De Lisbonne à Paris via Madrid et Manchester, Ángel Di María a très souvent enchanté les supporters européens grâce à sa patte gauche de velours. Sur les ailes, en soutien des attaquants ou dans le cœur du jeu, la polyvalence du natif de Rosario a offert diverses possibilités tactiques à ses différents entraîneurs. Retour sur sa brillante carrière européenne.

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Plus importante cité de la province de Santa Fe et troisième ville du pays derrière Buenos Aires et Córdoba, Rosario est connue pour être un important port fluvial. Plusieurs personnalités célèbres y ont vu le jour à l'instar de Ernesto Che Guevara, mais également des sportifs comme Juan Imhoff et surtout de nombreux footballeurs tels que Marcelo Bielsa, El Trinche Carlovich, Ezequiel Lavezzi, Javier Mascherano, César Luis Menotti, Leo Messi ou encore Maxi Rodríguez. Quand on est originaire de Rosario, on supporte forcément l'un des deux grands clubs locaux : Newell's Old Boys ou Rosario Central, le Clásico rosarino étant sans doute le plus chaud d'Argentine. Ángel Di María n'échappe pas à cette règle tacite. Son parcours personnel l'a bien aidé dans ce choix. Enfant très actif, ses parents l'emmènent voir un médecin pour trouver une solution. Le praticien recommande de l'inscrire au football pour dépenser son surplus d'énergie. Dès ses trois ans, Ángel commence à jouer avec El Torito. À l'âge de six ans, il remporte un match décisif contre Rosario Central pour le titre local. Devant Ángel Tulio Zof (ancien joueur, entraîneur de Central et qui a notamment lancé la carrière de Juan Antonio Pizzi ou José Chamot), il marque les deux buts de son équipe dont un corner direct. Grâce à ce match et à ses performances (soixante-quatre buts en un an), il tape dans l’œil de Don Ángel. Ce dernier convainc la famille de rejoindre les Canallas.

Ángel Tulio Zof demande alors à Jorge Cornejo : « Combien en voulez-vous ? ». Le Président d'El Torito, surpris par cette requête, répond à la hâte : « Vingt-six ballons ». D'après la légende, les ballons ne sont cependant jamais arrivés. En dépit des faibles revenus de sa famille, ce qui engendre des difficultés pour lui acheter des chaussures et pour se consacrer pleinement à sa passion, le jeune garçon poursuit son apprentissage. Il lui arrive même de donner un coup de main à son père pour assembler et livrer les sacs de charbon. Cela permet d'augmenter le niveau de vie familial. En 2005, Ángel Tulio Zof lui offre ses premières minutes en pro contre Independiente (2-2) lors du dernier match de l’Apertura. Il n'a alors que dix-sept ans. Quelques mois plus tard, Di María découvre également la Copa Libertadores face à l'Atlético Nacional (défaite 1-0). Dans un premier temps, il s’assoit régulièrement sur le banc des remplaçants, mais gagne sa place de titulaire lors du Clausura 2007. Grâce à ses six réalisations (et cinq passes décisives), il devient le meilleur buteur de l'équipe et attire les propositions. En janvier 2007, le Rubin Kazan obtient son accord mais le joueur change d'avis et préfère rester encore un peu en Argentine. Boca Juniors offre également une belle somme pour le recruter. Sans succès. Après une belle Coupe du Monde U20, il s'envole vers le Portugal. Benfica rafle la mise contre un chèque de six millions d'euros pour l'ailier gauche et son coéquipier Andrés Díaz. Au total, Di María cumule trente-neuf matchs pour six buts et six passes décisives avec son club formateur et va découvrir l'Europe à seulement dix-neuf ans.

Premiers pas européens

Le président du Benfica Luis Filipe Vieira rassure les fans lors de la présentation de l'Argentin encore peu connu sur la scène européenne et annonce avoir recruté le parfait remplaçant de leur ancien capitaine Simão tout juste parti rejoindre l'Atlético de Madrid. Pour donner raison à son président, el Fideo soigne ses débuts avec deux passes décisives lors de ses deux premières titularisations. Cependant, la concurrence est rude au sein de l'effectif des Águias et parfois, il débute sur le banc. Son temps de jeu est satisfaisant avec vingt-six apparitions en Liga Nos (quarante-cinq toutes compétitions confondues) mais la saison de Benfica l'est moins avec une quatrième position au classement, loin, très loin du leader Porto (+23 pour les Dragões). Même si Ángel n'a pas encore ouvert son compteur but, ses bonnes performances lui valent une sélection pour les Jeux Olympiques de Pékin. En Chine, il rafle la médaille d'or en inscrivant notamment le but victorieux en finale contre le Nigeria (1-0). Après une trêve estivale raccourcie, Di María retrouve le championnat portugais dès la fin août pour le choc contre Porto (1-1). Mais une blessure au mollet l'éloigne des terrains pour un mois. À son retour, Quique Sánchez Flores l'utilise avec précaution en gérant son temps de jeu pour éviter une rechute. En février 2009, l'Argentin trouve (enfin) le chemin des filets contre Paços de Ferreira. Pourtant, Benfica échou sur le podium (troisième) à nouveau à une distance importante de Porto (+11). L'ancien club de Eusébio se console avec la Taça da Liga remportée face au Sporting du Portugal (1-1 / 2-3 tab).   

« Ángel a les qualités nécessaires pour devenir une superstar mondiale dans les deux prochaines années. J'ai toujours suivi sa carrière de près et son niveau a énormément augmenté depuis qu'il est en Europe. » - Diego Maradona, à l'époque sélectionneur de l'Argentine

Quelques mois après le début de la saison 2009/10, le Sudaméricain prolonge son contrat jusqu'en 2015. Sa clause libératoire s'élève désormais à quarante millions d'euros minimum. Sous la direction de Jorge Jesus, Di María est repositionné sur l'aile gauche de l'attaque. Les deux saisons précédentes, il occupait principalement le flanc droit pour repiquer dans l'axe et se mettre sur son pied gauche. Désormais titulaire indiscutable, il participe pleinement au bon départ de son club dans la compétition. Ses nombreuses passes décisives permettent à Óscar Cardozo et Javier Saviola de s'illustrer. Pablo Aimar est aussi l'un des éléments majeurs de cette équipe. En février 2010, Ángel signe son premier hat-trick lors d'une victoire contre Leixões (4-0). Le lendemain, les journaux sportifs portugais titrent en Une : « Magic Tri María ». Dans le money time, l'Argentin se déchaîne et alimente régulièrement ses attaquants. Son bilan personnel augmente pour atteindre les douze passes décisives (meilleur total en carrière jusqu'alors). Après cinq années de disette, Benfica est sacré champion. Il s'agit du trente-deuxième titre pour le géant lusitanien. Di María a été l'un des grands artisans de cette victoire. L'équipe de la capitale conserve également la Taça da Liga une année supplémentaire après un nouveau succès contre Porto (3-0). Annoncé avec insistance à Londres, du côté de Chelsea, il prend finalement la direction de Madrid pour s'engager avec le Real pour vingt-cinq millions d'euros. En fonction des performances du joueur sous ses nouvelles couleurs, onze millions supplémentaires peuvent s'ajouter au montant initial.

Consécration au Real

À seulement vingt-deux ans, Di María s'engage donc avec les Merengues. Sa trajectoire est irrésistible. Dans la capitale espagnole, il découvre un vestiaire composé de stars comme Karim Benzema, Ricardo Carvalho, Iker Casillas, Kaká, Marcelo, Sergio Ramos, Cristiano Ronaldo. La présence de quelques compatriotes tels que Fernando Gago, Ezequiel Garay ou encore Gonzalo Higuaín s'avère un précieux atout pour son adaptation. L'équipe dirigée par José Mourinho doit faire face à un rival important : le FC Barcelone de Leo Messi. Le mano a mano entre les deux équipes est le fil rouge de cette saison 2010/11. D'abord en Liga où les Catalans infligent une manita (5-0) lors du match aller, ramènent un point du Bernabéu au match retour (1-1) et s'imposent finalement au terme de la saison pour remporter le titre. Ensuite, le duel se poursuit en Champion's League. Après avoir terminé premier de son groupe devant Milan, l'Ajax et Auxerre, le Real élimine Lyon et Tottenham avant de devoir s'incliner en demi-finale contre le... Barça (0-2 / 1-1). L'épilogue de ce duel intervient en Copa del ReyMadrid met un terme à la domination blaugrana grâce à un succès en prolongation (0-1 ap). L'Argentin s'illustre en fin de match. Son centre est parfaitement repris de la tête par CR7 puis, en dépit de son exclusion à deux minutes du terme de la rencontre pour un second carton jaune, son club conserve son avance au score. Sa première saison madrilène est donc très encourageante avec notamment seize passes décisives en championnat.

Lors de sa seconde saison, si son temps de jeu est impacté par plusieurs blessures musculaires entre fin 2011 et début 2012, ses performances ne s'en ressentent pas. Malgré ces absences, il égale le même total que l'année précédente avec seize passes décisives délivrées. Le tout en seulement vingt-trois apparitions au lieu de trente-cinq. Quand il est aligné, il est une menace constante pour les adversaires. À l'issue d'un exercice maîtrisé et qualifié par la presse de « Liga des records » pour les cent points et cent vingt et un buts marqués, ce qui constitue un record dans l'histoire de la compétition, le Real Madrid remporte sa trente-deuxième couronne nationale. La saison 2012/13 débute parfaitement avec le triomphe en Supercoupe d'Espagne remportée contre l'ennemi de toujours : le FC Barcelone après une nouvelle double confrontation de très haut niveau (3-2 / 2-1). Ángel s'ajoute à la liste des buteurs lors du match aller profitant d'une erreur de Víctor Valdés. Une réalisation décisive pour le trophée. Cependant, Madrid n'ajoute plus d'autres titres à son immense palmarès. Dauphin du Barça en championnat, finaliste malheureux contre son autre rival l'Atlético de Madrid en Copa del Rey (1-2 ap) et demi-finaliste en Champion's League après le show Lewandowski (auteur d'un quadruplé) à Dortmund (4-1 / 2-0), la dernière saison de Mourinho au club n'est pas une franche réussite en dépit d'une nouvelle saison particulièrement positive pour l'Argentin avec encore sept buts et dix-neuf passes décisives (toutes compétitions confondues).

« J'avais fait ce choix parce qu'on a eu la blessure de Khedira alors il a fallu trouver une solution et Di Maria a été très bon dans le milieu à trois du Real Madrid. Mais je ne pense pas que ce soit là qu'il ait le plus d'habitudes. Il est meilleur devant, à droite ou à gauche ou même comme attaquant. (...) Di Maria est un joueur d'équipe par essence. Ce n'est pas du tout un joueur individualiste.» - Carlo Ancelotti

Pour compenser le départ du Special One, Florentino Pérez embauche Carlo Ancelotti. La mission de l'Italien est simple : ramener la Champion's League à Madrid : la Décima. Comme son prédécesseur, Carletto utilise d'abord Ángel au poste d'ailier droit. Mais, plus tard dans la saison, l'ancien manager du Milan procède à des changements tactiques. Il le replace au milieu de terrain dans une formation 4-3-3. Aux côtés de Luka Modrić et de Xabi Alonso, Di María devient mezzala gauche. Ce positionnement tactique, en provenance d'Italie, lui permet de jouer relayeur pour densifier le cœur du jeu en phase défensive et de s'immiscer sur l'aile en phase offensive. Les qualités de dribble, de technique, de passe et de vision du jeu font merveille dans ce nouveau rôle. Cette formule s'avère gagnante pour le Transalpin. Le succès en Copa del Rey contre le Barça (2-1), avec un but de Di María, fait figure d'apéritif. Le plat de résistance arrive à la victoire en Champion's League. Après avoir survolé leur groupe devant Galatasaray, la Juventus et Copenhague, les coéquipiers de Ronaldo effacent Schalke 04, le Borussia Dortmund et le Bayern Munich. En finale, ils retrouvent un adversaire bien connu : l'Atlético de Madrid. À Lisbonne, le match tourne en faveur des Colchonéros grâce à Godín mais Sergio Ramos arrache le nul et la prolongation à la dernière minute (90+3). Le Real fait la différence lors de celle-ci par l'intermédiaire de Bale, Marcelo et Ronaldo (4-1). L'Argentin est désigné Homme du match. La Décima fait oublier l'échec relatif en Liga (troisième à trois points du champion).

L'échec mancunien et le rebond parisien

Après une Coupe du Monde convaincante, l'Argentin clôture son séjour madrilène et découvre un nouveau pays avec un transfert XXL vers Manchester United. Les Red Devils n'hésitent pas débourser soixante-quinze millions d'euro plus quinze millions variables en fonction des prestations du joueur. Il devient le joueur le plus cher de l'histoire du football anglais. Il hérite du légendaire numéro 7 porté auparavant par George Best, Bryan Robson, Eric Cantona, David Beckham et Cristiano Ronaldo. Ses débuts sont remarqués avec le titre d'Homme du Match contre QPR et le prix du joueur du mois de septembre de Manchester United pour ses deux buts et ses deux passes décisives lors de ses quatre premiers matches pour le club. Par la suite, une blessure à l'ischio-jambier le tient éloigné des terrains pour une période de plus d'un mois. À son retour, son rendement n'est plus le même. Ses prestations sont insipides. Louis van Gaal l'utilise même comme attaquant contre Southampton. Sans succès. Il est même exclu contre Arsenal en FA Cup, accusé d'avoir plongé dans la surface. Au terme de la saison, le Daily Telegraph juge l'Argentin comme la pire recrue de la saison. Le divorce semble consommé entre Manchester et le joueur. Le Paris Saint-Germain offre soixante-trois millions d'euros pour s'offrir ses services. Offre acceptée par le board mancunien, il rejoint donc sa nouvelle formation pour une durée initiale de quatre ans. Dans la capitale française, son histoire peut se résumer par une nette domination nationale et par une incapacité à s'imposer sur la scène continentale.

Dès son arrivée au Parc des Princes, Ángel s'impose comme l'un des éléments importants de l'effectif. D'ailleurs, dès la première saison, il établit un nouveau record en Ligue 1 avec dix-huit passes décisives. L'entente avec Edinson Cavani, Zlatan Ibrahimović ou Ezequiel Lavezzi est excellente. Il ajoute un titre de champion de France, une Coupe de France et une Coupe de la Ligue à son palmarès. La moisson continue avec le Trophée des Champions, la Coupe de France et la Coupe de la Ligue mais les Parisiens doivent s'incliner face à Monaco en championnat. Le rouleau compresseur reprend la saison suivante avec un nouveau triplé domestique. En 2019, Paris doit se contenter du titre de Champion de France. Rennes les surprend en finale de la Coupe de France (2-2 / 6-5 tab) et Guingamp également dès les quarts de finale de la Coupe de la Ligue. Encore une fois, le PSG roule sur la France en cette année 2020. Toutes les compétitions sont glanées par l'ogre francilien. À chaque fois, Di María s'impose comme un élément clé de la formation parisienne. Ses nombreux buts et passes décisives parlent pour lui. D'ailleurs, avec quatre-vingt-dix-neuf passes décisives, il se classe juste derrière l'immense Safet Sušić au classement des meilleurs passeurs du club. Il pourrait dépasser le Bosnien et en prendre la tête prochainement. Et avec quatre-vingt-sept buts, il devance cette fois Safet Sušić (85) ou encore Neymar Jr (83) mais reste derrière François M'Pelé (95).

« C’est simplement un joueur exceptionnel. Je n’arrive même pas à comprendre comment le Real l’a laissé partir à Manchester United ! Il possède tout : la technique, la vitesse, la vision du jeu, la capacité à remporter les un contre un. Il n’a donc pas mis longtemps à s’imposer en Ligue 1 ». - Safet Sušić

En Europe, c'est moins glorieux pour le club d'Île-de-France. Objectif annoncé de la direction qatarie, la Champion's League n'est pas aussi aisée à conquérir que les titres nationaux dans l'hexagone. Pour sa première saison en France, Ángel et ses coéquipiers se heurtent à Manchester City (2-2 / 1-0) en quarts de finale. Ensuite, l'incroyable se produit au Camp Nou. Après un match aller maîtrisé de façon admirable (4-0), les Parisiens possèdent toutes les chances d'atteindre le tour suivant. Mais une inexplicable remontada (6-1) ruine tous les efforts des hommes de Unai Emery. À 2-1 pour Barcelone, l'Argentin aurait certainement dû bénéficier d'un penalty suite à une faute de Mascherano mais l'arbitre ne désigne pas le point de réparation. Et Cavani attend encore le ballon au second poteau. L'année suivante, Paris chute à nouveau en huitièmes. Cette fois, le bourreau s'appelle le Real Madrid et le résultat ne souffre d'aucune contestation (3-1 / 1-2). En 2018/19, Di María est opposé à son ancienne équipe : Manchester United en huitièmes. Agacé par la fin de sa période anglaise, le Sud-américain y voit une occasion de revanche envers son ex-employeur. Impliqué sur les deux buts parisiens, il fête de façon trop démonstrative pour les supporters anglais (0-2). Le match retour le ramène à la raison (et à l'humilité) avec un Rashford en feu (1-3). Le cru 2020 est presque excellent pour l'Argentin et les Parisiens. Après avoir écarté l'obstacle Dortmund et le talentueux Haaland (2-1 / 2-0), le PSG atteint le Final 8. Non sans mal et sans leur n°11, Paris retourne la situation contre l'Atalanta (2-1) dans le temps additionnel puis ne tremble pas face à Leipzig (0-3) pour se qualifier pour sa première finale de C1 avec un but de Di María à la clé. Mais la dernière marche est encore trop haute et, ironie du sort, le PSG est crucifié par un ancien titi, Kingsley Coman, pour la victoire bavaroise (1-0).

Hormis à Manchester où son passage a été mitigé, Di María a réussi partout. De Lisbonne à Paris en passant par Madrid. Âgé de trente-trois ans, le crépuscule de son aventure sur le Vieux Continent arrive et les fans de Central aimeraient sans doute le revoir sous le maillot de son club formateur pour boucler la boucle.