Joueur star des années 1990 – 2000 et membre de la génération 2002, Yoo Sang-chul était une figure du football sud-coréen. Reconverti entraîneur après sa carrière, il est malheureusement emporté par la maladie à seulement quarante-neuf ans.

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Après avoir été diplômé de Konkuk University, Yoo Sang-chul rejoint l'équipe d'Ulsan, alors dirigée par le légendaire Cha Bum-keun. Ce dernier souhaite entraîner son nouveau joueur pour le conduire en Bundesliga lorsqu'il voit toutes ses qualités : combatif, bonne frappe de balle et bon jeu de passe, condition physique impeccable permettant une grande activité sur le terrain, lecture du jeu au-dessus de la moyenne, réactivité et anticipation qui permettent un placement parfait. Cha Bum-keun est alors confronté à un problème : à quelle position faire jouer Yoo Sang-chul ?

Un joueur complet et versatile

Pour sa première saison professionnelle, il évolue en défense, sur l'aile et se fait déjà remarqué par toute la Corée du Sud en étant nommé dans le meilleur onze de l'année. Une première saison professionnelle accomplie qui lui permet de décrocher ses premières sélections en équipe nationale, où là aussi il ne connait pas un seul et unique poste. Toutefois, Cha Bum-keun quitte Ulsan après cette saison 1994 et ne peut pas continuer à poursuivre sa mission, à savoir emmener Yoo Sang-chul en Europe. Sous les ordres de Ko Jae-wook, Yoo Sang-chul se voit confier un autre poste dans l'équipe puisqu'il est progressivement positionné au milieu de terrain dans un rôle plus offensif. Malgré plusieurs blessures entre 1996 (année où il remporte la K League) et 1997, il revient au plus haut niveau juste avant la Coupe du Monde 1998 et termine meilleur championnat avec quinze buts en vingt-trois rencontres. Il est de nouveau inclus dans le meilleur onze de l'année, cette fois en tant que milieu de terrain. Incontournable en sélection, il participe au Mondial français et se fait remarquer par Louis van Gaal, entraîneur du FC Barcelone malgré une prestation catastrophique de la Corée du Sud. À l'été 1998, Yoo Sang-chul réalise un test dans le club espagnol, mais n'est finalement pas recruté. Selon certains, son transfert vers la J.League était déjà acté, pour d'autres ce sont les négociations avec un agent intermédiaire qui auraient fait échouer le transfert.

Tout comme en K League ou en sélection, ses clubs de J.League utilisent toutes les capacités de Yoo Sang-chul, que ce soit à Yokohama F. Marinos ou Kashiwa Reysol. Il poursuit sa carrière sans se stabiliser à un poste mais sans que cela ne soit un problème pour lui. Sélectionné pour la Coupe du Monde 2002, à domicile, Yoo Sang-chul évolue durant toute la compétition en tant que milieu défensif. Il inscrit le second but de la Corée du Sud face à la Pologne (2-0), le faisant entrer plus que jamais dans le panthéon du football sud-coréen. Pilier du milieu de terrain, il participe à l’épopée sud-coréenne qui se termine par une quatrième place. Ses performances sont saluées par une place dans l'équipe type de la compétition.

Le mondial terminé, il retourne en K League, à Ulsan, où il ne poursuit pas au milieu, mais en attaque. En huit matchs, il inscrit neuf buts et est élu dans le meilleur onze de la saison dans la catégorie des attaquants. Il devient ainsi le second joueur à apparaître dans trois catégories différentes de ce onze de l'année après Kim Joo-sung. L'année suivante, il quitte une nouvelle fois la K League pour Yokohama avec qui il remporte deux fois le titre de J.League en 2003 et 2004 avant de venir terminer sa carrière de joueur à Ulsan où il remporte de nouveau la K League en 2005. En 2006, après une dernière année compliquée, il met un terme à sa riche carrière de footballeur qui l’aura vu devenir une icône pour toute une génération et l’un des plus grands joueurs de l’histoire de la Corée du Sud. Et dire que la carrière de Yoo Sang-chul aurait pu tourner court. En 2010, il dévoile dans la presse qu'il est pratiquement aveugle de l'œil gauche. Atteint d’une maladie génétique diagnostiquée trop tard, il n'a pas pu suivre de traitement ou bien subir d'intervention chirurgicale et a donc dû jouer avec une gêne visuelle notamment la nuit.

Une expérience d'entraîneur instable

Les crampons rangés, Yoo Sang-chul prend la direction des bancs de touche pour écrire un nouveau chapitre à son histoire professionnelle. Sa première expérience s'effectue au niveau scolaire puisqu'en 2009, il prend en main l'équipe nouvellement formée à la Chuncheon Machinery Technical High School. Pendant deux ans, il se familiarise avec le poste d'entraîneur et décroche sa première expérience au plus haut niveau avec Daejeon Citizen en remplacement de Wang Sun-jae alors que l'équipe est en grande difficulté au classement et souffre terriblement du scandale de matchs truqués qui secouent la K League. Yoo Sang-chul change drastiquement l'équipe sur le plan tactique, impose un jeu plus rapide et demande à ses joueurs de mettre plus rythme. Il n'hésite pas à changer la position des joueurs afin de les faire jouer là où leurs qualités s'expriment le mieux et aident au maximum l'équipe. Yoo Sang-chul évite ainsi à Daejeon de terminer dernier de K League et a bien préparé le terrain pour la saison 2012. Celle-ci ne sera pas de tout repos, au contraire, même si les objectifs seront finalement remplis. Elle commence très mal puisqu'à mis championnat, Daejeon alterne entre les deux dernières places du championnat, synonymes de relégation. Une fois la scission de la ligue actée, Daejeon, bien emmené par Kevin Oris, enchaîne sept rencontres sans défaite et remonte au treizième rang, évitant ainsi la relégation. Mais en fin d'année, les relations entre la direction et Yoo Sang-chul se détériorent, ce dernier ayant très mal vécu de voir ses dirigeants évoquer dans la presse les conditions de sa prolongation de contrat. Il les accuse de ne pas l'avoir contacté pour en parler et décide donc de ne pas poursuivre l'aventure. Ce qui est analysé aujourd'hui comme l'une des plus grosses erreurs de Daejeon Citizen, le club étant relégué en 2013.

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Yoo Sang-chul se fait alors plus discret et c'est seulement fin 2013 qu'il retrouve un banc, au niveau universitaire avec Ulsan University où il obtient de très bons résultats en terminant par deux fois deuxième du championnat national en 2014 et 2015. Mais il faudra attendre 2018 pour qu'une nouvelle proposition au plus haut niveau s'offre à lui avec Jeonnam qui sort d'une saison compliquée. Le cycle Roh Sang-rae touche à sa fin et la mission de Yoo Sang-chul est alors de donner un nouveau souffle à l'équipe et de terminer dans le top six de la ligue. Il ne parvient pas à imposer son style de jeu et les résultats sont catastrophiques. À mi-saison, il décide de démissionner, comprenant qu'il ne parviendra pas à sauver Jeonnam qui est effectivement relégué en fin d’année. Yoo Sang-chul rebondit très rapidement à Incheon, qui lui fait confiance pour éviter la relégation lors de la saison 2019 après avoir mis de côté Jørn Andersen. Si le jeu proposé par le technicien norvégien était salué, Yoo Sang-chul s'inscrit dans la continuité. Dans la douleur, il parvient à maintenir l'équipe pour ce qui est sa dernière expérience d'entraîneur.

En fin d'année 2019, Yoo Sang-chul fait les gros titres de la presse sportive sud-coréenne. Il est diagnostiqué avec un cancer du pancréas à un stade très avancé. Cette annonce entraîne une vague de soutiens de toute la ligue, des joueurs, des entraîneurs et des supporters. Dans ce mouvement de solidarité, Incheon décide de le maintenir à son poste mais ne l'oblige pas à être présent sur le bord du terrain. Mais Yoo Sang-chul ne l’entend pas de cette oreille et montre tout son esprit de combativité en continuant de gérer son équipe de son banc. Comme il l'explique en conférence de presse, il avait fait une promesse à Incheon, il se doit de la remplir jusqu'au bout. Cette promesse était de maintenir le club en K League 1. Il est alors bien présent dans sa zone technique pour les derniers matchs de championnat, ne ménageant pas ses efforts pour encourager ses joueurs à décrocher le maintien. Il quitte ensuite ses fonctions une fois la mission accomplie afin de se soigner. Lors de son départ, il promet d’être de retour complètement guéri. En juin 2020, il est pressenti pour retrouver son poste d’entraîneur à Incheon mais les médecins bloquent l’opération. En 2021, une rumeur sur son état de santé circule, faisant craindre le pire, avant que la famille ne démente. Malheureusement, le 7 juin 2021, l’annonce tombe : Yoo Sang-chul a perdu sa dernière bataille face au cancer. La Corée du Sud perd l’une de ses icônes. Rectification : l’une de ses légendes.

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