Arrivé en Europe à seulement vingt ans, Mohamed Salah a quasiment passé toute sa carrière sur les terrains du Vieux Continent. De jeune espoir à Bâle à joueur vedette de Liverpool, l’Égyptien n’a pourtant pas connu un parcours linéaire.

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Rien ne prédestinait le petit Mohamed à devenir l’un des meilleurs joueurs actuels de la planète foot. Natif d’un petit village situé dans le delta du Nil, il lui a fallu beaucoup de détermination et de persévérance pour émerger à la face du monde. Depuis son plus jeune âge, environ sept ou huit ans, il affectionne particulièrement Ronaldo et Zidane qu’il regarde à la télévision lors des soirées de Champions League. Quand il joue dans les rues de son village avec son frère et ses amis, il aime se prendre pour ses idoles. Sa passion pour le football lui vient de son père et de ses oncles qui jouaient dans les équipes de jeunes du village dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix. Le père, Salah Ghaly, détecte rapidement le potentiel de son fils et l’envoie dans le club de Ittihad Basyoun à trente minutes de route de leur village. Un an plus tard, Mohamed rejoint Othmason Tanta à une heure trente de Nagrig. Le trajet s’allonge encore quand il est repéré par Reda El-Mallah, un recruteur de Al Mokawloon, et file dans la capitale pour s’engager avec l’équipe de la compagnie étatique Arab Contractors. Venu pour observer un autre joueur, El-Mallah tombe sous le charme de ce petit gaucher. Après deux heures d’école de sept à neuf heures, Mohamed bénéficie d’un bon de sortie pour rejoindre Le Caire et s’entraîner avec son équipe avant de faire le chemin retour, soit un trajet de quatre heures de route avec plusieurs changements de bus. Les journées sont bien remplies pour le jeune garçon de quatorze ans comme il le déclare sur le site internet de Liverpool : « Quand je rentrais le soir vers dix heures, dix heures trente, je devais dormir et le lendemain, je me réveillais rapidement. C'était une période difficile, mais j'étais jeune et je voulais être footballeur. Je voulais être un grand nom ».

Au Caire, les choses évoluent vite pour le jeune homme. Said El Shishiny, son entraîneur en U16 est tellement impressionné par le talent de son protégé qu’il décide de le changer de poste. Pour le site internet Goal.com, il raconte : « Mohamed jouait en tant que défenseur gauche pour notre équipe, mais je pensais qu’il pourrait être meilleur plus haut. Il avait la capacité rare de tourmenter les défenses adverses en prenant le ballon du milieu du terrain jusqu’à la surface adverse. Il était toujours très rapide et obtenait de bonnes positions, même s’il manquait certaines occasions ». Propulsé en équipe première à l’âge de dix-sept ans sur les recommandations de El Shishiny après une saison à trente buts, il acquiert une certaine notoriété dans le pays en devenant l’un des plus jeunes joueurs du championnat. Titulaire régulier lors de la saison 2010/11, il ouvre son compteur but le 25 décembre 2010 contre Al Alhy. Ses prestations attirent l’attention des deux géants locaux : Al Alhy et Zamalek qui tentent de le recruter. Cependant deux événements précipitent son départ vers l’Europe : Le premier est l’annulation de l’édition 2011/12 du championnat égyptien à la suite des incidents survenus en février 2012 à Port Saïd lors de la rencontre opposant Al Masry et Al Alhy. Après la victoire d’Al Masry, leurs supporters, armés de couteaux et de barres de fer, envahissent le terrain pour s’en prendre aux joueurs et aux fans d’Al Alhy. L’inaction des forces de sécurité est criante. Les violences entraînent le décès de soixante-quatorze personnes et laissent des centaines de blessés. C’est l’incident le plus meurtrier de l’histoire du football égyptien. Le second est un match amical entre le FC Bâle et l’équipe olympique égyptienne dans le cadre de la préparation pour les Jeux Olympiques de Londres. Organisée en mars 2012, cette rencontre est marquée par la victoire des Pharaons sur les Suisses. Entré après la pause, Salah inscrit un doublé et tape dans l’œil des RotBlau. Déjà suivi par Georg Heitz depuis la coupe du Monde U20 de 2011 disputée en Colombie, le directeur sportif affirme dans le Liverpool Echo : « Vous pouviez voir le talent après cinq minutes sur le terrain. Non seulement il était rapide, mais il avait toujours la tête haute ». Les quelques doutes sur la réussite des Égyptiens en Europe sont vite levés et les dirigeants helvètes lui demandent de rester une semaine de plus en Suisse. Un mois plus tard, l’officialisation de son transfert a lieu et, à tout juste vingt ans, Mohamed s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière. 

La Suisse avant la Premier League

Après une âpre négociation entre Bâle et Al Mokawloon, qui avait bien conscience du potentiel de leur jeune protégé, Salah débarque au Parc Saint-Jacques dans l’optique de remplacer la vedette locale, Xherdan Shaqiri, formé au club et parti en Allemagne au Bayern. Si Mohamed est déjà bien connu sur les rives du Nil, c’est un illustre inconnu sur les bords du Rhin. Bien qu’il ne parle que quelques mots d’anglais, son adaptation est rapide. Plus rapide que prévu pour un jeune joueur arrivant d’un autre continent. Lors d’un match amical contre le Partizan Belgrade, il marque au bout de dix minutes. Impressionné, son nouvel entraîneur, Heiko Vogel, veut le sortir immédiatement pour éviter une blessure et sûrement aussi les recruteurs de Liverpool qui organisent son stage de présaison dans la même cité allemande de Bavière, Tegernsee. Épanoui, Salah s’illustre particulièrement en championnat où il marque à cinq reprises et décroche le titre de Super League mais également en Europa League où son club atteint le dernier carré de la compétition, éliminé par Chelsea. Sa vitesse et son pied gauche permettent au FC Bâle de se sortir de situations compliquées. Quand l’équipe est sous pression, le jeu devient plus direct, plus long et l’Égyptien affole les défenses adverses grâce à sa vitesse de course. Adopté par les fans, il enchaîne la saison suivante mais cette fois, il se montre à son avantage en Champions League. Vainqueur surprise à Stamford Bridge contre Chelsea, Salah s’ajoute au tableau d’affichage. Il récidive au match retour pour un nouveau succès helvète. Insuffisant pour passer la phase de groupe mais assez pour atteindre l’Europa League. Alors que le mercato hivernal se profile, les offres commencent à arriver sur le bureau des dirigeants bâlois. Si Liverpool est à l’affût, Chelsea veut s’offrir les services de son récent bourreau.

L’occasion est trop belle pour le club suisse comme le confirme Georg Heitz pour le Liverpool Echo : « Il était clair dès le début qu'il ne resterait pas longtemps, mais ce n'était pas un problème pour nous. Cela a toujours été le modèle économique de Bâle. Nous prenons des joueurs inconnus, nous les développons et nous les donnons ensuite aux grands clubs des grands championnats ». José Mourinho fait le forcing et convainc Salah de rejoindre Londres plutôt que le Liverpool de Brendan Rodgers. La transaction s’élève aux alentours de onze millions de livres sterling. Une belle opération pour le FC Bâle qui l’avait acheté deux millions d’euros dix-huit mois plus tôt. Cependant, en dépit de la volonté du coach portugais de l’avoir dans son effectif, son temps de jeu est très limité. La concurrence chez les Blues le contraint à débuter les rencontres depuis le banc de touche et ses apparitions sont courtes mais encourageantes. Entré à la place d’Oscar, il marque son premier but contre Arsenal pour une large victoire 6-0. Quelques jours plus tard, il obtient un penalty et donne une passe décisive face à Stoke City. Son acclimatation anglaise prend donc plus de temps qu’en Suisse. Et le début de la saison suivante n’améliore pas la situation. Alors que son service national laisse planer le doute sur son avenir en Grande-Bretagne, il est libéré de ses obligations militaires par le Premier Ministre de l’époque, Ibrahim Mahlab, mais n’a que rarement l’occasion d’exprimer son talent et semble en total manque de confiance. Cette impression est renforcée par le management de Mourinho, peu adepte du turn-over et qui le dézingue, comme Schürrle, après un piètre match de League Cup remporté de justesse contre Schrewsbury. Son futur avec Chelsea s’obscurcit et lors du mercato hivernal 2015, les Blues l’envoient en prêt à Florence pour une durée initiale de six mois pour faciliter l’arrivée de Cuadrado à Londres.

La renaissance en Italie

Dans la cité toscane, l’Égyptien retrouve rapidement son rendement aperçu en Suisse et devient l’un des chouchous du Franchi. Buteur, passeur, dynamiteur, il s’impose dans le XI de la Viola. Ses qualités, qui semblaient s’être évaporées en Angleterre, réapparaissent sur les rives de l’Arno. Avec le numéro 74 dans le dos en hommage aux victimes de Port Saïd, il régale avec son pied gauche magique. Son doublé à Turin contre la Juventus est particulièrement apprécié par les tifosi florentins notamment son premier but après un rush solitaire de cinquante mètres. L’équipe flirte avec le podium de Serie A (4e) et échoue à deux reprises aux portes de finale, celle de la Coupe d’Italie ainsi que celle de l’Europa League. Séduits par leur nouvel ailier, les dirigeants florentins veulent étendre le prêt d’une saison supplémentaire et tentent même d’activer leur option d’achat pour rendre le transfert permanent comme prévu avec le club anglais. Mais cette idée est rejetée catégoriquement par le joueur qui a d’autres ambitions. En dépit du contrat initial avec la Fiorentina, les Blues acceptent l’offre de la Roma qui propose un prêt payant d’une durée d’un an estimé à cinq millions d’euros assorti d’une option d’achat de quinze millions d’euros l’année suivante pour l’ailier africain. D’ailleurs, si les dirigeants florentins tentent de faire valoir leur droit auprès de la FIFA, le tribunal arbitral du sport valide le mouvement de l’Égyptien vers la Ville Éternelle et blanchit Salah et Chelsea de toute faute. À Rome, Mohamed continue de progresser et de s’épanouir. Pas le temps pour la Dolce Vita.

Titularisé sur le flanc droit de l’attaque giallorossa, il se distingue rapidement sous ses nouvelles couleurs. Fin septembre, il débloque son compteur but contre Sassuolo d’une magnifique reprise de volée du gauche à l’entrée de la surface. Un mois plus tard, Salah connaît un match à forte émotion sur le terrain de son ancienne équipe italienne. D’abord, il ouvre le score dès la 7e minute d’une superbe frappe enroulée dans le petit filet opposé après un relais plein de malice avec Miralem Pjanić. Même si le joueur ne célèbre pas son but, la bronca du Franchi est assourdissante. Puis, il récolte deux cartons jaunes en quelques secondes et se fait expulser en fin de match. Sans conséquence pour son équipe qui repart avec les trois points. Sa progression est toujours ascendante. Il faut dire qu’il est en pleine confiance. Son mouvement favori est de repiquer dans l’axe pour enrouler ses frappes et tromper les gardiens adverses. Mais il sait également être à l’affût et marque comme un vrai renard des surfaces comme contre Carpi où il récupère un ballon errant dans la surface pour le pousser au fond des filets. Le changement d’entraîneur (Spalletti à la place de Garcia) n’a pas d’incidence sur ses prestations ni sur son temps de jeu. Contre la Fiorentina, il claque même un doublé qui permet à son club de monter sur le podium avec la troisième place du classement, position définitive quelques semaines plus tard. À l’issue de la saison, Salah possède un sérieux bilan avec le meilleur total de buts de la saison (quatorze en Serie A, quinze toutes compétitions confondues) et six passes décisives. C’est l’attaquant romain le plus dévastateur. Naturellement, il est désigné par les tifosi comme le meilleur joueur de la saison du club.

À l’aube de la saison 2016/17, la Roma décide de lever l’option d’achat. Et si Mohamed poursuit sur sa lancée avec notamment son premier triplé en carrière contre Bologne, une blessure à la cheville contractée lors du Derby de la Capitale le stoppe pour six semaines. De retour sur les terrains, il met deux mois avant de retrouver son efficacité devant le but. Mais cette période de disette est temporaire et il marque à six reprises jusqu’à la fin de la saison pour atteindre quinze buts en Serie A et dix-neuf au total. Le 28 mai 2017, l’émotion est à son comble quand il remplace la légende Francesco Totti à l’occasion du dernier match de son immense carrière. La saison se conclut par une deuxième place au classement juste derrière la Juventus qui conserve le Scudetto. Dans l’obligation de trouver de l’argent frais pour équilibrer ses comptes afin d’éviter une sanction de la part de Chambre d’investigation du contrôle financier des Clubs (Fair-Play Financier de l’UEFA), les dirigeants romains acceptent l’offre de Liverpool de quarante-deux millions d’euros plus huit de bonus pour le transfert de Salah. L’Égyptien devance les quarante millions d’Andy Carroll et devient la recrue la plus chère de l’histoire des Reds. Il quitte Rome avec un bilan très positif de trente-quatre buts en quatre-vingt-trois matchs.

Retour gagnant

Lors de l’annonce de sa signature, le scepticisme des médias britanniques est prégnant. Le prix payé par Liverpool suscite beaucoup d’interrogations et le souvenir de son passage raté à Chelsea est encore frais dans toutes les mémoires. Les spécialistes se demandent si Anfield aura droit au Salah de Rome ou au flop londonien. La réponse ne tarde pas, elle est flamboyante. Sous la direction de Jürgen Klopp, le nouveau numéro 11 liverpuldien brille au sein d’une attaque à trois composée de Sadio Mané à gauche, de Roberto Firmino dans l’axe et de l’Égyptien à droite. La tactique offensive mise en place par le technicien allemand permet de mettre sur orbite ses deux flèches des côtés qui repiquent dans l’axe, prennent la profondeur et profitent des espaces libérés par le Brésilien. Ce dernier n’hésite pas à dézoner de sa position de numéro 9 pour redescendre d’un cran et organiser le jeu comme un meneur de jeu. Élu meilleur joueur du mois d’août par les fans des Reds, Salah a lancé son compteur but avec trois réalisations en cinq matchs. Les lourdes défaites contre Manchester City et Tottenham hypothèquent déjà les chances de titre de l’équipe en dépit des nombreuses réalisations de leur nouvel atout offensif. Liverpool ne parvient pas à tirer profit de la réussite de Salah et malgré les trente-deux buts de l’Égyptien – record de Premier League devant les trente-et-un de Alan Shearer, Cristiano Ronaldo et Luis Suárez – le club de la Mersey finit au pied du podium. Le sort s’acharne sur l’équipe du nord-ouest du Royaume quand elle perd en finale de Champions League contre le Real Madrid. Une finale au goût amer pour Mohamed qui doit céder sa place dès la demi-heure du jeu à cause d’une fracture de la clavicule subie après un duel avec le rugueux Sergio Ramos. Néanmoins, sa saison remarquable est saluée par ses pairs avec le trophée de Meilleur joueur de l’année du championnat. Avec un total de quarante-quatre buts toutes compétitions confondues, il devance Roger Hunt (quarante-deux) mais reste derrière les quarante-sept de Ian Rush pour le titre honorifique de meilleur buteur du club sur une saison. L’ancienne gloire, Steven Gerrard, s’enthousiasme dans les médias britanniques : « je pense que nous assistons au début de l'avènement d'un joueur immense ».

En juillet 2018, Salah prolonge son contrat jusqu’en 2024 avec une nette augmentation salariale à la clé. Une nouvelle saluée par son coach. D’ailleurs, les Reds débutent fort leur championnat et se hissent rapidement en tête du classement avec le champion en titre : Manchester City. Les deux équipes vont se livrer un magnifique mano à mano tout au long de la saison. Le destin du titre bascule lors de la vingt-et-unième journée à l’Etihad Stadium quand les hommes de Guardiola infligent l’unique défaite de l’année aux Reds. Malgré les vingt-deux buts chacun de Mané et Salah, meilleurs buteurs de Premier League à égalité avec Aubameyang, c’est une immense déception pour un club qui attend toujours de fêter son premier titre de Premier League et qui n’a plus remporté le championnat anglais depuis 1989. Mais, contrairement à l’année précédente, Liverpool inscrit une nouvelle page à sa glorieuse histoire européenne. Dans un duel anglo-anglais contre Tottenham, les Reds commencent fort avec un penalty obtenu après seulement vingt-quatre secondes et transformé par Salah. Dans les derniers instants du match, Origi scelle la victoire de son camp et le club conquiert une sixième Champions League. Heureux de ce succès, Mohamed Salah déclare à la BBC à l’issue de la rencontre : « J'ai sacrifié beaucoup de choses pour ma carrière, venir d'un village pour aller au Caire et être un Égyptien à ce niveau est incroyable pour moi ». Une sacrée consécration pour le gamin du Delta du Nil qui devient le premier Égyptien à remporter le trophée européen. En 2019, une étude menée par l’Université de Stanford indique que l’islamophobie a reculé de 18,9 % dans le Merseyside depuis l’arrivée de l’ailier à Liverpool. L’attitude humble du joueur et son attachement à la religion musulmane ne serait pas étranger à cette baisse. « Mohamed a appris aux Européens que l'islam encourage la sincérité et l'assiduité dans tout ce que nous faisons. Son succès n'était pas une coïncidence, car le succès exige un travail acharné », atteste son ami Mahmoud El-Bahnasi pour le site internet du journal saoudien Arab News. D’ailleurs, les fans ont composé un chant à son honneur, « Mo Salah-la-la-la », dont les paroles sont : « S’il est assez bon pour toi, il est assez bon pour moi. S’il en marque quelques autres, alors je serai musulman aussi. S’il est assez bon pour vous, il me suffit. Il est assis dans une mosquée, c’est là où je veux être ».

Dans la cour des grands

Si la saison 2019/20 débute par une défaite aux tirs au but contre City lors du Community Shield, dix jours plus tard, Liverpool décroche la Super Coupe de l’UEFA face à Chelsea aux tirs au but, Salah se chargeant du dernier pour son équipe quand Abraham rate pour les Blues. Mais l'objectif principal du club est de s'emparer du titre national après l'échec sur le fil lors de la saison précédente. Les Reds s'emparent de la tête du classement dès la deuxième journée pour faire cavalier seul jusqu'à la trêve imposée par la pandémie mondiale de COVID-19. Quand les instances décident d'interrompre la compétition, Liverpool a quasiment réalisé un sans-faute avec vingt-sept victoires, un nul et une défaite en vingt-neuf journées, établissant même un nouveau record avec vingt-deux succès consécutifs à domicile. City et les autres poursuivants sont loin derrière. Salah a déjà trouvé le chemin des filets à quinze reprises. Rapidement éliminés de la Champions League par l'Atlético de Madrid en seizièmes de finale, l'équipe du manager allemand est désormais totalement concentrée sur le championnat. Mais un doute plane sur la reprise de la compétition. Des rumeurs évoquent une année blanche. Liverpool pense être maudit. Sans titre depuis 1989, le club de la Mersey n'a jamais gagné la Premier League. Le destin semble alors s'acharner sur les Reds qui avait déjà raté une grande opportunité quelques saisons auparavant avec la fameuse glissade de Steven Gerrard contre Chelsea. Finalement, le championnat reprend après plus de trois mois d'interruption. Liverpool finit le job et peut enfin inscrire son nom au palmarès de la Premier League. Mohamed devient le premier joueur des Reds à inscrire vingt buts ou plus dans toutes les compétitions trois fois consécutivement depuis Michael Owen en 2001, 2002 et 2003.

Au début de la nouvelle saison, Salah continue d'écrire sa légende avec les Reds. Auteur d'un triplé lors de la victoire inaugurale 4-3 contre Leeds, il devient le premier joueur de Liverpool à marquer lors de quatre ouvertures de championnat consécutives (2017 à 2021). Avant lui, seul Teddy Sheringham avait réussi cet exploit de 1992 à 1996. Puis, le 17 octobre 2020 contre Everton, Mo inscrit son centième but en cent cinquante-neuf matchs pour Liverpool. Depuis 2008 et un certain Stevie G., aucun joueur du club n'avait atteint ce chiffre symbolique, il n’est seulement devancé que par Roger Hunt (144 matchs) et Jack Parkinson (153 matchs). Salah continue d'accumuler les records individuels (cinquième joueur à marquer plus de vingt buts dans toutes les compétitions pendant quatre saisons consécutives, premier à marquer vingt buts lors de trois championnats différents de Premier League) mais son club abandonne tout espoir de conserver le titre à l'issue d'un terrible mois de février ponctué par quatre défaites en cinq journées. Eliminés précocement de la Cup par United, les Reds stoppent leur course européenne en quarts de finale contre le Real Madrid. Finalement sur le podium de Premier League, ils décrochent leur ticket pour la prochaine édition de la Champions League. Les vingt-deux buts de l'Égyptien y ont grandement contribué.

Comme lors des cinq saisons passées, Salah inscrit un nouveau but lors de la première journée de championnat contre Norwich. C'est un nouveau record pour la Premier League. Il continue de les additionner. Comme quand, après un triplé à Old Trafford lors d'un fulgurant succès 0-5 contre le rival de toujours United, il devient le joueur africain le plus prolifique du championnat anglais devançant Didier Drogba et ses cent quatre buts. Cependant, toutes ces réalisations ne devraient pas permettre à son club de rêver à un nouveau succès domestique tant la domination de City sur ses rivaux (+10 sur Chelsea et +11 sur Liverpool qui compte un match en moins) semblent avoir déjà tué tout suspense pour l'édition 2021/22. À moins d'un improbable retournement de situation. Toujours en course en Champions League où l'équipe a réalisé un six sur six en groupes et devient ainsi le premier club anglais à parachever cette performance, Liverpool est opposé à l'Inter Milan pour les huitièmes de finale. Pour l'instant, Mohamed Salah produit encore une saison dantesque avec un ratio d'un but par match disputé en championnat et en Europe (20/20 et 6/6). À l'aube de ses trente ans, l'Égyptien est au top de sa forme. Il ne lui manque plus qu'un titre avec sa sélection pour parfaire son superbe palmarès. La CAN 2022 sera peut-être l'occasion de rectifier cette anomalie puisque son pays, recordman dans cette compétition avec sept trophées, est traditionnellement l'un des favoris.

 

 

Photo : 2021 Getty Images