À bientôt trente-quatre ans (il les fêtera en janvier prochain), Luis Suárez a encore faim. Après six ans en Catalogne, son appétit reste intact malgré un palmarès gargantuesque qui aurait pu le rassasier. Mais l'Uruguayen a toujours les crocs et l'Atlético de Simeone lui offre une belle opportunité de se régaler. L'occasion pour Lucarne Opposée de revenir sur sa carrière européenne.

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Natif de Salto, située dans le Nord-Ouest du pays sur la rive gauche du Río Uruguay face à la ville de Concordia en Argentine, Luis Suárez voit le jour en 1987 comme un certain Lionel Messi (son futur coéquipier au Barça). Sa famille est nombreuse, il a six frères, et pauvre. Ses parents ont beaucoup de mal à boucler les fins de mois. Très vite, il se passionne pour le football. Une anecdote résume bien cette folle passion pour le ballon rond : une voiture lui roule sur le pied et lui brise le cinquième métatarse, mais le garçon continue de jouer dans la cour de l'école malgré sa fracture. Il initie son parcours footballistique au Deportivo Artigas. Mais en 1994, la famille déménage pour Montevideo. Dans la capitale, le jeune garçon joue dans la rue. Cet apprentissage « sauvage », comme beaucoup de footballeurs originaires d'Amsud, lui est bénéfique quand plus tard il arrive en club. Rapidement, ses parents divorcent et sa mère s'occupe toute seule de ses enfants. À onze ans, il intègre les équipes de jeunes du Nacional, l'un des plus grands clubs du pays avec leurs rivaux de Peñarol. Cependant, son adolescence est turbulente. En dépit de son âge juvénile, il aime faire la fête et boire. Son attitude n'est pas jugée adéquate par l'un des responsables du centre de formation de l'époque, Wilson Pirez. Ce dernier le remet sur les bons rails et Luis décide de plus s'impliquer dans ses entraînements pour réaliser son rêve.

« Depuis que je suis petit, j’ai beaucoup souffert, mon rêve c'était d'être professionnel. Mon caractère ? J'ai eu une enfance difficile. Quand j'étais petit, mes parents achetaient ce qu'ils pouvaient avec leurs moyens et rien de plus. J'ai tiré de la force de tout cela, mon caractère vient de cette enfance difficile ». - Luis Suárez

Déjà amoureux de sa future femme Sofía depuis ses quinze ans, Suárez cherche à gagner de l'argent pour lui rendre visite. Elle réside alors en dehors de Montevideo. De la vente de cartes téléphoniques à la demande d'émoluments non officiels aux dirigeants du club, tout est bon pour grapiller quelques billets. Plus sérieux et concerné par sa carrière, l'attaquant continue sa formation jusqu'en 2005. Pour son premier match pro, Luis débute par la Libertadores contre les Colombiens de Junior. Quelques mois plus tard, il ouvre son compteur but et participe à la victoire en championnat du Nacional grâce à ses dix réalisations en vingt-sept matches. Mais un événement va précipiter son départ en Europe. Sofía et sa famille déménagent en Europe pour commencer une nouvelle vie. Quand il apprend la nouvelle, Luis est dévasté. Cela fait ressurgir plusieurs traumatismes comme le divorce de ses parents ou le départ de Salto où il laissé plusieurs amis d'enfance derrière lui. Grâce à son agent, Daniel Fonseca, il peut rendre visite à Sofía mais une opportunité va lui permettre de rejoindre le Vieux Continent précocement. Ses bonnes performances attirent les clubs européens. Cependant, son futur club le recrute un peu par hasard. Venus repérer un autre joueur, les Néerlandais de Groningue sont épatés par le buteur du Bolso. Après avoir obtenu et transformé un penalty, Suárez marque un superbe but. Suffisant pour convaincre les dirigeants bataves de poser 800 000 € sur la table pour l'attirer en Europe. Une superbe opportunité pour Luis de se rapprocher de Sofía, installée à Barcelone.

Les Pays-Bas comme tremplin

À seulement dix-neuf ans, et après une seule saison pro dans les jambes, Suárez s'engage donc avec le FC Groningue pensionnaire en Eredivisie. L'adaptation est difficile. L'Uruguayen ne parle pas anglais, encore moins le néerlandais. Son intégration est facilitée grâce à la présence dans l'effectif de son compatriote Bruno Silva. Le défenseur l'aide à prendre ses marques dans sa nouvelle équipe et au mode de vie européen. De son côté, le nouvel arrivant met les bouchées doubles. Il travaille dur pour apprendre le néerlandais. Grâce à ses efforts, il gagne le respect de ses coéquipiers bluffés par son application hors terrain. Sur le rectangle vert, le Sud-américain fait son job : marquer des buts. Néanmoins, le tempérament sanguin du buteur lui joue des tours. En janvier 2007, lors d'une série de cinq matchs, il inscrit quatre buts mais reçoit trois cartons jaunes et un rouge. Malgré ses problèmes disciplinaires, Suárez se surtout fait remarquer pour ses buts. Lors de la victoire à domicile contre Vitesse (4-3), il remporte un penalty et marque un doublé dans les dix dernières minutes. Pour sa première saison, son bilan est positif avec un total de dix buts en vingt-neuf rencontres de championnat. L'Ajax, club formateur et post-formateur, flaire le bon coup. L'équipe d'Amsterdam, séduite par le potentiel de l'attaquant, propose 3.5M € pour s'attacher ses services. Une offre refusée par Groningue. Pour faciliter son transfert vers les Lanciers, l'Uruguayen porte l'affaire devant la commission d'arbitrage de la Fédération royale néerlandaise de football (KNVB). La requête est rejetée mais le même jour, l'Ajax augmente son offre à 7,5M€ et Groningue accepte le deal avec une énorme plus-value à la clé.  

Un an après son arrivée en Europe, Luis Suárez rejoint déjà l'un des plus grands clubs du Continent. À Amsterdam, son essor continue de prospérer. Et il confirme les espoirs placés en lui par les dirigeants amstellodamois. Associé en attaque à Klaas-Jan Huntelaar, Luis montre toute son efficacité devant le but. Lors de cette saison, il inscrit dix-sept buts en trente-trois matchs de Eredivisie dont un doublé contre Heerenveen et son premier triplé en carrière contre Willem II. Insuffisant pour empêcher le PSV Eindhoven de glaner le titre. Lors de la saison suivante, l'efficacité de l'Uruguayen s'améliore encore avec un meilleur total (vingt-deux buts en trente-et-un matchs) mais son comportement laisse à désirer. Il accumule les cartons jaunes, synonymes de suspension. Il récolte une autre suspension, par son club cette fois, pour s'être battu à la mi-temps d'un match avec son coéquipier Albert Luque. Marco van Basten s'irrite de cette mauvaise conduite et des absences qui en découlent. Il faut dire que l'importance du buteur dans l'équipe n'est plus à démontrer. D'ailleurs, il est élu Joueur de l'année par les supporters de l'Ajax. Et après une troisième place au classement des buteurs en 2008/09, Luis prend la seconde position derrière Mounir El Hamdaoui. Au début de l'exercice suivant, Martin Jol remplace l'ancien triple Ballon d'Or (1988, 1989 et 1992) à la tête de l'équipe et le nouveau coach prend une décision forte : suite au départ de Vermaelen à Arsenal, il nomme Suárez capitaine. Avec le brassard, le n°9 flambe. Sa saison 2009/10 est remarquable. Les buts défilent à la vitesse grand V : doublés, triplés, un quadruplé et même un sextuplé face à une équipe amateure en Coupe des Pays-Bas. Une compétition remportée contre le Feyenoord Rotterdam (2-0 / 4-1) où il claque un doublé au match retour et synonyme de premier trophée avec son club. En février 2010, Luis Suárez marque un but sensationnel contre le RKC Waalwijk : après avoir éliminé cinq adversaires, il trompe finalement le gardien d'une talonnade géniale.

« Luis est imprévisible, il se laisse difficilement influencer mais c'est aussi ce qui le rend attachant, voire spécial ». Marco van Basten, son entraîneur à l'Ajax

Cependant, tous ces buts (quarante-neuf en quarante-huit matchs toutes compétitions confondues) ne suffisent pas à ramener le titre à Amsterdam. Un trophée absent depuis 2004 soit la plus longue période de disette du club depuis le début des années 1960. Néanmoins, à titre personnel, il glane un nouveau trophée de Joueur de l'année par les supporters et également celui de Joueur néerlandais de l'année. La nouvelle saison débute sur les chapeaux de roue avec sa centième réalisation sous les couleurs des Godenzonen contre le PAOK (1-1). Il entre alors dans le club très fermé des buteurs à cent buts ou plus de l'Ajax où figurent également Johan Cruyff, Marco van Basten et Dennis Bergkamp. L'Uruguayen continue sur un rythme effréné. Cependant, il refait parler de lui pour son mauvais comportement. Lors du choc contre le PSV (0-0), il mord Otman Bakkal à l'épaule. Suspendu par le club pour deux rencontres, il écope aussi d'une amende reversée à une œuvre de charité. Mais la polémique enfle. Le quotidien néerlandais De Telegraaf le surnomme le « cannibale de l'Ajax » et la fédération porte sa suspension à sept matchs. Luis s'excuse avec une vidéo publiée sur Facebook. Pendant son absence prolongée, l'Ajax accepte une offre de 26,5 M € de Liverpool. En dépit de ses récents problèmes disciplinaires, Suárez reçoit un bel hommage de la part de son désormais ancien club. Il remercie ses différents entraîneurs pour ses progrès niveau footballistique et personnel. Il quitte le club avec cent-onze buts au compteur en cent-cinquante-neuf apparitions et un statut de légende puisqu'il s'est hissé à la seconde place du classement des meilleurs buteurs étrangers derrière Jari Litmanen.

Faire oublier El Niño

Arrivé dans les dernières heures du mercato hivernal, son transfert est devenu le plus élevé du club jusqu'à l'arrivée d'Andy Carroll quelques heures plus tard. L'Uruguayen a expressément demandé à porter le n°7 comme quelques anciennes légendes des Reds telles que Kenny Dalglish, son nouveau manager, Kevin Keegan ou encore Peter Beardsley. Quand il arrive sur les rives de la Mersey, il doit faire oublier Fernando Torres parti pour Chelsea. Liverpool compte beaucoup sur son nouveau duo d'attaque pour faire remonter l'équipe au classement. Seulement seize minutes après sa première apparition à Anfield, sous l'ovation du Kop, il inscrit son premier but en dribblant le gardien de Stoke City. Suárez se met également en évidence lors du derby contre Manchester United en délivrant deux assists pour Dirk Kuyt. Vite adopté, le public liverpuldien adore ses dribbles, sa vivacité, sa capacité à harceler les défenses adverses et sa combativité à toute épreuve. Lors de cette demi-saison, l'adaptation est express et il est l'un des meilleurs joueurs du club qui passe de la douzième à la sixième position. Après une Copa América survolée de la tête et des épaules, où il est logiquement élu meilleur joueur de la compétition (remportée par l'Uruguay pour la première fois depuis 1995), Luis poursuit sur sa lancée notamment contre Sunderland et Arsenal. Mais un fait de match va dérégler la machine. À l'issue du match contre United, Patrice Évra l'accuse de racisme. Après une enquête de la FA, et malgré ses dénégations, la fédération le condamne coupable de « paroles et/ou comportements abusifs et/ou insultants contraires aux règles de la FA ». Il écope de huit matches de suspension et d'une amende de 40 000 £. La suite de sa saison est inférieure à ses précédents standards, mais il remporte la League Cup contre Cardiff (2-2 ap / 2-3 tab) et offre deux buts à l'emblématique capitaine des Reds Steven Gerrard. En finale de FA Cup, Liverpool ne double pas la mise et laisse le mythique trophée à Chelsea (2-1). 

Lors de l'exercice suivant, le Sud-Américain réalise un début de saison époustouflant avec la bagatelle de onze buts en seize matchs (toutes compétitions confondues) dont une magnifique réalisation contre Newcastle où il effectue un contrôle aérien orienté suite à une longue ouverture de José Enrique qui lui permet d'éliminer Coloccini et de se présenter seul devant Krul. Ce dernier est facilement effacé d'un crochet et ne peut l'empêcher de conclure dans le but vide. Pourtant, malgré cette efficacité dantesque, Liverpool reste englué dans la seconde partie de Premier League. La suite de la saison se déroule sur le même modèle. Le n°7 claque but sur but mais son équipe ne parvient pas à en tirer avantage. Les Reds terminent à la septième position du classement et Suárez échoue juste derrière Robin van Persie pour le titre de meilleur buteur. Il remporte une nouvelle fois le trophée honorifique de Joueur de l'année de l'équipe par les supporters, mais un nouvel événement va entamer un lent et douloureux divorce entre les deux parties. Plus tôt dans la saison, Luis s'illustre à nouveau contre Chelsea (2-2) en égalisant dans le temps additionnel et pour avoir mordu le défenseur serbe Branislav Ivanović. Pour la seconde fois dans sa carrière, il défraie la chronique. Cet incident arrive jusqu'aux sommets de l'État Britannique et David Cameron, Premier ministre à l'époque, demande une grande sévérité dans la sanction. La punition initiale de la FA de trois matchs de suspension est portée à dix plus une amende de la part de son club. Les fans sont irrités par ce comportement et Luis évoque un départ de Liverpool évoquant une promesse de transfert en cas de non-qualification pour la Champion's League. Un psychodrame s'installe, Brendan Rodgers et John W. Henry opposent une fin de non-recevoir à leur buteur vedette.

« Il est difficile de se préparer contre lui parce qu'il est imprévisible dans la façon dont il joue. Je pense que si vous regardez Ronaldo et Messi, vous connaissez leur point faible et leur point fort. Il est difficile de les arrêter ne vous méprenez pas, mais vous savez dans une certaine mesure qui vous allez affronter. Avec Suárez, c'est vraiment difficile. En tant que défenseur, je suis sûr qu'il est difficile à marquer ». - Wayne Rooney

Après plusieurs semaines de tumulte, tout semble rentrer dans l'ordre quand le goleador revient sur sa position et décide de rester dans le Nord-Ouest du Royaume. Dès son retour à Melwood, il s'excuse auprès de ses coéquipiers mais pas auprès de son coach. Après avoir purgé sa suspension, il est de retour dans l'équipe. Et les buts affluent à nouveau. Après un quadruplé contre West Bromwich Albion, la BBC publie une stat selon laquelle il a mis un triplé tous les 20,3 matchs de Premier League, soit le meilleur ratio des quarante-six joueurs à avoir marqué plus d'un triplé. Contre Norwich City, il devient le premier joueur de l'histoire de la Premier League à marquer trois triplés contre le même club et porte son record de buts face aux Canaries à onze en cinq matchs grâce à un nouveau quadruplé. Sa bonne forme est récompensée par une prolongation de contrat. Grâce à son réalisme, il égale ou dépasse plusieurs records comme les vingt buts ou plus lors de deux saisons consécutives (1994/95 et 1995/96) et les vingt-huit buts en Premier League de Robbie Fowler, comme les trente buts de Ian Rush (1986/87), et, avec trente-trois réalisations, il est le septième joueur (Andy Cole, Alan Shearer, Kevin Phillips, Thierry Henry, Cristiano Ronaldo et Robin van Persie) à atteindre cette barre mythique en PL. Nommé pour la seconde consécutive dans la liste du Meilleur Joueur PFA de l'Année, l'Uruguayen empoche la mise et devient le premier non-européen à remporter ce prix. Les récompenses continuent d'affluer avec les titres de Meilleur Joueur de la saison de la Premier League, meilleur buteur et même Soulier d'or européen (partagé avec CR7). En dépit de cette réussite, Liverpool échoue dans la conquête du titre mais se qualifie pour la Champion's League. Ses performances lui vaudront les éloges de son manager : « Suárez a montré, lors de son séjour à Liverpool l'année dernière, qu'il est presque injouable. Il peut, à lui seul, occuper une défense grâce à ses mouvements et à son intelligence ».

Barcelone, une évidence

Mais en dépit des louanges de Brendan Rodgers, l'Uruguayen opte pour le FC Barcelone. Lassé de ne pas garnir son palmarès avec son ancien club, il signe un contrat de cinq ans et choisit le n°9. Pourtant, ses débuts sont différés suite à une énième morsure à l'encontre de Giorgio Chiellini lors de la Coupe du Monde 2014. Suspendu quatre mois, Luis doit patienter jusqu'à fin octobre pour étrenner sa nouvelle tunique Blaugrana face au Real dans un Clásico dominé par les Merengues (3-1) malgré une assist pour Neymar. Avec Léo Messi et le Brésilien, ils forment un trio d'attaque infernal rapidement surnommé « MSN » par les médias. Les trois compères marquent beaucoup et Suárez récolte les compliments de son coach, Luis Enrique, après une victoire (2-1) contre les coéquipiers de Sergio Ramos : « Très peu de joueurs peuvent marquer un but comme lui, et c'est pourquoi nous l'avons engagé. Il peut décider des matchs. C'est un pur buteur, qui a besoin de très peu pour terminer ». Après avoir acquis le titre de Champion d'Espagne et la Copa del Rey contre l'Athletic Bilbao (3-1), le néo barcelonais participe activement à la très belle campagne européenne. En quarts de finale de Champion's League, il humilie David Luiz en lui collant deux petits ponts lors de chacun de ses buts. Et en finale, contre la Juventus, il reprend victorieusement une tentative de Messi repoussée par Gigi Buffon pour s'offrir la Coupe aux grandes oreilles. Pour sa première saison en Espagne, il termine avec vingt-cinq buts en quarante-trois rencontres (toutes compétitions confondues) et la « MSN » inscrit le plus grand nombre de buts en une saison pour un trio offensif dans l'histoire du football espagnol avec cent-vingt-deux unités.  

« Tout le monde connaît la relation que j'ai avec Leo. Quand je suis arrivé à Barcelone, ils m'ont dit de faire attention avec Leo parce que je suis un attaquant. Mais durant le temps que nous avons passé ensemble, nous avons essayé de faire de notre mieux ». - Luis Suárez   

La saison 2015/16 est incontestablement sa plus réussie en Catalogne. Non seulement, il remporte à nouveau plusieurs titres comme la Super Coupe de l'UEFA face à Séville (5-4), la Coupe du monde des clubs, la Liga ou encore la Copa del Rey mais il améliore nettement son total de buts en une saison. Avec cinquante-neuf réalisations dont quarante en championnat auxquels il ajoute seize passes décisives (à égalité avec Messi), l'Uruguayen signe sa meilleure performance en carrière et rafle le titre de Pichichi et celui du (co-)meilleur passeur décisif. Une performance encore ponctuée de plusieurs records : premier joueur à marquer quatre fois en deux matches consécutifs dans l'histoire de la Liga, le deuxième joueur de l'histoire du club à atteindre le cap des trente-cinq buts en une seule saison ou aussi le premier joueur depuis 2009 à remporter à la fois le Pichichi et le Soulier d'or européen, à l'exception de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Le Barça régale et domine le Royaume d'Espagne de la tête et des épaules. La « MSN » bat même son propre record avec cent-trente-et-un buts en une saison. La saison 2016/17 de Luis Suárez est de très haut niveau même si son bilan est inférieur à la précédente. Cependant, la barre était vraiment haute. Le FC Barcelone ne réédite pas un exercice aussi abouti que les précédents et s'offre même une mini-crise après une défaite contre City (3-1) et quatre matchs nuls consécutifs en Liga (0-0 et trois fois 1-1). Cela laisse le titre vacant pour le Real. Mais l'exploit de leur saison intervient en Europe après une large défaite au Parc des Princes (4-0), les Catalans retournent la situation au Camp Nou et écrivent l'histoire en réalisant une remontada d'anthologie (6-1). Cependant, cet exploit est sans lendemain et les coéquipiers de Messi stoppent leur course en quarts (3-0 / 0-0) à Turin. Le nouveau succès en Copa del Rey contre Alavés (3-1) n'enlève pas le goût amer de cette saison marquée par le doublé C1 / Liga du rival madrilène.

Le début de la saison suivante est marqué par le départ de Neymar Jr au PSG pour la somme record de 222M €. C'est la fin d'une ère à Barcelone. Une époque dorée où le trio magique a enflammé les pelouses espagnoles et européennes et dont le bilan est hors norme avec trois-cent-soixante-quatre buts et deux-cent-onze assists. Malgré ce départ, compensé par les arrivées de Ousmane Dembélé en été et Philippe Coutinho en hiver, le Barça repart à la conquête de la Liga. Les nombreux buts de l'Uruguayen sont décisifs dans l'obtention de cette nouvelle couronne nationale. Pour la sixième année consécutive, El Pistolero dépasse la barre des 30 buts et devient l'un des dix meilleurs buteurs de l'histoire du club espagnol. Luis se montre également très altruiste. Buteur complet, il sait également se muer en passeur décisif pour faire profiter ses coéquipiers des différences créées par ses appels et mouvements incessants. Cependant, la campagne européenne est à nouveau le théâtre d'une remontada. Mais cette fois, les Catalans en font les frais face à une Roma vraiment magica (1-4 / 3-0). Quelques jours après cette terrible déception, Barcelone se console (un peu) avec une nouvelle Copa del Rey remportée contre Séville (5-0). Âgé de trente-deux ans, le goleador continue de se montrer prolifique même si son total personnel est légèrement inférieur aux années précédentes et il en profite pour intégrer le top 4 des meilleurs buteurs de l'histoire du FC Barcelone (derrière Lionel Messi, César Rodríguez et László Kubala). Malgré une qualité de jeu également en baisse, le Barça s'adjuge un nouveau titre de champion d'Espagne mais doit encore plier en Europe contre le futur vainqueur Liverpool (3-0 / 0-4) suite à une nouvelle remontada. Lors de la saison 2019/20, sa dernière en Catalogne, les difficultés apparues précédemment s'accentuent. Incapables de reproduire les merveilleuses phases de jeu avec la même régularité qu'auparavant, les Catalans brillent par intermittence. Même si la saison est tronquée suite à la crise de la COVID-19, le résultat est décevant et cela se termine par une humiliation européenne contre le Bayern (2-8) synonyme de fin de cycle pour un groupe essoufflé par tant de succès et par une crise interne notamment au niveau de la direction.

Après de glorieux passages aux Pays-Bas, en Angleterre et enfin en Catalogne où son palmarès s'est enrichi de multiples titres, Luis Suárez ouvre une nouvelle page dans sa carrière avec l'Atlético de Madrid. Considéré comme l'un des meilleurs attaquants de l'histoire, l'Uruguayen a illuminé l'Europe de ses nombreux buts et gestes merveilleux. Buteur complet et altruiste, il dégage une image sulfureuse apparemment très éloignée de sa véritable nature hors du rectangle vert.