşiktaş et AC Milan puis Anderlecht, Lazio et Real Madrid), les Anglais sortent La Corogne (3-0 / 2-0) mais tombent face à un Valence plus réaliste et habitué aux compétitions continentales (0-0 / 3-0). Une déception pour Leeds qui méritait mieux.

À l'intersaison suivante, le club continue de se renforcer sans dégraisser son effectif. Le bilan achat / vente est largement déficitaire. L'incapacité de l'équipe à se qualifier pour la Champion's League (cinquième) et la gestion désastreuse de Peter Ridsdale emmènent Leeds dans le gouffre. À l'aube de la saison 2002/03, le club est obligé de vendre ses meilleurs talents afin d'éponger le déficit. Ainsi, Rio Ferdinand (£30M), Robbie Keane (£7M), Jonathan Woodgate (£9M) ou Robbie Fowler (£7M) sont vendus dans l'urgence. Avec plus de £100M investis pour zéro trophée, O'Leary paie la note et quitte son poste, viré par Ridsdale. Avec cet effectif amoindri, son remplaçant Terry Venables débute bien le championnat mais rapidement la machine s'enraye. En dépit d'une grosse saison de Kewell et Viduka (34 buts sur les 58 inscrits par l'équipe), les Lillywhites sombrent dans les profondeurs du classement (quinzième). Le club se sauve de justesse et doit continuer à vendre ses meilleurs éléments pour éviter la faillite. Après huit ans, Kewell quitte le club non sans quelques déclarations fracassantes sur le staff notamment l'équipe médicale.

Contraste à Liverpool

Sur le marché des transferts, Harry attise les convoitises. Plusieurs ténors du foot européens se pressent pour l'attirer dans leur rang. Arsenal, Barcelone, Chelsea, Manchester United et le Milan tentent leur chance. Sans succès. Fan de Liverpool depuis son enfance, l'Australien n'hésite pas une seconde et enfile la tunique des Reds frappé du N°7. Sur les bords de la Mersey, Kewell se met rapidement les fans dans la poche en inscrivant son premier but contre Everton pour une victoire (0-3) à Goodison Park. Le nouvel ailier gauche de l'équipe réussit une belle première saison à Anfield. Ses stats sont intéressantes (onze buts) et son temps de jeu conséquent (quarante-neuf matchs) malgré la concurrence en attaque. Les événements se compliquent au début de la saison suivante. Rafa Benítez succède à Gérard Houiller. L'arrivée de l'Espagnol redistribue les cartes et, malheureusement, Harry se blesse et ne retrouve pas son efficacité passée. Si son temps de jeu est limité en championnat, il reste un membre incontournable en Europe avec douze apparitions sur treize rencontres. Une blessure le contraint à déclarer forfait pour le quart de finale mais ne l'empêche pas de disputer la finale. Cependant, ses adducteurs cèdent dès la 23e et Vladimír Šmicer le remplace. Sifflé (injustement) à sa sortie, Kewell assiste au miracle d'Istanbul depuis les tribunes du stade olympique Atatürk (3-3 / 2-3 tab). Avec ce succès, il devient le premier joueur originaire d'Australie à gagner la C1. 

« Une finale de Ligue des champions c'est le plus gros match qu'un footballeur puisse jouer. Avec la finale de la Coupe du monde, bien sûr, mais disons que c'est difficile pour un Australien d'atteindre ce niveau-là ... Benítez avait décidé de me titulariser et j'étais donc déterminé, prêt à profiter de ce grand moment. Et puis tout a volé en éclat avec cette blessure. » - Harry Kewell

Sur le flanc pendant une bonne partie du début de la saison 2005/06, Harry n'effectue son retour qu'en novembre 2005. Dès sa réapparition dans le groupe, il rejette dans les médias les accusations concernant la gravité de sa blessure et son éventuelle simulation en finale quelques mois auparavant. Touché dans son orgueil, Kewell est déterminé à prouver son vrai niveau aux fans du club et aux observateurs. Et il régale. Distributeur de caviars, il sert à merveille ses attaquants (Cissé, Crouch, Fowler, Morientes ou Sinama-Pongolle). Ses performances éloignent les mauvaises prestations passées. Quand il est en forme, l'Australien est un top player. Élégant, raffiné, rapide et précis, le gaucher sait aussi user de la puissance quand il s'agit de faire trembler les filets adverses. Il ajoute une FA Cup à son palmarès après avoir triomphé en finale contre West Ham United. Les Hammers, rejoints à la dernière minute suite à un tir longue distance de Stevie G. au Millenium de Cardiff, laissent échapper une quatrième victoire en Cup lors de la séance de tirs au but (3-3 / 3-1 tab). Ennuyé par une blessure en finale, Harry lutte pour être prêt pour la Coupe du Monde 2006. Remis à temps, il est à nouveau sur le flanc pendant la compétition. Blessé au pied, son absence est plus grave que prévue. Touché par une infection bactérienne des articulations de son pied gauche, l'Australien subit quasiment une saison blanche (2006/07) avec seulement trois matchs au compteur dont la finale de Athènes (ou le remake de 2005), cette fois remportée par le Milan (2-1).

Blessé au début de la saison 2007/08, son avenir liverpuldien s'inscrit désormais en pointillé. Ses problèmes physiques récurrents prennent le pas sur ses bonnes performances (quand l'Australien est en bonne condition). De retour dans l'effectif, Rafa Benítez l’installe sur le banc pour lui redonner progressivement du temps de jeu. Auteur de bonnes rentrées, il regagne la confiance de son coach. Une excellente prestation à Marseille en Champion's League où il offre deux buts à Torres et Kuyt (0-4) dissipe encore un peu plus les doutes sur sa capacité à retrouver ses meilleures sensations. Une prolongation de contrat est même à l'étude si Kewell parvient à ne pas se blesser jusqu'à la fin de la saison. Pas toujours titulaire, l'Australien tente d'enchaîner les minutes avec son équipe nationale. Mais, au retour d'un match à Singapour, il revient avec une blessure à l'aine. Encore indisponible pour plusieurs semaines, Liverpool lui indique son intention de ne pas renouveler son contrat à l'issue de la saison. Harry doit chercher un nouveau club. Son bilan à Liverpool est contrasté. Gâché par de nombreuses blessures, son talent n'a été visible que par intermittence. Pourtant, la saison 2005/06 a démontré que Kewell avait les qualités pour évoluer dans une équipe du "Big 4" de Premier League.

Seconde jeunesse en Turquie

Champion de Turquie en titre, Galatasaray lui offre deux ans de contrat. Un choix critiqué autant par les fans du Cimbom que par ses anciens coéquipiers dont certains n'ont pas oublié les affrontements en marge de la demi-finale aller de Coupe de l'UEFA. Harry s'en explique dans une lettre ouverte pour apaiser les tensions et expliquer sa décision. Et comme avec Liverpool, il gagne immédiatement la confiance des supporters en marquant un but vingt secondes seulement après son entrée en jeu lors de la Super Coupe de Turquie. Plus tard, il donne une passe décisive à Shabani Nonda pour offrir la victoire aux siens contre Kayserispor (2-1). L'adaptation à son nouvel environnement est réussie. Tout se passe bien jusqu'à une nouvelle blessure. Cette fois, c'est une hernie inguinale qui nécessite une intervention chirurgicale. En dépit de son absence, Galatasaray maintient ses bonnes performances. De retour dans l'équipe, il se distingue d'un superbe but de trente-cinq mètres contre Bordeaux en Coupe de l'UEFA (0-0 / 4-3). Au tour suivant, face à Hambourg, il doit reculer en défense centrale pour suppléer Emre Aşık exclu. Harry remplit son nouveau rôle de manière convaincante. D'ailleurs, son coach (Bülent Korkmaz) réédite l'expérience au match retour et Kewell marque même sur penalty (1-1 / 2-3) mais c'est insuffisant pour continuer l'aventure. Devancé en championnat par Beşiktaş, Galatasaray doit abandonner son titre de champion. 

« C'est agréable d'être apprécié. C'est agréable d'être apprécié non seulement en tant que footballeur, mais aussi en dehors du travail. » - Harry Kewell, à propos des messages de soutien de la part des fans de Galatasaray après son départ du club

Au cours de la saison 2009/10, l'Australien réalise un très bon exercice. Aligné en pointe de l'attaque pour substituer l'absence de Milan Baroš, longtemps handicapé par une blessure de longue durée, Kewell marque quatorze buts en vingt-huit matchs toutes compétitions confondues. Dirigé par Frank Rijkaard, Galatasaray ne parvient pas à remporter la Süper Lig et doit se contenter de la troisième position. Cependant, la bonne saison du N°19 lui permet de conquérir un nouveau contrat d'un an et, malgré l'intérêt du club de A-League Gold Coast United, il prolonge son séjour sur les rives du Bosphore. Son coéquipier avec les Socceroos, le rugueux défenseur Lucas Neill débarque également à Istanbul. Mais la saison ne se déroule pas de la meilleure des manières. Rijkaard est limogé, remplacé par une ancienne gloire locale le Roumain Gheorghe Hagi. Malgré ce remplacement, les performances ne s'améliorent pas vraiment. Le Maradona des Carpates subit le même sort que son prédécesseur et doit quitter le banc du Ali Sami Yen seulement cinq mois après son arrivée. Relégué à la huitième position, le club le plus titré de Turquie n'offre pas de nouveau contrat à son magicien australien. « Büyücü Harry » dispute donc son dernier match stambouliote contre Konyaspor. Le bilan de son passage est globalement positif avec des stats honorables (91 matchs pour 34 buts et 19 assists) et surtout, il est devenu l'un des joueurs préférés des fans et des dirigeants. Son professionnalisme, son caractère enjoué et charmant lui ont permis de laisser une superbe image à Galatasaray.

Son parcours européen prend ainsi fin en 2011 avec cette dernière expérience turque. De retour en Australie seize ans après son départ du pays-continent, Harry Kewell poursuit sa carrière au Melbourne Victory et Melbourne Heart entrecoupée d'une très courte pige à Al-Gharafa. Gaucher à la technique pure et fine, sa carrière a été gâchée par de (trop) nombreuses blessures qui ne lui (nous) ont pas permis de profiter de ce génial talent venu de l'autre bout du Monde.